Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a procédé, avant-hier, à un remaniement ministériel partiel ayant touché quatre portefeuilles, à savoir les Finances, le Travail, l’Agriculture et la Communication, avant de nommer hier un nouveau ministre à la tête du secteur de l’Industrie et de créer un ministère délégué chargé des Collectivités locales, tout en maintenant la majorité des membres du gouvernement de Sifi Ghrieb.
Selon un communiqué de la Présidence de la République, ce remaniement ministériel partiel est intervenu après consultation du Premier ministre, Sifi Ghrieb. La liste des nouveaux ministres a été marquée par le retour de plusieurs responsables ayant déjà occupé des fonctions gouvernementales. Sidi Ali Khaldi, nommé ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, avait ainsi déjà dirigé le ministère de la Jeunesse et des Sports entre 2020 et 2021. Mohamed Hattab, nommé ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, avait quant à lui occupé le poste de ministre de la Jeunesse et des Sports entre 2018 et 2019. Mohamed Bouslimani avait également dirigé le ministère de la Communication jusqu’en juin 2023, tandis que Mohamed Lamine Lebou était gouverneur de la Banque d’Algérie avant sa nomination au poste de ministre des Finances.
Dans son analyse du remaniement gouvernemental, le professeur de sciences politiques et de relations internationales Hakim Bougrara a déclaré que « le président Abdelmadjid Tebboune a confirmé, lors des précédents remaniements de l’Exécutif, que la démarche repose sur l’évaluation de la performance et du travail », précisant que le président de la République avait également souligné l’existence de secteurs « qui avancent à un rythme élevé, d’autres à un rythme moyen et d’autres en dessous de la moyenne ».
Bougrara a ajouté, dans une déclaration à « El Khabar », que le changement à la tête du secteur de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, avec la nomination de Sidi Ali Khaldi en remplacement de Walid El Mahdi Yassine, était prévisible depuis les enquêtes liées à ce qui est connu sous le nom de dossier du mouton de l’Aïd et aux dépassements qui l’ont accompagné. Selon lui, la situation s’est davantage clarifiée à la suite de la participation de l’Algérie au Salon de l’agriculture en Slovénie, où le président Tebboune avait chargé le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique de représenter l’Algérie et de conduire la délégation.
Un nouveau souffle pour le secteur des Finances
Le secteur des Finances a été confié à l’ancien gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Lamine Lebou, issu du secteur bancaire, dont la formation couvre les domaines financier et économique, et qui dispose également d’une expérience professionnelle au sein de plusieurs entreprises, notamment « Imetal » et l’Algerian Qatar Steel.
L’analyste politique estime que le choix de Lebou traduit la volonté du président de la République d’insuffler « un nouveau souffle » au secteur des Finances, à la veille de la présentation du projet de loi de finances au Parlement, et de donner davantage de dynamisme au secteur. Il a souligné que Lebou, lorsqu’il dirigeait la Banque d’Algérie, avait, selon lui, marqué « une avancée importante » dans la gestion de plusieurs dossiers, notamment celui de l’allocation touristique et la lutte contre les pratiques frauduleuses.
Selon Bougrara, le nouveau ministre devrait également mettre en œuvre d’autres réformes, notamment dans les domaines fiscal, de la lutte contre l’évasion fiscale et du traitement du dossier des fonds circulant sur les marchés parallèles.
Emploi : à la recherche d’alternatives aux politiques d’insertion
Dans le secteur du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Mohamed Hattab, ancien Médiateur de la République et diplômé de l’École nationale d’administration, a été nommé afin d’insuffler davantage de dynamisme au secteur et de rechercher des alternatives aux politiques d’insertion et d’emploi des jeunes sur lesquelles mise le président de la République pour absorber le chômage.
Selon Bougrara, cette nomination intervient dans un contexte marqué par des indicateurs qui nécessitent de revoir les mécanismes d’accompagnement du marché du travail, notamment après la participation de plus d’un million de jeunes aux concours de recrutement dans le secteur de l’Éducation, ainsi que l’augmentation annuelle du nombre de diplômés universitaires. Cela impose, selon lui, d’insuffler un nouveau souffle aux politiques de l’emploi afin de les adapter aux transformations économiques ainsi qu’aux investissements et partenariats engagés par l’État.
