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Détroit d’Ormuz : le conflit des grandes puissances redessine les marchés de l’énergie

La montée des tensions autour du détroit d’Ormuz perturbe les flux énergétiques mondiaux et fait grimper les prix du pétrole et du gaz

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Dans un tournant majeur du conflit au Moyen-Orient, la confrontation s’est déplacée au cœur de l’équation énergétique mondiale. Le monde est entré dans une phase d’alerte maximale après que le détroit d’Ormuz, artère essentielle du transport du pétrole et du gaz, est passé du statut de passage maritime stratégique à celui de zone de confrontation ouverte, alors que les prix de l’énergie atteignent des niveaux record.

Les menaces ne sont plus seulement médiatiques. Après des frappes américaines et israéliennes contre des cibles en profondeur sur le territoire iranien, le Corps des gardiens de la révolution iranienne a annoncé que le détroit d’Ormuz était « fermé », avertissant que tout navire tentant de le traverser pourrait être pris pour cible. Depuis, le trafic des pétroliers est pratiquement paralysé.

Selon les données de suivi maritime, au moins 150 pétroliers et méthaniers attendent en mer, à l’extérieur du détroit, dans l’espoir d’une évolution de la situation. D’après des estimations de JP Morgan, le transit pétrolier par le détroit est tombé à moins du quart de son niveau habituel, ne dépassant pas 400 000 barils par jour.

Le détroit d’Ormuz, par lequel transitent 20 à 30 % de l’approvisionnement mondial en pétrole** et environ 25 % du gaz naturel liquéfié, constitue un passage vital pour les économies d’Asie et d’Europe.

Choc des prix : de l’escalade militaire à la panique des marchés

Les marchés n’ont pas tardé à réagir. En 48 heures, le prix du Brent a bondi de 13 % pour atteindre 82 dollars le baril, avant de se stabiliser hier autour de 84 dollars, son plus haut niveau depuis janvier 2025.

Plusieurs grandes banques ont révisé leurs prévisions. Barclays estime désormais que le baril pourrait atteindre 100 dollars, tandis que Goldman Sachs souligne que la prime de risque géopolitique est devenue un facteur central dans la formation des prix. Le cabinet Wood Mackenzie avertit que si la fermeture du détroit dure plus de deux semaines, les prix pourraient dépasser les 100 dollars.

Hier soir, le Brent de la mer du Nord s’établissait à 84,25 dollars (+8,37 %), tandis que le West Texas Intermediate (WTI) atteignait 76,94 dollars (+8,02 %).

Crise du gaz : le Qatar à l’arrêt, l’Europe sous pression

La crise ne concerne pas seulement le pétrole. Dans un développement parallèle, la compagnie publique QatarEnergy a annoncé l’arrêt total de la production au complexe géant de Ras Laffan, la plus grande installation d’exportation de gaz naturel liquéfié au monde.

Conséquence immédiate : le prix du gaz en Europe, notamment le contrat TTF néerlandais, a bondi de 50 % lundi, puis de 30 % supplémentaires mardi, soit une hausse totale d’environ 70 % en deux jours, atteignant son plus haut niveau depuis plus d’un an.

Cette situation frappe particulièrement l’Europe. Après la réduction de sa dépendance au gaz russe depuis la guerre en Ukraine, le continent s’est largement tourné vers le Qatar comme fournisseur alternatif. L’arrêt de la production qatarie risque donc de placer l’Europe en concurrence directe avec l’Asie pour remplir ses réserves avant l’hiver, ce qui pourrait faire grimper les prix à des niveaux difficiles à supporter pour l’industrie européenne.

Pressions diplomatiques

En coulisses, les efforts diplomatiques s’intensifient. La Chine, premier importateur mondial d’énergie, exerce des pressions pour éviter toute attaque contre les pétroliers dans le Golfe et garantir la continuité des exportations qataries, dont elle tire près de 30 % de ses importations de GNL.

De son côté, Washington tente de rassurer les marchés. Le secrétaire d’État Marco Rubio a annoncé des mesures prochaines pour calmer les prix, bien que l’administration Trump ne prévoit pas pour l’instant de puiser dans les réserves stratégiques de pétrole.

Selon plusieurs analystes, les États-Unis, devenus le premier producteur mondial de pétrole (plus de 20 % de l’offre mondiale), sont désormais moins vulnérables aux chocs pétroliers qu’auparavant et pourraient même tirer profit de la hausse des prix.