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La guerre contre l’Iran : des objectifs encore flous

Quel scénario pour une guerre avec l’Iran, et qui en serait le gagnant ou le perdant ?

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Au cinquième jour de la guerre contre l’Iran, et face à l’élargissement du conflit ainsi qu’à la multiplication des parties impliquées, plusieurs questions se posent sur les véritables objectifs derrière l’attaque américano-israélienne contre l’Iran. Qui annoncera la fin de la guerre ? Qui déterminera le vainqueur et le perdant ? Tout cela dans un contexte où l’objectif stratégique de cette guerre reste flou, tout comme la question de savoir qui en assumera les coûts politiques et économiques.

Beaucoup d’incertitudes entourent ce conflit, notamment sur l’initiateur et sur celui qui en tire le plus d’intérêt : les États-Unis ou Israël. Les positions et les déclarations se sont révélées divergentes et parfois contradictoires entre les responsables à Washington et leurs homologues à Tel-Aviv. Toutefois, il semble établi que celui qui a fixé l’« heure zéro » et appuyé sur la gâchette est la partie israélienne. Son aviation a mené un raid sur Téhéran le 28 janvier, visant une réunion du guide suprême de la Révolution islamique, Ali Khamenei, avec des responsables militaires et politiques iraniens. Sa mort aurait constitué un dépassement des lignes rouges, une rupture des plafonds habituels et un changement des قواعد الاشتباك (règles d’engagement) traditionnelles entre les deux parties.

La guerre actuelle a révélé un alignement très marqué entre les positions américaine et israélienne, ainsi qu’une participation ouverte, pour la première fois, des forces américaines aux côtés de l’armée israélienne dans les opérations militaires. Cela contraste avec la guerre de 12 jours de juin 2025, ce qui soulève davantage de questions : s’agit-il d’une guerre israélienne à laquelle participent les États-Unis, ou d’une guerre américaine dans laquelle Israël joue un rôle ?

En ce qui concerne les objectifs officiellement annoncés, Donald Trump a affirmé que l’objectif de cette guerre est d’empêcher l’Iran de produire une bombe nucléaire et de démanteler son programme balistique, estimant que les missiles iraniens seraient désormais capables d’atteindre le territoire américain. Pourtant, la plupart des estimations d’experts, y compris américaines, indiquent que le programme balistique iranien reste limité et ne peut pas atteindre les États-Unis. Quant à l’idée que l’Iran serait proche de produire une arme nucléaire, elle contredit des déclarations antérieures de Trump lors du précédent conflit, lorsqu’il avait affirmé avoir « enterré » le programme nucléaire iranien après la destruction de réacteurs nucléaires. Des experts de International Atomic Energy Agency ont également contesté cette affirmation.

L’incohérence et les contradictions dans les déclarations de Trump poussent à s’interroger sur les objectifs non déclarés de la guerre. Ceux-ci pourraient inclure la reconfiguration de l’équilibre des forces au Moyen-Orient, la limitation de l’influence iranienne en Irak, au Liban, en Syrie et au Yémen, ainsi que l’imposition de nouveaux arrangements sécuritaires garantissant une supériorité israélienne incontestable. Un autre objectif pourrait être de pousser le régime iranien à modifier radicalement son comportement ou à l’user stratégiquement. Trump a même exprimé le souhait de démanteler le régime iranien, appelant ouvertement le peuple iranien à saisir l’occasion pour prendre le pouvoir. Toutefois, la chute du régime par de simples frappes aériennes reste peu probable pour le moment, en raison de la solidité des institutions de l’État iranien et de leur présence importante sur le terrain.

Pour contrer les objectifs de Trump et de Benjamin Netanyahu, le régime iranien a largement utilisé sa puissance balistique et son aviation, notamment les drones, dans une réponse asymétrique. L’Iran a visé Israël ainsi que des bases et des intérêts américains dans les pays du Golfe, y compris des ambassades, infligeant des dommages non négligeables.

Cette stratégie s’inscrit dans une logique visant à augmenter le coût de la guerre pour Washington et ses alliés et à prolonger le conflit dans le temps. Or, le coût et la durée du conflit ne jouent pas en faveur de Trump, surtout dans un contexte de rejet populaire de l’opération et d’autres fronts ouverts, notamment en Ukraine et face à la Chine. Le message de Téhéran est clair : toute attaque contre l’Iran entraînera des frappes généralisées contre les intérêts américains et israéliens dans la région. La confrontation pourrait également s’étendre au domaine économique, notamment par la fermeture du détroit d’Ormuz, ce qui aurait des répercussions importantes sur les prix de l’énergie, la navigation maritime et les marchés internationaux.

Ainsi, chaque jour qui passe sans que les États-Unis et Israël n’atteignent leurs objectifs non déclarés réduit leurs chances de trancher la guerre en leur faveur. Le temps et l’allongement du conflit pourraient jouer en faveur de l’Iran. Toutefois, une question demeure : le simple maintien du régime iranien au pouvoir, malgré la perte de son chef et de plusieurs responsables de premier plan ainsi que les dommages subis par ses capacités militaires et économiques, suffira-t-il pour qu’il puisse se considérer comme le vainqueur de la guerre ?