Monde

Crise migratoire : une manœuvre du Makhzen pour s’emparer des eaux territoriales sahraouies

En prévision des négociations avec Madrid et Bruxelles.

  • 4
  • 4:03 Min

L’offensive menée par le régime du Makhzen contre l’enclave espagnole de Ceuta ne serait, selon les éléments rapportés par plusieurs sources médiatiques, qu’une nouvelle manœuvre s’inscrivant dans une stratégie visant à négocier le contrôle de l’espace aérien et des eaux territoriales du Sahara occidental administrés par l’Espagne.

Au-delà de la gestion de l’espace aérien sahraoui, Rabat chercherait à obtenir des garanties juridiques lui permettant d’exploiter des gisements de terres rares et de gaz situés dans les eaux proches des îles Canaries.

Dans un entretien accordé au journal espagnol El Español, un ancien agent du Centre national de renseignement espagnol (CNI), spécialiste des questions du Maghreb, a tiré la sonnette d’alarme : « Une bataille féroce avec le Maroc a commencé. Ils font tout leur possible. Les prochains mois seront extrêmement chaotiques. »

Cette stratégie intervient à la veille de négociations avec l’Espagne et l’Union européenne sur la souveraineté et la délimitation des espaces maritimes du Sahara occidental. Pour certains observateurs, Rabat utiliserait la crise migratoire comme un moyen de pression afin de contraindre Madrid à s’asseoir à la table des négociations.

Selon les mêmes sources, le Maroc chercherait notamment à négocier ce qu’il appelle la « prospérité partagée » avec Ceuta et Melilla, tout en plaçant la question de Gibraltar en arrière-plan.

Les tensions avec l’Espagne continuent ainsi de s’exacerber. Parmi les dernières mesures attribuées aux autorités marocaines figure le refus de permettre le rapatriement des dépouilles des victimes de l’assaut collectif contre Ceuta, malgré les démarches entreprises par Madrid.

Mais la priorité de Rabat serait surtout l’exploitation des eaux du Sahara occidental. Le royaume disposerait déjà d’accords conclus avec plusieurs entreprises, mais chercherait des garanties juridiques concernant leur participation à des projets liés au mont Tropic, une zone réputée pour ses importantes réserves de terres rares et de tellure.

Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, avait lui-même évoqué récemment la nécessité de légiférer pour protéger les frontières et de privilégier le dialogue pour régler les différends maritimes.

Dans ce contexte, les questions liées aux espaces maritimes ont refait surface au moment même où une crise migratoire d’ampleur touchait l’enclave de Ceuta.

L’ancien agent du renseignement espagnol cité par El Español estime que la situation à Ceuta constituerait une opération menée par la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), en coordination avec la Direction générale des études et de la documentation (DGED).

L’objectif, selon lui, serait de pousser l’Espagne à engager des négociations sur les eaux territoriales du Sahara occidental.

« Les investisseurs font pression sur le Maroc et réclament des garanties juridiques leur permettant d’opérer dans les territoires sahraouis », explique-t-il.

Rabat chercherait également à obtenir un consensus au niveau de l’Union européenne afin de sécuriser le cadre juridique international des investissements envisagés.

Des entreprises britanniques, américaines et israéliennes actives ou intéressées par des projets au Sahara occidental demanderaient ainsi des garanties et des mesures de protection avant de s’engager financièrement.

Les sources citées soulignent notamment la nécessité, pour ces investisseurs, d’éviter d’éventuelles contestations juridiques similaires à celles qui ont affecté par le passé certains accords conclus entre l’Union européenne et le Maroc.

Les ambitions marocaines concerneraient Ceuta, Melilla et les eaux du Sahara occidental, mais surtout le mont Tropic, une montagne sous-marine située dans l’océan Atlantique, au large du Sahara occidental.

Cette zone nécessite d’importantes études et investissements avant toute exploitation. Elle suscite toutefois un intérêt croissant en raison de son potentiel en terres rares et autres ressources stratégiques.

Les projets associant des entreprises marocaines et israéliennes dans cette région se multiplient, notamment dans les secteurs de l’énergie et des ressources naturelles. Certaines sociétés investissent également dans le Sahara occidental, territoire que Rabat considère comme faisant partie de ses « provinces du Sud ».

Parmi les entreprises intéressées figure NewMed Energy, spécialisée dans l’exploration et la production de pétrole et de gaz. La société participerait à un consortium souhaitant exploiter les monts sous-marins situés au large des îles Canaries, dont le mont Tropic.

NewMed est déjà présente au Maroc dans le domaine de l’exploration gazière, notamment à travers des accords conclus pour des zones situées au large de la ville côtière sahraouie de Boujdour.

L’entreprise, anciennement connue sous le nom de Delek Drilling, aurait également été encouragée à développer ses activités au Maroc.

Les échanges commerciaux entre le Maroc et Israël ont par ailleurs dépassé 110 millions d’euros en 2025, hors services, investissements et commerce lié à la défense, selon les données citées dans l’article. Ce montant représenterait plus de cinq fois le niveau enregistré en 2020, année de la normalisation des relations entre les deux parties.

Le régime marocain avait déjà manifesté son intérêt pour le mont Tropic en 2020, avant de revoir ses ambitions faute d’un soutien international suffisant. La question de cette zone stratégique reste ainsi au centre des rivalités et des enjeux économiques, juridiques et maritimes dans la région.