Nation

Quand la France verse dans le complotisme

L’Algérie est accusée d’être à l’origine des manifestations

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Qui aurait pu imaginer qu’un jour la France accuserait l’Algérie, d’être impliqué dans les manifestations du peuple français contre le système politique en place à Paris ? Si la réponse est non, cela s’explique par plusieurs raisons.

L’« ingérence étrangère » ou le « complot » sont deux notions auxquelles de nombreux Algériens ne croient pas lorsqu’elles sont avancées par les pouvoirs publics pour expliquer certains faits et événements qui intéressent l’opinion publique. Dans l’esprit de beaucoup d’Algériens, l’État dispose de moyens suffisants pour déjouer tout complot avant même qu’il ne se concrétise ! Et cela est parfois vrai ! Mais il arrive aussi que cela ne le soit pas !

D’un autre côté, les modernistes et les intellectuels algériens des Lumières sont les champions de la dérision et de la moquerie à l’égard des explications conspirationnistes avancées pour interpréter certains événements. Ils rejettent ces explications en bloc, même lorsqu’elles sont étayées par des preuves et des éléments tangibles, allant parfois jusqu’à accuser les autorités de fabriquer des arguments.

Aujourd’hui, les Algériens assistent à une scène totalement inversée ! En France, seuls le Quai d’Orsay et l’Élysée ne tiennent pas l’Algérie pour responsable des manifestations populaires françaises contre le système politique de leur pays. Tous les autres, à commencer par les médias français, notamment ceux de droite, ainsi que des responsables politiques, parmi lesquels Éric Zemmour, des universitaires et des analystes, accusent l’Algérie d’être impliquée dans ces manifestations populaires !

Pour certains, cela pourrait même être un motif de fierté. Les accusations selon lesquelles l’Algérie chercherait à semer le chaos pour déstabiliser le système politique français ne datent pas des manifestations actuelles. Elles sont essentiellement apparues avec l’arrivée du président Tebboune à la tête de la République, à la suite du mandat populaire qui lui a été confié lors de l’élection présidentielle de décembre 2019 en Algérie. Les accusations de Paris contre Alger se sont intensifiées avec le second mandat du président Tebboune, notamment lorsque les Algériens établis en France se sont mobilisés pour lui renouveler leur confiance.

Paris n’a pas supporté que des dizaines de milliers d’Algériens résidant sur son territoire, y compris ceux nés en France de parents algériens, affichent ouvertement, par l’image et la parole, leur soutien à leur président depuis le territoire français.

Les médias français ont oublié tout ce que le président Tebboune a apporté à la communauté algérienne à l’étranger, aussi bien à l’ensemble de ses ressortissants qu’à ses élites, depuis son arrivée au pouvoir : facilités en matière d’investissement, réductions sur les billets de voyage, programmes destinés à renforcer les liens des enfants algériens avec leur pays, défense de toutes les personnes injustement traitées à l’étranger, jusqu’à la création d’un Conseil des élites scientifiques établies hors du pays, une initiative que celles-ci attendaient depuis l’indépendance de l’Algérie.

Ils ont également passé sous silence les positions diplomatiques que le président a consolidées auprès des différents pays du monde, et que les Algériens de la diaspora considèrent comme une source de fierté et comme une expression fidèle de leurs aspirations.

Les médias français ont tout occulté pour se réfugier derrière des accusations infondées, dépourvues de la moindre preuve, dans le but de détourner l’attention du peuple français et de le désinformer en lui faisant croire que l’Algérie est responsable de sa faim et de ses autres difficultés sociales. Une telle démarche n’a fait qu’aggraver la crise du système politique français, qui n’a toujours pas compris que la composition démographique qu’il a lui-même façonnée à travers les lois adoptées par le Parlement français a fait de la France un pays d’immigration venu du monde entier. Mais les immigrés y sont considérés comme des citoyens de seconde zone et servent également de boucs émissaires lorsque la France souhaite accuser les pays d’origine des populations immigrées !

Et puisque les Algériens naturalisés ou non établis en France ont commencé, fait inhabituel, à regarder leur pays d’origine avec espoir depuis 2019, il faudrait désormais se venger d’eux en accusant à la fois ces ressortissants et les autorités de leur pays de comploter contre la France !

La seule explication à ces accusations « quasi officielles » portées aujourd’hui contre l’Algérie est que la France a fait faillite non seulement sur le plan économique, mais aussi sur les plans politique, médiatique et même diplomatique. Le piège s’est retourné contre celui qui l’avait tendu.

Depuis l’indépendance de l’Algérie, et sous les différents présidents et gouvernements qui se sont succédé, la France n’a cessé de conspirer contre notre pays. Elle a joué un rôle déterminant dans chaque crise qui l’a frappé, en achetant la loyauté de responsables et en organisant le transfert à l’étranger des richesses et de l’argent du peuple par l’intermédiaire de traîtres à l’Algérie. Elle a fini par défendre et protéger des individus qualifiés de véritables fléaux humains, sous prétexte qu’ils sèment la discorde contre l’Algérie sur les réseaux sociaux, sur commande.

C’est pourquoi les Algériens doivent bien retenir la leçon que leur donne la France, l’une des prétendues plus anciennes démocraties d’Europe : elle explique une contestation populaire sur son propre territoire par un complot algérien, dans le mensonge et la calomnie. Pendant ce temps, chez nous, certains voient de leurs propres yeux les preuves de l’existence de complots, mais refusent de les reconnaître simplement parce qu’ils ne bénéficient plus, depuis 2019, des prébendes et des privilèges que l’Algérie leur accordait auparavant.