Une conférence consacrée au centenaire de la fondation du parti de l’Étoile nord-africaine a suscité un vif intérêt, hier en France, à la bibliothèque de la ville de Vaulx-en-Velin. La rencontre a été animée par le célèbre historien français Benjamin Stora, selon une publication de ce dernier sur sa page Facebook.
La conférence a attiré un public nombreux, composé d’Algériens et de Français, avec près de 150 participants, témoignant de l’importance historique de ce parti en tant que première organisation ou formation politique de la mouvance nationale algérienne durant la période de la colonisation française, selon plusieurs sources historiques.
Fondé en 1926 par Messali Hadj, le parti de l’Étoile nord-africaine est considéré comme la première organisation politique de masse regroupant des migrants nord-africains en France. Il militait pour l’indépendance du Maghreb et défendait les droits des travailleurs nord-africains face à la répression coloniale.
Le centenaire de sa création, prévu en 2026, constitue une étape majeure dans l’histoire de l’émigration algérienne vers la France, entamée dès le XIXᵉ siècle pour des raisons à la fois économiques et coloniales.
Au cours de sa conférence, Benjamin Stora a livré une lecture historique approfondie retraçant les méandres de la genèse du mouvement national algérien, qui a abouti, au terme d’un long combat, à l’accession de l’Algérie à l’indépendance et à la récupération de sa souveraineté, au prix d’un lourd sacrifice estimé à plus d’un million et demi de martyrs.
L’historien avait déjà abordé ce thème il y a environ deux semaines, lors de sa visite en Algérie pour participer à un colloque international consacré au moudjahid et homme politique Hocine Aït Ahmed, à l’occasion du dixième anniversaire de son décès.
Dans un entretien accordé au site d’information Maghreb Émergent Benjamin Stora a souligné que cette organisation, née en exil, a constitué l’« ADN politique » de l’Algérie contemporaine, oscillant entre ouverture sur le monde et aspiration à la souveraineté nationale.
Selon l’historien, loin d’être un bloc homogène, le parti s’est formé au croisement de multiples influences, donnant naissance à ce qu’il qualifie d’« héritage syncrétique », c’est-à-dire une entité composite issue de l’interaction de plusieurs références intellectuelles et idéologiques.
Toujours selon Benjamin Stora, la force de l’Étoile nord-africaine provenait à la fois de la solidarité maghrébine, de références antérieures telles que l’Émir Abdelkader et son fils l’Émir Khaled, mais aussi de son ancrage dans les luttes sociales et ouvrières de gauche en France.
En retraçant la sociologie militante du parti, l’historien explique que ses premiers militants étaient essentiellement des Algériens établis en France, organisés au sein des syndicats et proches de la gauche française de l’époque.
Parallèlement, ajoute Stora, de nouveaux courants venus d’Orient ont influencé cette organisation, apportant avec eux le nationalisme arabe et des idées inspirées du kémalisme renforçant ainsi la prise de conscience du rôle de la religion en tant que « soutien ou refuge identitaire face à l’occupation ».
L’universitaire a également évoqué les divisions internes ayant traversé le parti, opposant les militants nationalistes algériens, pour qui la priorité était l’indépendance, à une gauche davantage focalisée sur les revendications sociales, tout en soulignant que l’organisation avait su préserver son ossature fondamentale.
Benjamin Stora souligne enfin que les modes d’organisation, tels que le comité central et les cellules, étaient directement inspirés du mouvement ouvrier. Ces pratiques ont ensuite été reprises par le Parti du Peuple algérien, puis par le Front de libération nationale (FLN).
La période de l’Étoile nord-africaine, du Parti du Peuple algérien et les interactions qui les ont traversées demeurent, aujourd’hui encore, un sujet de débat historique et politique en Algérie. Toutefois, l’analyse dominante tend à privilégier le courant central qui s’est « rebellé » contre Messali Hadj afin d’accélérer le choix de la lutte armée pour mettre fin au colonialisme, au détriment d’autres options, qu’elles soient négociées, éducatives ou fondées sur l’idée de l’intégration, également défendue à l’époque par certaines élites.
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