Culture

Intelligence artificielle : jusqu’où peut aller la créativité humaine ? Un ouvrage algérien répond

Il a été réalisé par un groupe de chercheurs

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Un ouvrage collectif vient de paraître. Il aborde et analyse, dans une perspective de recherche, la question des limites entre l’intelligence artificielle et la créativité humaine. Il réunit un groupe de chercheurs sous la direction du critique et universitaire, le professeur Lounis Ben Ali.

Lounis Ben Ali a publié sur sa page Facebook la couverture de l’ouvrage, intitulé « La bataille du futur : l’intelligence artificielle et les limites de la créativité humaine ». Il a indiqué que ce livre est le fruit d’un travail considérable réalisé dans le cadre de l’atelier d’écriture de l’article littéraire.

L’ouvrage place au centre de sa réflexion la relation évolutive entre l’intelligence artificielle et la créativité humaine, à la lumière du développement rapide des outils numériques, désormais présents dans différents domaines, notamment l’écriture, la production culturelle et artistique ainsi que les médias. Ces transformations soulèvent des questions sur la nature de la créativité, son avenir et ses limites, ainsi que sur leur impact sur la valeur de la création et la légitimité du recours à ces outils dans les œuvres créatives.

Les auteurs prennent en charge ces questions et les présentent sous forme de problématiques donnant lieu à de nombreuses interrogations et à la formulation d’hypothèses. Ils analysent ensuite le phénomène selon des méthodes scientifiques et une approche rigoureuse, avant de parvenir à des résultats objectifs et variés.

Publié par les éditions Khayal pour l’édition et la traduction, l’ouvrage part de l’idée que l’intelligence artificielle constitue une transformation majeure des outils et des mécanismes de la création humaine. Toutefois, selon la conception développée dans le livre, la créativité ne peut être réduite aux algorithmes, puisqu’elle est liée à la conscience, à l’expérience et au sens.

Dans le même temps, l’intelligence artificielle impose, dans ce contexte, de redéfinir la notion même de créativité, en en faisant un processus collaboratif entre l’être humain et la machine. Celui-ci ne repose pas nécessairement sur l’exclusion ou la marginalisation, mais sur la complémentarité : l’être humain conserve son rôle central dans la production du sens, tandis que la machine élargit les possibilités et améliore les outils de production.

Le texte de présentation de l’ouvrage indique que la créativité à l’ère numérique n’est plus une propriété strictement individuelle, mais qu’elle est devenue un espace de connaissance ouvert dans lequel l’être humain et la technologie se croisent pour produire de nouvelles formes de sens. Il souligne qu’avec le développement des outils intelligents, le rôle de l’être humain dans l’orientation de ces outils, la sélection et l’évaluation de leurs productions, ainsi que leur mise en relation avec le contexte culturel et humain approprié, devient de plus en plus nécessaire.

Les auteurs ne voient pas d’obstacle à la combinaison de l’expertise humaine et des capacités technologiques, considérant que l’interaction entre l’être humain et la machine ouvre un nouveau champ de possibilités qui n’étaient pas accessibles selon les modes traditionnels de création.

Le choix du titre « La bataille du futur » renvoie à la nature du débat croissant autour de l’intelligence artificielle, entre ceux qui la considèrent comme une menace pour les capacités créatives de l’être humain et ceux qui la voient comme un nouvel outil pouvant être utilisé pour élargir les horizons de la production culturelle et intellectuelle.

Toutefois, à travers sa présentation, l’ouvrage semble privilégier une approche de cette relation fondée sur l’interaction et la complémentarité plutôt que sur une opposition inévitable entre l’être humain et la machine.

En réponse à une question sur la nécessité de mettre en place des garde-fous éthiques et juridiques permettant de définir ces limites entre les deux « intelligences », humaine et artificielle, le critique Lounis Ben Ali a estimé qu’il était nécessaire d’établir des normes encadrant la relation entre la création et l’intelligence artificielle, faute de quoi « nous entrerons dans une véritable anarchie, et l’avenir de la créativité humaine en dépendra ».

Ben Ali estime que la question à poser est : « De quoi l’artiste a-t-il besoin de l’intelligence artificielle ? » Il répond que celle-ci « masque le manque d’esprit créatif chez un artiste, complète ce qui lui fait défaut, dans la quête d’une célébrité qu’il pourrait atteindre, même au détriment de la créativité elle-même ».

Dans le cadre de la même problématique, l’universitaire estime que l’intelligence artificielle provoquera un véritable bouleversement, au point qu’un jour « nous ne pourrons plus distinguer ce qui relève de la créativité humaine de ce qui relève de la production de la machine ». Il reconnaît à cette dernière une supériorité et une capacité exceptionnelle à imiter les styles artistiques ou à donner forme aux idées les plus extrêmes et les plus abstraites.

Cependant, selon la conception du critique, ce que produit la machine doit nécessairement rester en dehors du champ de la créativité, car cela manque d’unicité, même lorsque cela prétend à la perfection, et cela est dépourvu d’aura artistique, même lorsqu’il fait preuve d’une virtuosité exceptionnelle.

La parution du livre intervient alors que se poursuit la polémique autour du recours à l’intelligence artificielle par l’auteur du roman en lice pour le plus prestigieux prix littéraire en France, le Goncourt, le Canadien d’origine haïtienne Thélyson Orélien, dans l’écriture de son roman.

Interrogé sur sa position à ce sujet, Lounis Ben Ali a déclaré qu’il n’avait pas lu le roman pour pouvoir le juger. Il a toutefois voulu soulever la question suivante : comment peut-on accuser un roman d’avoir été écrit avec l’intelligence artificielle en ayant recours à cette même intelligence artificielle, qui fait elle-même l’objet de la controverse ? Il s’est interrogé : « Les critiques ont-ils perdu leur capacité à ressentir les grands textes littéraires, au point de recourir à une machine sans âme pour leur dire que le texte de telle ou telle personne n’est pas humain ? »

Pour l’intervenant, l’essentiel est que cette polémique puisse conduire à reconsidérer de nombreuses notions, notamment la relation de l’auteur avec son texte et celle du texte avec le style. Il souligne qu’il ne faut pas se précipiter pour juger le romancier et appelle les critiques à détecter eux-mêmes le plagiat, sans recourir à la machine elle-même. Bien que la polémique demeure au stade des hypothèses, il n’a pas écarté l’hypothèse d’une manœuvre visant le succès de l’écrivain canadien.