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« L’Algérie a sécurisé sa position stratégique avant la rupture avec les Émirats »

Abou Dhabi figurait parmi les acteurs ayant contribué à la détérioration des relations de l’Algérie avec ses voisins du Sahel

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L’analyste politique Nabil Kahlouche a affirmé que l’Algérie avait sécurisé sa position stratégique avant la rupture, soulignant que les Émirats arabes unis n’avaient pas de marge pour une escalade, notamment au regard des convergences entre la position algérienne et celles de plusieurs acteurs régionaux.

Dans une déclaration à « El Khabar », il a indiqué que cette démarche s’inscrivait dans le cadre de la sécurisation de la position stratégique, expliquant que le Mali et le Niger représentent un espace sécuritaire dans le Sahara qui touche directement à la sécurité frontalière de l’Algérie et qui est également lié aux mouvements commerciaux des Touaregs algériens, lesquels partagent plus de 2 000 km de frontières avec ces deux pays. Il a ajouté que la crise qui avait éclaté entre l’Algérie et ces deux pays avait donc eu un impact profond, tant sur la sécurité des frontières que sur les échanges commerciaux, soulignant que les Émirats arabes unis figuraient parmi les acteurs ayant contribué à la détérioration de ces relations en raison de divergences entre leur approche de règlement des crises et celle de l’Algérie.

Il a poursuivi en donnant deux exemples. Dans le premier, il a expliqué que l’Algérie privilégiait le règlement de la crise au Mali par un accord politique entre toutes les parties au conflit, afin de traiter ses racines politiques, sécuritaires, économiques et ethniques. Il a toutefois relevé que les Émirats préféraient gérer la crise selon une approche unique, à savoir le soutien en armes et en argent au conseil de transition, ce qui, selon lui, ne permet pas de régler la crise à ses racines et contribue à davantage de conflits.

Concernant le deuxième exemple, il a expliqué que l’Algérie considérait les pays du Sahel comme des voisins et comme une partie intégrante de l’espace africain. Elle cherche ainsi à se rapprocher d’eux plutôt qu’à les séparer de leur environnement géopolitique naturel. Il a, en revanche, indiqué que les Émirats considéraient la Confédération des États du Sahel comme un espace régional isolé de son environnement géopolitique et capable de se suffire à lui-même vis-à-vis de ses autres voisins. Il a affirmé que cela ne correspondait aucunement aux réalités sécuritaires et économiques de ces pays, soulignant que leur isolement de leur environnement et l’exploitation de leur faiblesse provoqueraient des débordements sécuritaires aux frontières qu’ils ne seraient pas en mesure de contrôler, ce qui affecterait directement l’ensemble des pays voisins.

Le professeur de sciences politiques a ajouté : « Le défi auquel l’Algérie était confrontée avant la rupture des relations avec les Émirats reposait sur deux objectifs : premièrement, réhabiliter la solution politique au Mali ; deuxièmement, récupérer les pays du Sahel du giron émirati et les réintégrer dans leur environnement régional. »

Il a souligné que l’objectif stratégique était ainsi de permettre à l’Algérie de sécuriser sa profondeur stratégique afin que tout rôle émirati futur dans ses frontières méridionales se réduise.

Il a poursuivi en affirmant que l’échec de la solution militaire au Mali, notamment face aux Azawadiens, ainsi que le rétablissement des relations entre le Mali et le Niger d’une part et l’Algérie d’autre part, et l’engagement de cette dernière à mettre rapidement et à un haut niveau les programmes militaires et économiques communs avec les pays voisins, avaient contribué à faire revenir le Mali et le Niger dans le giron algérien, les soustrayant à l’influence des Émirats afin de sécuriser sa profondeur stratégique, avant que l’Algérie ne prenne finalement la décision de rompre effectivement ses relations diplomatiques avec les Émirats.

Commentant les possibilités d’une escalade émiratie contre l’Algérie, il a déclaré que l’étude des foyers de tension dans lesquels les Émirats sont intervenus permettrait de dégager clairement les trois mécanismes qu’ils utilisent régulièrement : l’incitation médiatique contre une partie donnée, puis le financement financier d’une partie, et enfin le financement logistique en équipements et en armes au profit de l’une des parties au conflit.

Il a toutefois précisé que les conditions objectives permettant l’application de ces mécanismes nécessitaient l’existence d’un environnement marqué par le chaos, l’effondrement institutionnel et les divisions internes. Selon lui, cette situation ne s’applique pas à l’Algérie sur le plan intérieur, mais concerne son environnement extérieur. Il a ajouté que, puisque le Mali, le Niger et la Libye connaissent de telles conditions, les possibilités d’une escalade émiratie contre l’Algérie pourraient consister à soutenir et financer des groupes armés dans les pays voisins.

L’incitation médiatique
Il a poursuivi en affirmant que, dans un contexte marqué par la poursuite de la guerre entre l’Iran et l'entité sioniste, le fossé qui s’est creusé entre l’Arabie saoudite et les Émirats, ainsi que la résistance des Houthis dans l’ouest et le nord du Yémen et les avancées réalisées par l’armée soudanaise, tous ces éléments plaçaient les Émirats dans une situation stratégique complexe, faisant d’une escalade avec un pays du poids de l’Algérie une option irrationnelle.

S’agissant des convergences entre les positions de l’Algérie et celles de la région, il a expliqué que la décision algérienne de rompre les relations avec les Émirats constituait l’expression d’une position politique qui ne concernait pas uniquement l’Algérie, mais reflétait une situation géopolitique globale dans la région. Il a ainsi indiqué que le rejet de la politique émiratie par plusieurs acteurs confrontés à des guerres dévastatrices, à l’instar du Soudan, du Yémen, de l’Iran et de la Libye, reflétait l’image dégradée dans laquelle les Émirats se sont retrouvés au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.