Economie

L’Algérie, une puissance émergente en sidérurgie et métallurgie

Au-delà de sa capacité de production, l’industrie algérienne se distingue par un avantage concurrentiel unique à l’échelle régionale.

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Dans un classement qui reflète les mutations de l’industrie lourde dans le monde arabe, l’Union arabe du fer et de l’acier place l’Algérie au troisième rang arabe en termes de capacités opérationnelles de production d’acier. Ce classement repose sur une capacité de production totale estimée à 8,7 millions de tonnes par an, plaçant le pays derrière l’Égypte, qui domine le classement avec 15,6 millions de tonnes, et l’Arabie saoudite, deuxième avec 12 millions de tonnes.

Ce positionnement remarquable ne tient pas seulement au volume de production, mais également à l’avantage concurrentiel dont bénéficie l’industrie sidérurgique algérienne à l’échelle régionale. En effet, celle-ci repose à 100 % sur des fours modernes à arc électrique (EAF), ce qui en fait l’une des industries lourdes les plus propres et les plus conformes aux orientations environnementales mondiales.

Des capacités de production de 8,7 millions de tonnes portées par Tosyali, Bellara et El Hadjar

La capacité de production annuelle de 8,7 millions de tonnes est répartie entre plusieurs grands complexes industriels qui constituent l’épine dorsale du secteur sidérurgique algérien.

En premier lieu figure le complexe Tosyali Algérie, implanté à Bethioua, dans la wilaya d’Oran. Sa capacité de production atteint environ 3 millions de tonnes par an de rond à béton et de fil machine. Doté d’unités de fusion électrique de dernière génération, il a récemment lancé un vaste projet de réduction directe du minerai de fer d’une capacité supplémentaire de 2,5 millions de tonnes. Ce projet permettra de renforcer l’intégration industrielle et de réduire la facture des importations de matières premières.

Le complexe sidérurgique algéro-qatari Bellara, situé dans la wilaya de Jijel, constitue également un acteur majeur du secteur. Sa capacité actuelle est estimée à près de 2,5 millions de tonnes d’acier liquide et de produits laminés longs. Il prévoit d’importants projets d’extension destinés à doubler sa production grâce à l’ajout de nouvelles unités de laminage et à un projet de production de fer réduit directement, ce qui devrait le hisser parmi les plus grands complexes intégrés du continent africain.

Quant au complexe historique Sider El Hadjar, dans la wilaya d’Annaba, il fait actuellement l’objet d’un vaste programme de réhabilitation et de modernisation. Sa capacité de production atteint environ un million de tonnes par an après la conversion de ses installations aux fours à arc électrique et aux technologies de coulée continue, mettant ainsi fin à l’utilisation des hauts fourneaux traditionnels fortement émetteurs de carbone.

Le dispositif national est complété par plusieurs unités privées de laminage et de transformation réparties dans différentes régions du pays, contribuant à porter la capacité totale de l’Algérie à ce niveau avancé dans le classement arabe.

L’acier vert, un avantage compétitif pour les produits algériens sur les marchés internationaux

L’avance technologique de l’industrie sidérurgique algérienne ne réside pas uniquement dans ses volumes de production, mais également dans son mode de fabrication.

L’utilisation exclusive des fours à arc électrique offre un double avantage : une réduction significative des émissions de carbone par rapport aux convertisseurs à oxygène de base, qui représentent encore près de 66 % des capacités mondiales de production d’acier, ainsi qu’une plus grande flexibilité opérationnelle permettant de mieux s’adapter aux fluctuations des marchés de la ferraille et de l’énergie.

Cette caractéristique prend une importance particulière dans le contexte des nouvelles orientations commerciales européennes, notamment avec l’entrée en vigueur du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM), qui imposera à partir de 2026 des taxes sur les produits industriels fortement émetteurs de carbone.

Grâce à son statut de producteur d’acier vert, l’Algérie voit ses exportations de rond à béton et de fil machine gagner en attractivité sur les marchés européens, qui importent déjà une partie de sa production, ainsi que sur les marchés d’Afrique du Nord et d’Afrique de l’Ouest.

Diversification des exportations : l’acier parmi les secteurs les plus prometteurs

L’essor des capacités de production d’acier s’inscrit directement dans la stratégie algérienne de diversification des exportations hors hydrocarbures.