Bouslimani revient au ministère de la Communication
Dans le secteur de la Communication, le président Tebboune a reconduit Mohamed Bouslimani à la tête du ministère, près de trois ans après son départ, en remplacement de Zouhir Bouamama, qui a occupé le poste pendant 12 mois.
Selon Bougrara, le secteur de la Communication reste confronté à plusieurs dossiers législatifs et réglementaires en suspens. Il souligne que plusieurs textes et décrets d’application liés à la carte de journaliste, aux cartes des correspondants étrangers et au Conseil de déontologie et d’éthique de la profession journalistique n’ont pas encore été finalisés, en plus des autorités de régulation de la presse écrite et électronique. L’intervenant relève également un retard dans la mise en œuvre de certaines législations relatives aux médias adoptées en 2023, tandis que la loi sur le journaliste professionnel attend toujours d’être concrétisée.
La poursuite de l’approche technocratique
Selon l’analyse de Bougrara, le dernier remaniement confirme la poursuite de l’approche du président Tebboune visant à écarter la logique de répartition partisane dans la formation du gouvernement. Cette approche est appliquée depuis son arrivée au pouvoir, le poids de la représentation parlementaire des partis n’étant pas considéré comme un critère essentiel dans la répartition des portefeuilles ministériels. Le président privilégie plutôt des personnalités à caractère technocratique disposant d’une expérience dans les secteurs dont elles ont la charge.
Le FLN salue le remaniement
De son côté, le parti du Front de libération nationale (FLN) a salué le remaniement ministériel partiel, estimant que cette opération « n’est pas tant un changement de noms qu’un renouvellement des énergies, une correction des trajectoires de performance et une nouvelle impulsion au rythme de réalisation », en adéquation, selon le parti, avec les exigences de la phase actuelle et les défis économiques, sociaux et de développement auxquels le pays est confronté.
Dans un communiqué, le parti a considéré que le choix du moment et des secteurs concernés par le remaniement reflète une prise de conscience de l’ampleur des responsabilités à relever, notamment en matière d’amélioration de la performance économique, de renforcement de la sécurité alimentaire, de promotion de l’emploi et de la protection sociale, ainsi que de développement du travail dans les domaines de la communication et des médias. Il s’agit, selon lui, de piliers essentiels à la stabilité de l’État et à l’amélioration du niveau de vie du citoyen.
Le parti a renouvelé son soutien total aux choix du président de la République et sa confiance dans sa capacité à poursuivre le processus de réforme et de construction, ainsi qu’à prendre les décisions dictées par l’intérêt supérieur de la nation, loin des calculs conjoncturels ou des pressions passagères.
Il a également appelé les nouveaux membres du gouvernement à considérer la confiance qui leur a été accordée comme « une responsabilité et une mission », à travailler dans un esprit d’équipe, à être à l’écoute des préoccupations des citoyens, à accélérer la mise en œuvre des programmes et des projets, à lutter contre toutes les formes de bureaucratie et de manquement, et à établir un lien entre responsabilité, reddition de comptes et résultats.
Le parti Front El Moustakbal a, lui aussi, salué le remaniement ministériel partiel, considérant qu’il traduit la volonté du président de la République de renforcer l’efficacité de l’appareil exécutif et de garantir davantage de performance dans le fonctionnement des institutions de l’État.
Dans un communiqué, le parti a affirmé que cette mesure s’inscrit dans la poursuite de la mise en œuvre du programme du président de la République et de la concrétisation de sa vision visant à construire une Algérie forte, stable et développée, fondée sur des institutions efficaces, une économie productive et une administration moderne, avec le citoyen et l’amélioration de ses conditions de vie au cœur des priorités.
Le Front El Moustakbal a également souligné que la nature de la phase actuelle, marquée par les défis internes et les mutations régionales et internationales rapides, impose de passer d’une logique d’engagements à une logique de réalisation et de résultats, de renforcer l’action de terrain, l’efficacité et la rapidité dans la mise en œuvre des programmes et des politiques publiques, notamment dans les domaines du développement économique, de l’investissement, de l’emploi, de l’amélioration des services publics et du pouvoir d’achat.
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