Othmane Lahiani
Les États-Unis et Israël ont donné à la guerre contre Iran une dimension religieuse qui a permis au discours religieux de passer du domaine symbolique à un mécanisme de justification des opérations militaires. Cela constitue une transformation notable dans la doctrine militaire de l’armée américaine, notamment avec l’influence croissante du courant chrétien sioniste au sein de l’administration américaine, alliée à l’un des gouvernements les plus extrémistes de l’entité.
Le jour choisi par Israël pour commencer la guerre contre l’Iran n’était pas anodin ; il reflétait clairement les motivations idéologiques de cette guerre. Le fait qu’il coïncide avec la fête juive de Pourim n’était pas un hasard, ce qui confère à cette guerre une dimension religieuse. De plus, la récente déclaration du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, selon laquelle « la confrontation actuelle représente une guerre de résurrection qui redessinera le Moyen-Orient », renforce cette perception. Il a également affirmé : « Nous avons frappé le régime des ayatollahs avec l’opération “Peuple comme un lion”, et maintenant c’est le rugissement du lion », une expression biblique évoquant la puissance avec laquelle les ennemis sont frappés.
L’utilisation de la religion comme moteur de cette guerre n’est plus dissimulée. Washington et Israël semblent avoir dépassé toute préoccupation de ne pas embarrasser leurs alliés arabes. Le président américain Donald Trump a récemment invité des responsables religieux aux Maison-Blanche pour prier en faveur de la victoire dans la guerre contre l’Iran. Le Bureau de la foi, créé à la Maison-Blanche et dirigé par la pasteure Paula White, conseillère spirituelle de Trump, organise des prières publiques visant à intégrer la religion dans la politique américaine.
Dans le même contexte, le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth, connu pour ses tatouages de croix et son affiliation à des courants chrétiens nationalistes, a déclaré que « la guerre contre l’Iran est bénie par le Christ et vise à déclencher un conflit final entre les forces du bien et du mal », en référence aux textes religieux liés à l’Armageddon. Il a souligné que la guerre menée par son pays et Israël contre l’Iran ne vise pas à « instaurer la démocratie ni à construire des États ».
Certains commandants militaires américains auraient même indiqué à leurs soldats que le conflit avec l’Iran représente une « guerre sacrée » et fait partie d’un plan divin lié aux attentes du retour du Christ, ce qui correspond dans la littérature biblique à la bataille d’Armageddon ou à la « guerre de la résurrection ».
Selon l’article, Hegseth ne ferait en réalité que traduire sur le terrain des idées très radicales qu’il avait développées dans un livre intitulé « La croisade américaine : notre lutte pour rester libres ». Ce livre exprime une hostilité marquée envers l’islam et le monde oriental, et laisse entendre que l’auteur considère le conflit avec la région comme une guerre idéologique et religieuse pour défendre ce qu’il appelle « notre nation judéo-chrétienne ».
Peu avant la guerre, l’ambassadeur américain Mike Huckabee avait également exprimé une vision expansionniste du projet sioniste au Moyen-Orient, affirmant qu’Israël possédait un droit biblique sur une terre « s’étendant du Nil à l’Euphrate », comme mentionné dans le Livre de la Genèse.
En face, l’Iran, dont le système politique possède lui aussi une dimension religieuse avec le rôle central du guide suprême, ne cache pas non plus les aspects religieux de cette confrontation. Le discours politique iranien insiste sur les valeurs religieuses, le sacrifice et le martyre pour mobiliser la population et les membres du Corps des gardiens de la révolution.
Enfin, certaines positions de soutien à l’Iran au sein d’élites arabes et musulmanes sunnites s’expliqueraient également par une perception religieuse du conflit et par la conviction que les motivations des États-Unis et d’Israël s’inscrivent dans une logique idéologique et religieuse.
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