Les autorités d’Abou Dhabi poursuivent leur politique hostile à l’égard de l’Algérie, la dernière en date étant l’entrave à l’opération d’évacuation de membres de la communauté algérienne bloqués à Dubaï.
Les autorités émiraties ont refusé d’autoriser les membres de la communauté à monter à bord d’un avion de la compagnie Air Algérie, dans un contexte régional tendu. Des analystes estiment que cette décision ne relève pas simplement d’un aspect technique ou administratif, mais s’inscrit dans une politique d’hostilité injustifiée de la part des Émirats.
Dans son commentaire, le député Hicham Haddad, ancien rapporteur de la commission des affaires étrangères à l’Assemblée populaire nationale, a déclaré que l’action des Émirats arabes unis, consistant à retarder ou entraver une opération d’évacuation à caractère humanitaire, représente un comportement totalement irresponsable et constitue une violation manifeste des exigences du droit international et des usages de la coopération consulaire en période de crise et de conflits internationaux.
Il a ajouté, dans une déclaration au journal El Khabar, que les opérations d’évacuation en situation d’urgence sont considérées comme des mesures humanitaires urgentes reposant sur des principes bien établis du droit international, notamment le principe de protection des civils et celui de la neutralité des questions humanitaires par rapport aux conflits politiques. La protection des ressortissants à l’étranger constitue également une extension indissociable de la souveraineté de l’État et ne relève pas d’une faveur accordée par une quelconque partie ; elle fait partie des compétences consulaires reconnues au niveau international.
Il a poursuivi en affirmant que la politisation des mesures humanitaires et leur utilisation comme moyen de pression circonstanciel est un comportement dépourvu de sagesse stratégique. Cela mine les fondements de la légitimité et de la crédibilité des États, et affaiblit le système de solidarité arabe évoqué par le Président de la République lors de ses contacts intensifs après les atteintes à la souveraineté de certains États arabes, à un moment où les valeurs de solidarité devraient se renforcer plutôt que se fissurer.
Haddad a également souligné que l’Algérie n’a jamais construit sa politique étrangère sur l’alignement ou le chantage, et qu’elle n’a jamais abordé les crises régionales dans une logique de règlement de comptes. Ses positions de principe, notamment le refus de cibler les civils et le respect de la souveraineté des États, ont toujours été claires et constantes, sans être soumises à des calculs sélectifs.
Selon lui, toute tentative de porter atteinte au droit de l’Algérie de protéger sa communauté à l’étranger ou de restreindre une mesure purement humanitaire constitue un dépassement inacceptable des limites de la courtoisie diplomatique et pourrait avoir des conséquences sur l’équilibre des relations bilatérales. Il a ajouté que l’Algérie, en tant qu’État pleinement souverain et doté d’une décision indépendante, connaît parfaitement ses droits et dispose des moyens nécessaires pour les préserver dans le cadre de la légalité internationale.
Dans ce contexte, il a également rappelé que ceux qui ne savent pas distinguer entre un différend politique et un devoir humanitaire, ou qui ne sont pas capables d’agir dans l’esprit de l’État moderne et de ses exigences juridiques, se placent eux-mêmes en dehors de la logique de la responsabilité internationale et perdent tout fondement moral ou juridique pour leurs actions. Le respect des règles internationales, la protection des civils et la garantie du droit des États d’évacuer leurs ressortissants en période d’urgence doivent primer sur toute autre considération, car ils déterminent la crédibilité des États et leur respect des usages diplomatiques en période de crise.
Contexte de la décision
De son côté, l’expert en affaires stratégiques Rachid Allouche a déclaré que l’Algérie, comme tous les autres pays, a publié des communiqués et lancé des appels visant à protéger ses ressortissants dans les pays touchés par l’extension des affrontements militaires entre l’entité (Israël), les États-Unis et l’Iran. La première étape de l’Algérie a consisté à activer des plans d’évacuation par des couloirs terrestres et aériens, à mettre en place des lignes d’urgence pour gérer la crise et à enregistrer les citoyens dans des bases de données en préparation de leur évacuation. Ces plans sont généralement adoptés par tous les États lors de crises à haut risque.
Allouche estime que l’interdiction d’évacuer les ressortissants d’un État peut s’expliquer par la volonté du pays hôte de préserver une image de stabilité dans ces contextes, afin de montrer que la situation est sous contrôle. Les images d’évacuations massives peuvent être interprétées comme un signal négatif à long terme. Selon lui, c’est la seule explication possible pour l’interdiction faite aux membres de la communauté algérienne dans l’émirat de Dubaï de monter à bord d’un avion spécial appartenant à Air Algérie.
Il a également indiqué que la Convention de Genève de 1949, notamment dans son quatrième protocole, oblige les États à faciliter le départ des ressortissants étrangers de leur territoire, surtout en période de conflit armé, et interdit d’entraver leur évacuation.
Tensions accumulées et mesures d’escalade
Ces dernières années, les relations entre l’Algérie et les Émirats arabes unis ont connu une série de tensions diplomatiques et médiatiques qui ont affecté le niveau de coopération officielle entre les deux pays.
Les derniers développements interviennent un mois après l’annonce officielle par l’Algérie du lancement des procédures visant à annuler l’accord relatif aux services aériens signé entre les deux pays le 13 mai 2013 et ratifié par décret présidentiel le 30 décembre 2014. L’Algérie a également annoncé l’interdiction des vols émiratis dans son espace aérien. Cette décision est considérée comme un indicateur clair de l’escalade des différends vers des mesures concrètes, et non plus seulement vers des déclarations médiatiques ou des échanges verbaux.
Jusqu’à présent, les autorités compétentes n’ont pas officiellement annoncé la rupture des relations diplomatiques avec les Émirats par les canaux officiels. Toutefois, des discussions sérieuses existent dans les milieux politiques concernant l’éventualité d’un tel choix.
La question reste ouverte quant à savoir si ces tensions entraîneront une détérioration supplémentaire des relations ou si des négociations diplomatiques ultérieures permettront d’apaiser la situation, un sujet qui demeure au centre des débats politiques et médiatiques.
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