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Les “mabouls” répondent à Macron

Après des déclarations adressées à ceux qui appellent à une rupture avec l’Algérie

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La qualification de « mabouls », utilisée par le président français Emmanuel Macron à l’encontre de ceux qui appellent à une rupture avec l’Algérie, a provoqué la réaction de plusieurs responsables politiques en France et suscité de vives critiques. Cette expression, employée lors d’une visite dans la région de l’Ariège alors qu’il saluait le travail des médecins étrangers en France, a également déclenché une large polémique et un important débat dans les milieux populaires et intellectuels.

Emmanuel Macron avait exprimé son regret concernant la situation des médecins étrangers en France, estimant qu’ils ne bénéficient pas des mêmes droits que les médecins français, alors qu’ils représentent une part importante du personnel médical. Il s’exprimait notamment en présence de médecins étrangers, dont un médecin algérien originaire d’Oran.

Les réactions n’ont pas tardé, notamment au sein de la droite et de l’extrême droite françaises, qui ne sont pas restées silencieuses. Le président des Républicains et ancien ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, s’est senti directement visé, lui qui avait défendu une ligne de fermeté et de rupture avec l’Algérie, contribuant selon plusieurs observateurs, dont l’historien Benjamin Stora, à une détérioration sans précédent des relations entre les deux pays.

Bien que Macron ait précisé qu’il « ne visait personne » et qu’il s’inscrivait dans une « approche positive », affirmant que la France a besoin de ces femmes et de ces hommes qui servent le pays, Bruno Retailleau a estimé que ces propos lui étaient directement adressés.

En réponse, il a déclaré que la question des médecins étrangers n’était qu’« un prétexte pour masquer les vrais problèmes », réitérant notamment son discours sur les obligations de quitter le territoire français (OQTF), que la France souhaite exécuter mais que l’Algérie refuse, ainsi que l’affaire du journaliste Christophe Gleizes, incarcéré en Algérie et condamné à sept ans de prison pour apologie du terrorisme.

Marine Le Pen, figure de l’extrême droite, a également réagi, critiquant les propos du président français et les qualifiant de creux, estimant qu’ils s’inscrivent dans une logique proche de celle de Donald Trump, parlant de « trumpisation ».

La députée du Rassemblement national a également affirmé que, selon elle, la nationalité du médecin importe peu, qu’il soit français ou étranger, l’essentiel étant la qualité des soins reçus.

L’ancien ministre des gouvernements Macron, Manuel Valls, a lui aussi réagi, déclarant sur BFMTV qu’« au lieu d’insulter, il faut rétablir un rapport de force avec l’Algérie ».

De son côté, l’ancienne ministre Ségolène Royal s’est dite surprise par ces déclarations, qu’elle replace dans un contexte de tentatives tardives d’apaisement des relations. Dans un message publié sur X, elle estime que la situation actuelle résulte de décisions accumulées au fil du temps.

Elle s’est également interrogée sur la responsabilité du président dans la détérioration des relations bilatérales, rappelant ses positions depuis le début de la crise, et a accompagné son message d’un article évoquant des directives présidentielles suspendant un accord de 2013 avec l’Algérie sur l’exemption de visa pour les passeports diplomatiques et de service.

Selon cet article, cette mesure avait déjà été gelée après des expulsions réciproques de diplomates entre les deux rives de la Méditerranée, et Emmanuel Macron chercherait également à restreindre la délivrance de visas de court séjour pour les détenteurs de passeports de service et diplomatiques.