Plusieurs environnementalistes et associations écologistes ont lancé, à travers leurs pages officielles, des alertes à l’adresse des hautes autorités et des responsables du secteur des forêts, les appelant à intervenir fermement pour mettre fin et empêcher toutes les initiatives et campagnes de reboisement anarchiques lancées par des administrateurs de pages virtuelles et des créateurs de contenu. Ces campagnes, malgré leurs bonnes intentions, sont devenues une menace manifeste qui contribue à détruire ce qui reste du patrimoine forestier et à perturber les processus de régénération naturelle.
Ces acteurs soulignent que « nos espaces forestiers et notre environnement naturel n’ont pas besoin de plantations anarchiques qui accentuent la fragilité des sols, mais d’une stratégie nationale rigoureuse de restauration des écosystèmes, conformément à des protocoles scientifiques stricts, sous la conduite des organismes officiels et des centres de recherche spécialisés, ainsi que d’un véritable partenariat de terrain avec les associations environnementales disposant d’une expertise et de connaissances techniques des territoires forestiers ». Ils affirment que ces zones constituent un patrimoine environnemental complexe qui nécessite l’intervention de spécialistes et non des campagnes sur Facebook qui risquent de reproduire les catastrophes.
« Laissez les forêts incendiées se régénérer naturellement »
Dans une déclaration à El Khabar, le Dr et chercheur en environnement, professeur à l’Institut de gestion des techniques urbaines de l’Université de Constantine 3, Khaled Foudil, estime qu’il faut imposer une diversité raisonnée d’arbres et d’arbustes afin de rompre la continuité de la biomasse inflammable et d’éviter la répétition des catastrophes, tout en mettant l’accent sur un plan de suivi et de protection s’étendant sur trois ans après les plantations dans les wilayas de Jijel, Béjaïa et les autres wilayas touchées par les incendies. Il met également en garde contre les campagnes de reboisement anarchiques et non encadrées scientifiquement, qui utilisent parfois des espèces exotiques ou procèdent aux plantations durant des saisons inadaptées, avant de laisser les plants à leur sort.
Interrogé sur la question de savoir si la régénération naturelle est préférable à la replantation des forêts incendiées lorsque celles-ci ne sont pas soumises au surpâturage et peuvent se régénérer naturellement, il répond : « Oui, sans aucun doute. La régénération naturelle est scientifiquement, écologiquement et économiquement supérieure à l’intervention humaine tant que la banque de graines présente dans le sol demeure vivante et qu’il n’y a pas eu d’érosion sévère. Les plants issus naturellement de la régénération disposent d’une compatibilité génétique héritée qui les rend plus résistants à la sécheresse et aux maladies locales. Ils développent également un système racinaire pivotant plus profond et plus solide que celui des plants issus des pépinières, ce qui renforce leur capacité à stabiliser les sols et à absorber l’eau en profondeur. »
Il ajoute : « L’auto-régénération garantit le rétablissement de l’équilibre biologique originel et nous évite l’erreur des plantations monospécifiques fragiles imposées par l’intervention humaine, qui se transforment souvent à l’avenir en combustible rapidement inflammable. »
Il poursuit : « L’intervention scientifique ne signifie pas planter des plants de manière anarchique simplement pour combler les espaces vides. Elle obéit à un protocole strict qui commence par l’observation, l’évaluation et l’attente d’une ou deux saisons afin d’évaluer la capacité de l’écosystème à se rétablir de lui-même. Si le besoin de plantation est avéré, il faut respecter l’adaptation écologique en choisissant des espèces locales adaptées et en évitant les variétés introduites. Il faut également imposer une diversité raisonnée d’arbres et d’arbustes afin de rompre la continuité de la biomasse inflammable et d’éviter la répétition des catastrophes. Cela doit être complété par l’application de techniques mécaniques précises de conservation des sols et de l’eau, telles que les petites terrasses, sans décaper la couche superficielle fertile, ainsi que par un plan de suivi et de protection s’étendant sur trois ans après les plantations, plutôt que de se contenter des chiffres spectaculaires affichés par les campagnes de reboisement. »
Concernant le temps nécessaire à la régénération naturelle, notre interlocuteur explique : « Au sens scientifique strict, il est impossible de restaurer la forêt à 100 %. Les incendies de forte intensité provoquent des changements irréversibles dans les propriétés physico-chimiques et la microbiologie du sol. Ils entraînent également la disparition des habitats complexes constitués par les arbres anciens au fil des décennies. Ce que nous restaurons, c’est la fonction hydrologique et écologique du système.
Sur le plan temporel, il faut d’abord compter entre 3 et 5 ans pour restaurer la strate herbacée et arbustive et stabiliser les sols. La formation d’une jeune forêt et la restauration du cycle du carbone et de la biomasse prennent ensuite entre 15 et 25 ans, tandis que l’écosystème a besoin de 50 à 80 ans, voire davantage, pour atteindre le stade de maturité forestière complète et retrouver sa biodiversité ainsi que son climat local d’origine. »
Quant aux comportements susceptibles d’avoir un impact négatif sur le processus de régénération, il déclare : « En premier lieu, il y a la précipitation dans l’exploitation du bois brûlé, avec l’introduction d’engins lourds pour le couper et le transporter, ce qui provoque un compactage catastrophique du sol, détruit les graines dormantes et les jeunes pousses et aggrave l’érosion sous l’effet des pluies. Vient ensuite le comportement humain, notamment les campagnes de reboisement anarchiques et non encadrées scientifiquement, qui utilisent parfois des espèces exotiques ou procèdent aux plantations durant des saisons inadaptées, avant de laisser les plants à leur sort. S’y ajoutent le piétinement, les activités humaines intensives et la circulation des véhicules dans les zones sensibles en cours de régénération, ainsi que l’absence de contrôle des activités à proximité des lisières forestières, qui menacent de provoquer des incendies successifs anéantissant complètement toute tentative de régénération naturelle. »
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