Au cours des dernières années, l’Algérie est passée du statut d’importateur net d’acier de construction à celui d’exportateur actif. Les exportations de produits sidérurgiques ont enregistré une croissance soutenue pour dépasser le seuil d’un million de tonnes par an, représentant près d’un milliard de dollars de recettes. Ce chiffre devrait encore progresser avec l’entrée en exploitation complète des projets d’extension en cours.

La position géographique du pays constitue un atout logistique important pour accéder aussi bien aux marchés européens qu’africains. À cela s’ajoute la disponibilité d’une énergie à des coûts compétitifs, qui permet de réduire les coûts de production des fours à arc électrique par rapport aux producteurs dépendant du gaz naturel liquéfié ou du charbon importé.

Selon l’Union arabe du fer et de l’acier, l’Algérie fait aujourd’hui partie des trois seuls pays arabes développant des projets de réduction directe du minerai de fer représentant une capacité supplémentaire d’environ cinq millions de tonnes par an. Cette évolution devrait renforcer l’intégration industrielle du secteur et accroître sa compétitivité à l’exportation.

Parallèlement, le projet de la mine de Gara Djebilet, dans la wilaya de Tindouf, considérée comme l’un des plus importants gisements de minerai de fer au monde, constitue un levier stratégique majeur. Bien que son exploitation commerciale en soit encore à ses débuts, son intégration dans la feuille de route du secteur vise à réduire la dépendance aux importations de ferraille et de produits de réduction, tout en garantissant un approvisionnement local capable de soutenir la chaîne de valeur et de protéger les producteurs des fluctuations des marchés internationaux.

Volatilité des prix sur les marchés internationaux

Au cours de la quatrième semaine de mai 2026, les marchés du minerai de fer et de la ferraille ont connu une certaine volatilité.

Les prix de la ferraille exportée vers la Turquie ont reculé à 410 dollars la tonne, tandis que le minerai de fer australien à 62 % de teneur s’est établi à 106 dollars la tonne. Les prix des billettes et des produits finis ont également fluctué.

Dans ce contexte, les projets d’extraction locale et de réduction directe apparaissent comme des choix économiquement pertinents, la maîtrise des matières premières devenant un facteur stratégique essentiel dans la compétition internationale.

Les analystes économiques estiment que l’entrée en service des unités de production de fer réduit directement chez Tosyali, ainsi qu’un projet similaire à Bellara, permettra de réduire la facture des importations de matières premières sidérurgiques de plus de 1,5 milliard de dollars par an et ouvrira la voie à l’exportation d’excédents de fer spongieux vers les marchés voisins.

Une transformation structurelle de l’industrie lourde nationale

Le classement de l’Algérie parmi les trois premiers pays arabes en termes de capacités de production d’acier dépasse la simple dimension statistique. Il témoigne d’une transformation structurelle profonde de l’industrie lourde nationale, soutenue par une volonté politique affirmée ainsi que par d’importants investissements dans les technologies propres et les infrastructures logistiques.

Alors que l’industrie sidérurgique mondiale s’oriente vers une réduction progressive de ses émissions de carbone, l’Algérie apparaît aujourd’hui en position favorable pour devenir un fournisseur régional majeur d’acier vert, grâce à ses capacités de production de 8,7 millions de tonnes par an et à son appareil industriel intégré dominé par Tosyali, Bellara et Sider El Hadjar.

Les perspectives sont d’autant plus prometteuses que le développement du gisement de Gara Djebilet pourrait constituer un nouveau moteur de croissance pour l’économie nationale.

Une année 2025 record pour la sidérurgie arabe

Selon l’Union arabe du fer et de l’acier, la production sidérurgique des pays arabes a atteint en 2025 un niveau record de 43,7 millions de tonnes entre janvier et décembre, soit une hausse de 7,2 % par rapport à 2024.

Cette progression a été portée principalement par les bonnes performances des pays du Golfe et de l’Afrique du Nord.

Dans la région du Golfe, la production a atteint 21,6 millions de tonnes, en hausse de 9,5 %, sous l’impulsion de l’Arabie saoudite qui a produit 10,8 millions de tonnes, soit une croissance annuelle de 12,3 %.

En Afrique du Nord, la production a atteint 18,7 millions de tonnes, en progression de 6 %. L’Égypte a conservé sa première place avec 10,65 millions de tonnes, tandis que l’Algérie a enregistré une progression remarquable de 17,9 %, portant sa production à 5,33 millions de tonnes.