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La présidence algérienne s’installe sur une plateforme nationale : vers une souveraineté numérique ?

Selon certains observateurs, cette initiative reflète une orientation vers l’adoption des applications locales dans l’espace numérique officiel

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Dans une initiative symbolique et numérique marquante, la présidence de la République a créé un compte sur une plateforme numérique nationale algérienne à 100 %, nommée "1tik.social", un espace de réseau social permettant de créer des comptes, de publier du contenu, de consulter des publications et d’échanger des messages.

Pour la première fois, il y a deux jours, la présidence a publié sur ce compte un contenu montrant le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, accomplissant la prière de l’Aïd à la Grande Mosquée d’Alger et recevant les vœux de l’Aïd de la part des responsables et des représentants du corps diplomatique.

Bien que cette initiative semble être un simple geste numérique, elle véhicule des messages et a suscité diverses interprétations ainsi qu’un fort engagement et de nombreux commentaires, notamment parce que la plateforme algérienne reste méconnue de la majorité des internautes, à l’exception des spécialistes du domaine.

Des commentateurs ont salué l’usage, par une institution de niveau présidentiel, d’un espace de réseau social national. Un internaute a écrit sur le compte de la présidence sur Facebook, où le contenu a été partagé depuis la nouvelle plateforme : « Merci de soutenir les plateformes algériennes, que toutes les administrations devraient promouvoir, car les réseaux sociaux sont désormais l’un des instruments d’influence douce sur les populations. »

Selon certains observateurs, cette initiative reflète une orientation vers l’adoption des applications locales dans l’espace numérique officiel et pourrait constituer le début d’un transfert progressif des comptes des institutions officielles vers ce nouvel espace.

L’engagement de la présidence dans un espace numérique national s’inscrit dans le cadre des directives du président de la République visant la mise en œuvre d’un projet de numérisation incluant le soutien aux politiques publiques, le fonctionnement administratif et les services aux citoyens.

Certains analystes vont plus loin en considérant cette présence institutionnelle sur un réseau émergent comme une première étape pour réduire la dépendance aux grandes plateformes étrangères ou pour redéfinir les flux et circuits de l’information officielle dans son format numérique, conformément au concept de « souveraineté numérique » et aux pratiques de communication institutionnelle dans l’espace virtuel.

Cependant, la plateforme ne peut remplacer les réseaux mondiaux, car il est nécessaire de disposer d’une large base d’utilisateurs pour créer une communauté et influencer réellement le comportement des internautes.

Les spécialistes des médias numériques estiment que la présence d’une institution souveraine comme la présidence sur une plateforme nationale ne se limite pas à un choix technique, mais exprime une volonté de renforcer la souveraineté numérique et d’éviter la collecte et l’exploitation des données par des tiers selon leurs propres politiques.

À long terme, cette initiative peut être considérée comme un « test » pour mesurer la réceptivité du public à des alternatives locales aux plateformes mondiales et déterminer si la plateforme nationale pourrait devenir une infrastructure de communication essentielle dans le futur.

Cette démarche s’inspire visiblement de l’expérience chinoise, qui a construit un écosystème numérique national complet, incluant des réseaux sociaux, le commerce numérique, le paiement électronique et les applications gouvernementales.

Pour l’instant, il est peu probable que l’ensemble des interactions et de la présence quotidienne soit transféré vers une nouvelle plateforme locale, en raison de préoccupations liées à la protection des données, aux politiques d’utilisation, ainsi qu’aux libertés d’expression et de confidentialité, comparativement aux plateformes mondiales disposant de capacités avancées en hébergement, algorithmes, analyse de données et sécurité.

Enfin, cette initiative soulève des questions sur ses limites : s’arrêtera-t-elle là ou sera-t-elle accompagnée de règles et de restrictions sur le type d’interactions dans cet espace, nécessitant un cadre légal, la protection des données et des garanties pour la liberté d’expression ?