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Sénégal… La décision de la CAF devient une affaire d’État

Il n’est pas exclu que l’affaire prenne l’effet boule de neige et s’amplifie avec l’adhésion de voix africaines opposées à cette manipulation, et avec des actions visant à restaurer l’institution sportive spoliée.

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L’affaire de la tentative de dépouiller l’équipe sénégalaise du titre continental qu’elle a gagné légitimement sur le terrain par une décision administrative sans précédent, émise par la Confédération africaine de football, dépasse désormais son cadre sportif. En effet, le gouvernement sénégalais a publié un communiqué officiel demandant l’ouverture d’une enquête internationale indépendante, utilisant des termes suggérant que l’affaire est devenue une question d’État.

À peine quelques heures après la décision de la CAF qui a choqué le monde du football et dont l’écho a dépassé les frontières africaines, le gouvernement sénégalais a adopté une position politique et souveraine, affirmant qu’il « restera ferme et vigilant dans la défense des droits de son équipe nationale et dans la restauration de l’honneur du sport africain ». Cela confère à l’affaire un aspect politique, susceptible d’avoir des répercussions sur les relations entre Dakar et Rabat.

Le vocabulaire du communiqué officiel et le simple fait qu’il soit publié montrent que le gouvernement estime que la décision n’a rien à voir avec les considérations sportives ou arbitrales, mais qu’elle a été influencée par des pratiques de corruption et des calculs politiques non éthiques. En effet, le communiqué précise : « Cette décision inédite, d’une gravité exceptionnelle, heurte de front les principes cardinaux qui fondent l’éthique sportive, au premier rang desquels figurent l’équité, la loyauté et le respect de la vérité du terrain».

« la CAF porte une atteinte sérieuse à sa propre crédibilité ainsi qu’à la confiance légitime que les peuples africains placent dans les institutions sportives continentales », précise le gouvernement sénégalais.

L’une des preuves que l’affaire dépasse le cadre sportif est la demande du Sénégal de « l’ouverture d’une enquête internationale indépendante sur les soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes de la CAF », une demande gouvernementale sans précédent face à la corruption qui ronge cette institution et la rend, aux yeux de beaucoup, illégitime comparée aux autres fédérations continentales.

La réaction sénégalaise semble comme une tentative d’internationaliser l’affaire, en sortant le dossier des limites du continent africain, avec un recours prévu à « tous les moyens légaux, y compris les juridictions internationales compétentes, afin de rétablir le résultat obtenu sur le terrain », refusant que « des efforts sportifs et des mérites soient effacés par une décision administrative ».

Il n’est pas exclu que cette affaire prenne l’effet boule de neige, en s’amplifiant avec l’adhésion de voix africaines opposées à cette manipulation, et en mobilisant des actions pour restaurer l’institution sportive spoliée, comme le soulignent plusieurs observateurs.

Ces dernières années, il n’est plus surprenant que les considérations sportives et politiques se mêlent ou que l’une soit utilisée pour servir l’autre, donnant naissance à des concepts et pratiques tels que le « marketing politique » du football, la diplomatie sportive, le tourisme sportif et l’influence politique via l’action sportive.

Ce qui est remarquable dans l’affaire de la tentative de priver le Sénégal de son titre avec des arguments absurdes, c’est que cela dépasse le cadre du raisonnement humain et montre un mépris complet pour la communauté footballistique, pour s’insérer dans des agendas politiques étroits liés au système de gouvernance au Maroc.

Plus étonnant encore, les cercles sportifs marocains et la presse qui leur est affiliée s’empressent de présenter le sujet selon une narration étrange, cherchant à rendre la décision « logique » aux yeux du public marocain, en utilisant des expressions telles que « justice différée » et « rétablissement du droit ». Mais à y regarder de près, il s’agit en réalité d’une signature d’un acte de décès du football dans le continent.