L’écrivain algérien résidant en France, Yasmina Khadra, a déclaré qu’il est regrettable et inquiétant d’observer le nouveau visage de la France en matière de libertés littéraires, en interdisant d’écrire sur les souffrances des autres. Il a indiqué que de nombreuses personnes se sont retrouvées menacées d’emprisonnement et de poursuites judiciaires, ou ont vu leur carrière littéraire ou professionnelle complètement brisée, pour avoir exprimé une position ou écrit de manière franche et réaliste sur ce qui s’est produit et se produit à Gaza, en Palestine.
L’écrivain de renommée internationale, classé parmi les auteurs les plus lus, a affirmé, dans un podcast avec le géopolitologue Pascal Boniface il y a deux jours, qu’il ne reconnaît pas la France sous ce visage. Il s’est interrogé sur la conscience et le rôle du peuple français, ainsi que sur son acceptation de cette situation et d’un groupe imposant son point de vue à tous, en totale contradiction avec la réalité.
Khadra est allé plus loin en déclarant que la presse française ne tolère pas ceux qui préservent leur dignité, en particulier lorsqu’ils viennent d’Algérie. Il a expliqué que pour être mis en avant par la presse française, il faudrait adopter le rôle d’un « caïd » ayant contribué à la colonisation de l’Algérie.
Dans sa description de la scène littéraire et médiatique française, et en réponse à une question sur les « conditions de réussite », l’auteur de Les Hirondelles de Kaboul a affirmé que ceux qui se soumettent aux conditions imposées par la France ne réussissent pas réellement. Ils peuvent recevoir certaines récompenses et distinctions, a-t-il ajouté, mais ils perdent leur identité et s’éloignent de la vérité.
Les propos de Khadra semblent viser indirectement certaines figures, telles que Kamel Daoud et Boualem Sansal, perçus par une partie des critiques et des lecteurs comme des relais de la narration officielle française, voire de la droite extrême et du discours sioniste.
Dans ce contexte, il a déclaré : « Ceux qui adoptent le discours médiatique français contre l’Algérie ou la Palestine se considèrent comme des loups, mais en réalité ce sont des chiens errants. »
Il a ajouté : « De nombreux lecteurs ressentent une profonde tristesse lorsque je disparais temporairement de la scène littéraire… mais je reviendrai, car la conscience reviendra et le courage de dire les choses reviendra également. »
L’écrivain a également souligné que de nombreux romans abordent la question palestinienne, mais traitent souvent des aspects faciles et positifs, ou de la coexistence, afin d’éviter l’exclusion. Selon lui, « lorsqu’on parle de ce pays, il faut être honnête avec soi-même avant de l’être avec les autres », rappelant une citation du célèbre écrivain Albert Camus : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. »
Dans le même esprit, il a expliqué que qualifier un génocide de guerre constitue une falsification de l’histoire et de la mémoire, ce qui égare les consciences.
Khadra a également évoqué une expérience personnelle, affirmant avoir été marginalisé et boycotté en Europe à cause de l’un de ses livres, accusé d’antisémitisme. Il a indiqué avoir rencontré des difficultés à trouver un éditeur par la suite, malgré sa grande popularité auprès des lecteurs.
Avec une pointe d’humour noir, Pascal Boniface, lui-même confronté à des pressions en France en raison de ses positions sur la Palestine, lui a demandé s’il pouvait espérer obtenir le prix Goncourt ou intégrer l’Académie. L’auteur de Ce que le jour doit à la nuit a répondu par un rire ironique, affirmant qu’il est exclu des prix depuis 2008 et persona non grata dans les institutions littéraires françaises. Il a ajouté que sa véritable récompense reste le lecteur, et qu’il écrit pour grandir, non pour vieillir, et pour éclairer les zones d’ombre en lui et autour de lui.
Enfin, il s’est dit surpris que son dernier ouvrage, "Le Prieur de Bethléem", ait été totalement ignoré par la presse parisienne, comme c’est le cas depuis 2008, contrairement à l’intérêt qu’il suscite dans les médias nationaux et internationaux.
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