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Aïd al-Adha : livraisons successives, contrôle sanitaire strict et plateforme numérique de suivi

Dans le but de stabiliser les prix et d'éviter la spéculation

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Le dossier de l’importation des aïdiyas pour l’Aïd al-Adha 2026 est entré dans une phase cruciale d’exécution, dans le cadre d’un vaste programme national visant l’acquisition d’un million de têtes de moutons afin de garantir l’approvisionnement du marché national et de maîtriser les prix.

Cette opération, la deuxième de ce type, n’est pas considérée comme une mesure ponctuelle pour couvrir la demande, mais comme un véritable test de la capacité des autorités à corriger les dysfonctionnements du saison 2025, marquée par des retards organisationnels, une faible abondance et un impact limité sur les prix locaux.

Le démarrage concret de l’importation des moutons pour cette année a eu lieu avec l’arrivée des premiers lots le 26 mars 2026 au port d’Alger, suivis de nouvelles cargaisons à un rythme soutenu, reflétant la volonté officielle d’éviter le scénario de l’an passé.

Ainsi, le navire Anakin a accosté le 28 mars avec des moutons importés, tandis que le port de Bejaia a reçu le 30 mars une troisième cargaison en provenance de Roumanie comprenant 6 560 têtes de moutons, et le port d’Oran a accueilli la première cargaison de bétail dans le cadre du même programme.

Deux autres navires, transportant 17 250 têtes de moutons en provenance de Roumanie, ont également accosté au port d’Oran, selon le directeur général du Bureau régional des viandes de l’Ouest, Mohamed Belaoun.

Belaoun a précisé que les cargaisons seront déchargées dès que les inspections sanitaires auront été effectuées par les vétérinaires, soulignant que toutes les ressources humaines et logistiques ont été mobilisées en présence du directeur des services agricoles, des cadres du port d’Oran et des représentants des autorités locales. Les moutons seront mis en quarantaine dans deux centres préparés à cet effet dans la wilaya d’Oran.

À la fin de la semaine, le même port a reçu un deuxième lot de 7 000 têtes de moutons en provenance d’Espagne, dans le cadre du programme d’importation pour l’Aïd, selon le Bureau régional des viandes de l’Ouest. Les animaux ont été déchargés après contrôle sanitaire et placés dans le centre de quarantaine et de regroupement du Bureau régional.

Toutes les ressources humaines et techniques ont été mobilisées pour garantir un déchargement sûr et fluide, avec un contrôle vétérinaire double : d’abord dans le pays d’origine, puis à l’arrivée sur le territoire national. Les moutons sont ensuite transportés par camions spécialisés vers les centres de quarantaine équipés de nourriture, d’eau et d’un suivi sanitaire continu, illustrant le renforcement clair des normes sanitaires, compte tenu de la sensibilité de l’opération et de son lien avec la consommation de masse.

Cette dynamique montre que l’enjeu de 2026 ne se limite pas à l’importation, mais concerne l’ensemble de la chaîne logistique, du port aux points de vente.

Le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche a indiqué que le rythme des importations s’accélérera dès la première semaine d’avril et se poursuivra jusqu’au 20 mai 2026 pour atteindre la quantité totale contractée avec plusieurs pays, dont l’Espagne, la Roumanie, le Brésil et l’Uruguay. L’objectif central reste de stabiliser le marché, face à la hausse des prix ces dernières années et à la forte demande saisonnière.

Dans ce cadre, le prix des moutons importés a été plafonné à 50 000 dinars, comme mesure directe pour protéger le pouvoir d’achat des citoyens et prévenir la spéculation, qui avait été l’une des principales anomalies des saisons précédentes. Les autorités ont adopté une approche multidimensionnelle combinant organisation logistique stricte, contrôle sanitaire et suivi numérique.

Numérisation et contrôle strict pour éviter la spéculation et restaurer la confiance

L’opération d’importation 2026 vise clairement à corriger les erreurs et lacunes de l’année dernière, caractérisées par des retards, un faible niveau de coordination et l’absence de suivi, ce qui avait limité l’impact sur les prix et laissé place à la spéculation.

