Economie

« Il est nécessaire de constituer des stocks d’intrants agricoles pour faire face aux répercussions de la guerre en Iran »

Déclaration d’un membre de l’Union des ingénieurs agronomes à El Khabar

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Le membre de l’Union des ingénieurs agronomes, Abdelmadjid Saghiri, a appelé à la constitution d’un stock stratégique d’au moins six mois de céréales et d’intrants agricoles, notamment de médicaments vétérinaires et d’engrais, compte tenu des répercussions de la guerre en Iran. Selon lui, la poursuite du conflit aurait d’importantes conséquences négatives, affectant le marché mondial et faisant grimper les prix à leurs niveaux les plus élevés.

Le représentant de l’union a insisté, dans ses déclarations à El Khabar, sur la sensibilité particulière de cette crise liée à la hausse des prix de l’énergie, qui impacte directement les intrants agricoles, principalement les engrais, les pesticides et les médicaments vétérinaires. Ces produits étant étroitement liés aux prix du gaz et du pétrole, toute augmentation se répercute immédiatement sur le coût de production agricole, ce qui pourrait entraîner une hausse des prix des produits locaux et menacer la stabilité des chaînes d’approvisionnement alimentaire si ces augmentations ne sont pas maîtrisées.

Il est également revenu sur la guerre en cours au Moyen-Orient, opposant l’Iran à l'entité sioniste et aux États-Unis, soulignant que le détroit d’Ormuz constitue aujourd’hui un facteur clé de l’équilibre de l’économie énergétique mondiale. Tout trouble ou tension sur ce passage se traduit par une hausse immédiate des prix du pétrole sur les marchés internationaux. Selon des experts cités par El Khabar, une fermeture ou perturbation du détroit pendant six mois porterait le prix du baril à 120 dollars. Cette hausse offrirait à l’Algérie des revenus supplémentaires et une opportunité de renforcer ses équilibres financiers, mais ces gains restent relatifs si l’on prend en compte leurs effets indirects sur l’économie nationale.

Malgré l’amélioration des revenus énergétiques, les marchés mondiaux connaissent une vague d’inflation qui touche principalement les produits de première nécessité importés, en raison de la hausse des coûts de transport, d’assurance et de production dans les pays exportateurs. Cela entraîne une augmentation de la facture d’importation, notamment pour les produits stratégiques comme les céréales, les huiles et le sucre, mettant sous pression le budget des subventions et le pouvoir d’achat des citoyens.

Le véritable défi, selon Abdelmadjid Saghiri, ne réside pas seulement dans la rentabilisation de la hausse des prix du pétrole, mais dans l’utilisation intelligente de ces revenus pour protéger l’économie nationale contre l’inflation importée, soutenir le secteur agricole en allégeant le coût des intrants, renforcer la production locale et constituer des stocks stratégiques de produits essentiels.

Il estime que la situation impose une vision proactive, transformant les excédents temporaires en gains durables, en investissant dans la souveraineté alimentaire et en réduisant la dépendance aux marchés étrangers. Ceci garantirait un véritable équilibre entre les revenus énergétiques et la stabilité sociale et économique. Selon lui, si la guerre se poursuit à ce rythme, le monde pourrait connaître une crise alimentaire majeure, notamment après la guerre en Ukraine, qui avait déjà provoqué une hausse sans précédent des prix alimentaires en Europe. La situation est aggravée par le bombardement d’une usine de phosphate au Qatar, représentant 40 % de la production mondiale d’engrais phosphatés, ce qui pourrait faire augmenter les prix agricoles mondiaux d’au moins 25 %.

Ce contexte rend urgentes certaines mesures, telles que l’accélération des travaux de la voie ferrée Tebessa‑Annaba et l’extension du port d’Annaba dans les plus brefs délais, car une hausse sans précédent des prix du phosphate est attendue sur le marché mondial.