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Le scénario irakien se répète-t-il en Iran ?

Le président américain dans le viseur de la presse

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Voici la traduction en français :


Dans un contexte d’escalade militaire sans précédent contre l’Iran, ouvrant la porte à une guerre ouverte dans la région, le président américain Donald Trump se retrouve sous le feu croisé des critiques de la presse et des responsables de son pays, tant du côté républicain que démocrate. Des rapports de renseignement et des déclarations officielles remettent en cause les justifications avancées par la Maison-Blanche pour la guerre, tandis que les avertissements s’accumulent sur le risque pour les États-Unis de se lancer dans une nouvelle aventure au Moyen-Orient, fondée sur des « allégations douteuses » rappelant celles qui ont précédé l’invasion de l’Irak en 2003.

Le New York Times a publié un long reportage mettant ouvertement en doute les affirmations utilisées par Trump et son administration pour justifier l’agression militaire contre l’Iran, qui comprenait des frappes aériennes en coordination avec Israël visant des installations nucléaires iraniennes, accompagnées de menaces d’une offensive « plus large ».

Les comparaisons avec le passé refont surface dans le débat politique américain. Tout comme George W. Bush en 2003, confronté à un rejet international et national de ses allégations sur les armes de destruction massive à Bagdad, Trump se retrouve aujourd’hui face à des critiques concernant la véracité des motifs de sa politique agressive. Les rapports de renseignement américains suggèrent que les affirmations sur la « menace imminente » de l’Iran sont exagérées ou non confirmées.

Selon le reportage, Trump et ses principaux conseillers ont avancé trois arguments principaux pour justifier l’escalade : l’Iran aurait repris son programme nucléaire, posséderait suffisamment de matières pour fabriquer une bombe en quelques jours et développerait des missiles à longue portée capables de frapper bientôt les États-Unis.

Or, des responsables américains et européens ainsi que des organisations internationales de contrôle des armements ont présenté une image très différente du niveau réel de la menace. Certains responsables américains interrogés par le journal ont affirmé qu’« il n’existe aucune preuve que l’Iran fournisse des efforts significatifs pour reprendre l’enrichissement de l’uranium ou construire un dispositif de bombe ».

Trump avait affirmé lors du discours sur l’état de l’Union que les frappes « avaient entièrement détruit » le programme nucléaire iranien, avant de revenir sur ses propos en accusant l’Iran de vouloir « recommencer » et poursuivre ses ambitions malveillantes. Des responsables américains ayant accès aux évaluations du renseignement ont confirmé que l’Iran n’avait pas créé de nouvelles installations nucléaires depuis juin dernier.

Concernant les missiles, Trump a déclaré que l’Iran « travaillait à la construction de missiles pouvant bientôt atteindre les États-Unis », tandis que le sénateur Marco Rubio a parlé de « quelque chose qui pourrait arriver un jour ». Trois responsables américains ayant connaissance des renseignements actuels ont confirmé que Trump exagérait la menace. Un rapport récent de la Defense Intelligence Agency concluait que l’Iran ne possède pas de missiles capables d’atteindre les États-Unis, et que le développement de 60 missiles intercontinentaux pourrait prendre une décennie.

Les critiques ne viennent pas seulement des démocrates, mais aussi de républicains au Congrès, révélant l’inquiétude croissante au sein du parti au pouvoir face à l’éventualité d’une guerre sans justification claire. Le sénateur républicain de l’Oklahoma, Markwayne Mullin, a déclaré à propos des affirmations de Stephen Witkoff : « Je n’ai pas vu les rapports sur lesquels il s’appuie. Je ne dis pas qu’il a tort ou raison, je n’ai juste pas vu ces rapports ».

Le président démocrate de la commission du renseignement à la Chambre, Jim Himes, a exprimé son inquiétude après une réunion à huis clos avec le secrétaire d’État : « Je suis très préoccupé. Les guerres au Moyen-Orient ne servent ni les présidents ni le pays, et nous n’avons entendu aucun motif convaincant pour lancer une nouvelle guerre maintenant ».

Le New York Times, dans une éditoriale cinglante, a qualifié les frappes ordonnées par Trump de « téméraires » et manquant de stratégie ou de justification légale minimale. La presse a critiqué l’annonce du bombardement via une vidéo diffusée à minuit plutôt que par les canaux officiels, jugeant la méthode inacceptable. L’éditorial a rappelé les discours de 2003 de George W. Bush, utilisés pour justifier l’invasion de l’Irak sur la base de prétendues menaces inexistantes, comme l’uranium africain.

Au final, les critiques envers Trump se concentrent sur cinq points principaux : la rupture de sa promesse électorale de mettre fin aux guerres, la peur de répéter le scénario de « mensonge sur les armes irakiennes », les signes de manipulation du renseignement, le contournement du Congrès pour déclarer la guerre, et les contradictions des déclarations de son administration sapant sa crédibilité. Les appels à limiter les pouvoirs présidentiels se multiplient, notamment face aux violations flagrantes du droit international et aux incohérences de la version officielle sur la guerre.