Cette année, plusieurs réformes ont été introduites : numérisation complète du suivi, renforcement des contrôles sanitaires, extension du réseau de quarantaine, et implication d’opérateurs qualifiés pour le transport et la distribution.

Les professionnels estiment que le succès de l’opération ne doit pas se mesurer uniquement au nombre de moutons importés, mais à leur arrivée effective chez les citoyens à un prix abordable et en temps voulu, avec une transparence totale sur leur parcours.

Une des nouveautés majeures de la saison 2026 est le lancement d’une plateforme numérique dédiée au suivi de l’importation, fournissant des informations en temps réel sur les navires, leurs cargaisons, les ports d’arrivée et le suivi ultérieur des opérations de distribution et de vente.

La chaîne de distribution : un point faible à corriger

Les mesures ne se limitent pas à la logistique : des incitations fiscales et douanières ont également été mises en place. La Direction générale des impôts a accordé des exonérations sur les droits de douane, la TVA et d’autres charges pour réduire le coût d’importation et stabiliser les prix sur le marché national.

Malgré ces indicateurs positifs, le succès dépendra de la maîtrise de la chaîne de distribution, qui avait été le maillon faible en 2025. Cette année-là, malgré l’annonce d’un million de têtes, les quantités disponibles dans les points de vente étaient nettement inférieures aux objectifs et sont arrivées tardivement et de qualité variable, révélant des lacunes dans la planification et l’exécution, et non dans la capacité d’importation.

L’expérience avait également mis en évidence un manque de coordination entre les différents acteurs (ports, services agricoles, douanes) et l’absence de mécanismes efficaces pour contrôler le parcours des aïdiyas après leur arrivée, favorisant la spéculation et limitant l’impact sur les prix.

Diversification des sources et approche de gestion renouvelée

En 2026, la stratégie a partiellement changé avec l’introduction d’outils numériques, le renforcement des contrôles et la diversification des sources d’approvisionnement. L’opération ne se limite plus à certains pays : l’attention se porte aussi sur des partenaires africains comme le Kenya et la Mauritanie, aux côtés des partenaires traditionnels en Europe et en Amérique du Sud.

Cette diversification vise d’abord à garantir l’abondance, puis à stabiliser les prix et améliorer la qualité, en profitant des offres multiples sur le marché international, selon un cahier des charges strict établissant les normes sanitaires et les conditions de transport et de commercialisation.

Les professionnels soulignent que l’importation, bien que nécessaire dans le contexte, ne peut constituer une solution permanente, surtout face aux défis du secteur de l’élevage local, tels que la sécheresse, la hausse du prix des aliments pour bétail et le manque de soutien aux éleveurs.

Les experts affirment que préserver le cheptel national nécessite une approche structurelle dépassant les solutions saisonnières, en soutenant la production locale, régulant le marché des aliments pour bétail, développant les races et numérisant le secteur pour garantir une plus grande transparence.

Malgré cela, l’importation 2026 reste une solution temporaire, visant à soulager la pression sur le marché et à protéger le cheptel national d’abattages excessifs, notamment des femelles, ce qui constitue une menace directe pour la durabilité du bétail à moyen terme.

Sur le terrain, les autorités poursuivent les inspections des centres de quarantaine à travers les différentes wilayas pour garantir leur conformité, tandis que des appels d’offres ont été lancés pour sélectionner des opérateurs spécialisés dans le transport du bétail, afin d’encadrer l’opération et impliquer des acteurs qualifiés.

Des mécanismes de régulation de la vente sont également mis en place, via des points de distribution officiels et contrôlés, pour assurer l’accès aux moutons dans des conditions transparentes et organisées, et limiter la spéculation et le monopole.

Premiers indicateurs de succès

En conclusion, l’importation des moutons pour 2026 semble mieux organisée que la saison précédente, grâce à un démarrage anticipé, à la diversification des sources et à l’intégration de la numérisation dans le suivi. Le véritable défi reste cependant d’assurer une distribution équitable et efficace, permettant aux citoyens d’acquérir un mouton au prix fixé par l’État à 50 000 dinars.