Nation

La balle est dans le camp de la France

Les relations bilatérales sont sur un fil brûlant et menacées par une nouvelle escalade.

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Les relations algéro-françaises traversent une phase de forte tension, menacées par une possible escalade en raison du décalage manifeste entre le discours officiel français et ses pratiques politiques et médiatiques, estiment des analystes. Une situation susceptible de fragiliser la relation bilatérale et de l’exposer à de nouvelles crises.

L’analyste politique Chaker Mahfoudi estime que la contradiction dans les positions françaises à l’égard de l’Algérie est devenue évidente. Il explique que, d’un côté, le discours officiel à Paris affiche la volonté de tendre la main et d’ouvrir une nouvelle page fondée sur l’apaisement et la coopération, tandis que, de l’autre, des institutions politiques et médiatiques françaises continuent de produire un discours provocateur et recrudescent, ravivant des approches coloniales dépassées.

Dans une déclaration au journal El Khabar, Mahfoudi considère que cette duplication du discours vide les appels officiels français de leur substance, les réduisant à des messages ou manœuvres tactiques conjoncturelles plutôt qu’à un choix stratégique sincère fondé sur une approche objective. Il ajoute que les médias français, compte tenu de leur influence sur l’opinion publique et les décideurs, n’agissent pas en dehors du climat politique général. Lorsqu’ils deviennent une plateforme attisant une mémoire encore douloureuse ou remettant en cause la souveraineté de l’Algérie et ses choix, ils sapent concrètement tout effort déclaré de rapprochement.

Selon lui, une rupture totale demeure peu probable, mais le scénario le plus plausible reste celui d’une relation froide et instable, gérée avec un minimum de pragmatisme, sans véritable confiance politique ni perspective de partenariat stratégique réel. Il souligne que toute amélioration future restera conditionnée à un passage d’une logique de mémoire sélective et de tutelle symbolique à une logique d’égalité et de respect mutuel. Faute de quoi, les relations demeureront otages de crises conjoncturelles, malgré la répétition des discours d’apaisement et de bonne volonté.

De son côté, l’analyste politique Hakim Bougherra estime que les provocations françaises à l’égard de l’Algérie s’inscrivent dans les stratégies de la Ve République d’inspiration gaulliste, à arrière-plan militaire, fondées sur la doctrine du « bâton et de la carotte ». Il rappelle que la Ve République, issue d’un coup de force militaire en mai 1958 ayant installé Charles de Gaulle, s’est appuyée sur les politiques de Jacques Foccart pour soumettre les États nouvellement indépendants, à travers l’infiltration d’agents et de « cinquièmes colonnes » au sein des élites, des partis, des universités et des médias.

Bougherra affirme que tout État cherchant à parachever son indépendance s’expose à des coups d’État, ainsi qu’à des guerres psychologiques et médiatiques destinées à le soumettre et à mobiliser des axes qui lui sont hostiles. Il note que l’intensité de l’escalade française contre l’Algérie s’est accrue depuis 2019, après que l’Algérie a dépassé la phase du Hirak, organisé l’élection présidentielle et engagé une nouvelle stratégie visant à diversifier ses partenariats étrangers, de Moscou à Pékin, en passant par Rome, Ankara et Washington.

Selon lui, cette orientation n’a pas été acceptée par la France, qui aurait alors, à travers ce qu’il qualifie de cercles obscurs — comprenant l’État profond, les services de renseignement et l’extrême droite — lancé des guerres médiatiques, propagandistes et psychologiques, exploitant les médias, la mémoire historique et le dossier des visas, dans le but de ternir l’image de l’Algérie, de ses symboles et de ses choix. Il y voit une réaction à des défaites françaises successives sur les plans bilatéral, régional et international, notamment après le recul de l’influence française en Afrique et son éviction militaire, économique et culturelle.

Bougherra poursuit en affirmant que la crise a atteint un niveau, où l’Algérie a procédé à l’expulsion de diplomates français qu’il qualifie d’espions et d’agents de renseignement, après la découverte de leurs plans et tentatives de recrutement de jeunes Algériens et de manipulation du Hirak vers des phases de transition. Il précise que la menace française de réviser l’accord migratoire de 1968 et de suspendre les accords sur les visas a été confrontée à une réponse algérienne ferme, matérialisée par l’annulation de ces accords et leur publication au Journal officiel, traduisant la disposition de l’Algérie à ouvrir tous les dossiers en toute souveraineté.

L’analyste estime que ces réponses ont déstabilisé la scène politique française, mettant en lumière des difficultés financières et économiques croissantes, dans un contexte marqué par une dette interne dépassant les 3.400 milliards de dollars, l’augmentation du service de la dette, la chute successive des gouvernements, ainsi que les difficultés à faire adopter le budget 2026. Une situation qui a ravivé le débat sur une motion de censure à quelques mois de l’élection présidentielle.

Il ajoute que les réactions algériennes ont poussé la France vers des méthodes qu’il qualifie de « malsaines », évoquant une enquête à caractère propagandiste diffusée par le groupe public France Télévisions, au cours de laquelle des invités se seraient livrés à des insultes, diffamations et attaques contre l’État algérien et ses symboles. Il considère cela comme une preuve de complicité officielle, assimilable à ce qu’il appelle un « crime d’État ».

Enfin, Bougherra estime que les tentatives d’apaisement émanant de certaines parties françaises reflètent des divisions internes et une montée en puissance de l’extrême droite, alliée à l’État profond, dans la gestion des relations avec l’Algérie. Une dynamique visant, selon lui, à entraver les grands projets algériens — de Gara Djebilet à Amizour et Bir El Ater — susceptibles de faire de l’Algérie une puissance méditerranéenne et africaine influente.

Il conclut en affirmant que la France n’a pas digéré le succès de l’Algérie dans le démantèlement de réseaux hostiles, la gestion des dossiers liés à la jeunesse et à la migration, ainsi que l’échec des tentatives de recrutement contre le pays. Cela aurait conduit, selon lui, à la fabrication d’accusations, à la diffusion de contre-vérités et à la promotion de récits d’enlèvements et de persécutions concernant des personnes condamnées par la justice, auxquelles la France aurait accordé le statut d’opposants.