
Quelle est l'ampleur de la crise diplomatique entre l'Algérie et Paris comparée à la crise interne profonde que traverse la France politiquement, économiquement et financièrement ? Il est certain que cette crise n'est pas très significative, mais certains cherchent à faire en sorte que "la petite crise éclipse la grande", notamment du côté des figures de l'extrême droite, soutenues par les chaînes télévisées de droite comme celles de Vincent Bolloré, afin de masquer la crise de la Cinquième République française qui souffre d'un président sans légitimité, d'un gouvernement sans majorité parlementaire et d'un pays sans budget pour 2025.
Les informations diffusées par certains médias français concernant la relation tendue entre l'Algérie et la France reflètent-elles réellement la réalité des choses entre les deux pays, et la crise marque-t-elle un nouveau chapitre sans précédent ?
Si l'on examine la liste des plateaux télévisés qui se consacrent à attiser les tensions entre Alger et Paris, on constate que les intervenants n'ont pas changé. En écoutant les déclarations des politiciens, des leaders de partis, et même des ministres, ce sont les mêmes figures historiques connues pour leur haine envers l'Algérie, qu'il y ait une crise ou non.
Il est également à noter que leur nombre n'a pas augmenté malgré la nouvelle crise entre les deux pays, ce qui signifie que le groupe hostile à l'Algérie reste limité à l'extrême droite sioniste, sans s'élargir aux autres courants politiques, que ce soit à gauche, au centre ou parmi les élites françaises et la société civile indépendante.
Depuis plusieurs semaines, alors que les tensions entre Alger et Paris se manifestaient, nous n'avons pas entendu de voix importante en dehors des partis de droite s'engager dans cette campagne médiatique. Tout s'est limité à ce qu'on appelle le groupe "Talk Show", des personnalités cherchant à créer un "buzz", surtout sur les réseaux sociaux, mais cela reste des réactions malveillantes sans crédibilité, incapables de façonner une opinion publique ou de changer les bases de la relation complexe entre les deux pays. Mais pourquoi tant d'acharnement dans ce contexte précis ?
La France traverse des conditions politiques et économiques difficiles : son gouvernement est menacé de chute à tout moment, le pays n'a pas de budget pour 2025, l'endettement fait grimper la bourse des créanciers, et le déficit budgétaire français qui frôle les 6 % inquiète les institutions de l'Union européenne. À cela s'ajoutent des préoccupations populaires et syndicales internes qui menacent d'exploser en raison de la baisse du pouvoir d'achat, et les politiciens ne peuvent y répondre qu'en détournant l'attention vers d'autres problèmes, comme en attribuant leurs difficultés à l'Algérie, comme le fait le ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau.
D'autre part, l'extrême droite met tout en œuvre pour ternir l'image de l'Algérie afin de se venger de sa défaite aux législatives passées, où elle était proche du pouvoir et de l'accès au palais de Matignon, avant que le courant de gauche ne renverse la situation grâce aux voix des migrants des banlieues qui ont empêché le parti de Marine Le Pen d'atteindre son objectif.
Ainsi, la campagne contre l'Algérie, qui est passée de l'affaire Boualem Sansal à l'appel à l'annulation de l'accord migratoire entre la France et l'Algérie de 1968, est lié à la tentative de diaboliser la communauté algérienne en France pour l'inciter à abandonner ses droits légaux et limiter son rôle, croyant que cela ouvrirait la voie à une victoire de l'extrême droite lors des prochaines élections. Contrairement à certaines attentes, le Premier ministre François Bayrou, dans son discours de politique générale de son gouvernement devant le parlement hier, n'a pas abordé la question de la tension dans les relations algéro-françaises, un signe que le courant centriste ne veut pas se laisser entraîner dans les errements de l'extrême droite concernant le dossier algérien.