Nation

Fermeté face aux menaces au Sahel

L’Algérie adopte une approche proactive pour protéger sa sécurité et ses intérêts stratégiques

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L’Algérie s’oriente vers un durcissement de son approche face aux menaces sécuritaires dans la région du Sahel, dans un contexte marqué par l’intensification des rivalités géopolitiques et la multiplication des risques pesant sur la stabilité de son voisinage méridional et ses intérêts stratégiques.

Les déclarations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, sur les développements au Niger et au Mali, ainsi que les positions du commandement de l’Armée nationale populaire (ANP), traduisent une volonté de conjuguer fermeté dans la protection de la sécurité nationale, poursuite de l’action diplomatique et coopération régionale, sans renoncer aux principes du respect de la souveraineté des États et du refus de toute ingérence dans leurs affaires intérieures.

Les contours de cette orientation se dessinent notamment dans les propos tenus par le président Tebboune, lors de sa rencontre périodique avec les médias, au sujet des événements survenus en 2012 dans le nord du Mali. À cette époque, des groupes armés avaient émergé, parmi lesquels le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), qui avait enlevé des diplomates algériens au consulat d’Algérie à Gao, avant d’en assassiner deux. Le président a affirmé qu’un État étranger, le Maroc, se trouvait derrière la création de l’organisation ayant mené cette opération. Il a mis en garde contre la répétition de scénarios similaires, soulignant que les circonstances avaient changé, tout comme la manière dont l’Algérie y faisait face.

Les mises en garde de Tebboune ne se sont pas limitées aux activités des groupes armés. Elles ont également porté sur le rôle d’acteurs étrangers disposant d’une population peu nombreuse — une référence aux Émirats arabes unis — dans l’alimentation des troubles, à travers la création de groupes armés et le recours à des mercenaires de différentes nationalités. Ces propos mettent en évidence l’imbrication des calculs régionaux et internationaux au Sahel, où les crises sécuritaires deviennent un terrain de rivalité pour l’influence.

Ces déclarations revêtent une importance particulière au regard de l’affirmation du président de la République selon laquelle l’Algérie ne réagira pas aux évolutions actuelles de la même manière qu’elle l’a fait face à des événements antérieurs. Cette position traduit une volonté de faire preuve de davantage de fermeté face à ce qu’elle considère comme des menaces pour sa sécurité et ses intérêts, sans pour autant signifier nécessairement un abandon des outils diplomatiques ni des principes régissant sa politique étrangère, comme l’a rappelé le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, depuis le siège des Nations unies la semaine dernière.

Niger : la sécurité du voisinage méridional au cœur des préoccupations
Les propos de Tebboune sur le Niger constituent l’un des principaux indices de cette orientation. Le président a révélé l’envoi d’avions de combat à la suite d’événements sécuritaires survenus dans la capitale, Niamey. Il a estimé que le moment choisi pour ces événements, qualifiés de tentative de coup d’État, soulevait des interrogations sur les parties qui en étaient à l’origine, et a décrit ce qui s’était produit comme une provocation à l’égard de l’Algérie.

Les déclarations du président traduisent un lien plus étroit entre la stabilité des pays voisins et la sécurité nationale algérienne, dans un contexte marqué par les relations stratégiques entre l’Algérie et le Niger. Ces relations impliquent des intérêts communs qui dépassent le cadre sécuritaire et englobent la coopération économique et énergétique ainsi que les projets d’infrastructures.

Dans ce contexte, Tebboune a réaffirmé le soutien de l’Algérie au Niger et sa disposition à défendre ses amis ainsi que les intérêts qu’ils partagent. Il a rappelé que la Constitution algérienne autorise, sous certaines conditions, la participation de l’Armée nationale populaire à des opérations hors des frontières nationales.

Toutefois, ces signaux, malgré leur portée politique, ne suffisent pas à conclure à un changement définitif de la doctrine militaire algérienne. Ils traduisent plutôt un durcissement des messages adressés aux acteurs susceptibles de chercher à déstabiliser la région.

Selon des observateurs, ces considérations sont indissociables des intérêts économiques et énergétiques que l’Algérie entend développer avec le Niger, à travers des projets de coopération dans les hydrocarbures, les mines et les infrastructures, ainsi que le projet de gazoduc transsaharien. Une insécurité durable dans la région pourrait compromettre la concrétisation de ces projets et les efforts de l’Algérie pour renforcer sa présence économique et régionale au cœur du continent africain.

Diplomatie et coopération militaire : des instruments complémentaires de dissuasion
Parallèlement aux messages véhiculés par les déclarations du président de la République, les positions du commandement de l’Armée nationale populaire confirment que l’Algérie continue de privilégier les démarches diplomatiques et la coopération militaire dans ses efforts visant à rétablir la sécurité et la stabilité au Sahel.

L’année dernière, en 2025, le général d’armée Saïd Chanegriha, ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale et chef d’état-major de l’Armée nationale populaire, avait affirmé, lors de l’ouverture d’un colloque consacré aux défis sécuritaires et de développement au Sahel africain dans un contexte de rivalités géopolitiques, que l’Algérie déployait des efforts pour rétablir la paix et la stabilité en Afrique.

Il avait souligné l’attachement de l’Algérie aux principes de sa politique étrangère, notamment le respect mutuel, le bon voisinage, le refus de l’ingérence dans les affaires intérieures des États, ainsi que le respect de leur souveraineté et de leur intégrité territoriale.

Le responsable militaire avait insisté sur la primauté des solutions pacifiques aux crises et sur la promotion du dialogue et des négociations, parallèlement à l’élaboration d’approches régionales permettant de surmonter les différends et de prémunir la région contre les menaces sécuritaires.

Sur le plan opérationnel, il avait mis en avant l’importance du renforcement des capacités de défense des partenaires et des pays voisins du Sahel, à travers des programmes de coopération militaire bilatérale et de formation au profit des forces armées des pays de la région. Il avait également souligné la coopération dans la lutte contre le terrorisme au sein du Comité d’état-major opérationnel conjoint, afin de renforcer les capacités des États à faire face à leurs défis sécuritaires, dans le respect de leur souveraineté.

Le Sahel, prolongement de la sécurité nationale algérienne
L’Algérie dissocie pas la gestion sécuritaire des crises au Sahel des exigences du développement économique et social. Le commandement de l’Armée nationale populaire souligne que la stabilité des pays de la région constitue un prolongement de la sécurité nationale algérienne et que la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme exige un renforcement de la coopération régionale, ainsi que la mise en place de conditions permettant aux populations de vivre dignement dans leurs propres pays.

Dans ce cadre, l’Algérie joue un rôle à travers l’octroi d’aides humanitaires et le financement de projets de développement à dimension régionale. Ces initiatives visent à renforcer la solidarité avec les populations du Sahel, à ouvrir de nouvelles perspectives économiques et à réduire les facteurs dont les groupes extrémistes et les réseaux de criminalité organisée tirent parti pour étendre leurs activités.

Lors de sa visite, il y a deux jours, dans la troisième région militaire à Béchar, Chanegriha a également insisté sur l’importance des projets d’infrastructures communs et de l’ouverture de nouvelles perspectives économiques et de développement, susceptibles de contribuer à prémunir les sociétés contre le terrorisme, l’extrémisme et la criminalité organisée.

Ces messages interviennent dans un contexte d’intensification de la concurrence géopolitique au Sahel, où des acteurs extérieurs cherchent à étendre leur influence et à renforcer leur présence jugée suspecte. Face à ces évolutions, l’Algérie semble, au vu des déclarations de ses dirigeants, déterminée à faire évoluer son approche à l’égard de son voisinage méridional, en durcissant ses messages de dissuasion et en protégeant ses intérêts stratégiques, tout en poursuivant son action diplomatique et sa coopération régionale et en maintenant le développement au rang de pilier essentiel d’une stabilité durable.