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La Coupe de la honte…

Entre l’élimination de l’Algérie dans des circonstances douteuses et les tentatives d’écarter des sélections de poids comme l’Égypte et la Tunisie des phases finales, une conviction largement répandue s’est installée : ce qui se passe n’est pas un hasard

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La Coupe d’Afrique des Nations en cours au Maroc n’est plus une simple manifestation sportive dont les résultats se mesurent à ce qui se passe sur le rectangle vert. Elle s’est transformée, au fil des informations, des fuites et des faits observés sur le terrain, en symbole d’un scandale moral et sportif aux contours pleinement établis. Une compétition qui aurait dû incarner l’esprit du fair-play et l’unité du continent est devenue le reflet de pratiques douteuses : interventions en coulisses, contacts financiers, pressions politiques et sportives, poursuivant un seul objectif : fabriquer un sacre à n’importe quel prix, quitte à piétiner les valeurs sur lesquelles repose le football africain.

Ce qui s’est déroulé durant cette édition — erreurs arbitrales grossières, décisions controversées, ouverture tardive d’enquêtes visant des journalistes et des supporters plutôt que les véritables responsables de la manipulation du tournoi — a fait de cette CAN un sujet de débat africain et international, non pas comme une fête du football, mais comme un exemple criant de ce que devient le sport lorsqu’il est confisqué par l’argent, les lobbies et les réseaux d’influence.

Entre l’élimination de l’Algérie dans des conditions suspectes et les tentatives d’écarter des sélections de poids comme l’Égypte et la Tunisie des phases finales, une conviction largement partagée s’est imposée : ce qui se passe n’est pas le fruit du hasard, mais fait partie d’un scénario préparé à l’avance, qui restera gravé dans la mémoire collective comme l’un des pires chapitres de l’histoire du football africain.

Dès les premiers tours, les observateurs ont constaté que le déroulement du tournoi suivait une trajectoire inquiétante, dominée par des décisions arbitrales contestées, une utilisation sélective et partiale de l’assistance vidéo (VAR) et un double standard flagrant dans l’interprétation des lois du jeu. À mesure que la compétition avançait, il est devenu évident que certaines sélections étaient ciblées, à leur tête l’Algérie, suivie de la Tunisie et de l’Égypte, tandis que le chemin était soigneusement balisé pour l’équipe du pays organisateur, quel qu’en soit le coût.

Les discussions autour de contacts suspects et d’offres financières colossales — évoquant des montants atteignant le million de dollars — qui auraient été proposées à des Nigérians pour barrer la route à l’Algérie, avec des arrangements confortables concernant l’arbitrage, s’inscrivent pleinement dans le tableau général dessiné par cette édition. Lorsque des erreurs arbitrales majeures se répètent toujours dans le même sens, et que des décisions décisives deviennent la risée des médias internationaux, il est légitime de s’interroger sur ceux qui tirent les ficelles et sur l’ampleur de la corruption qui gangrène le football africain.

Ce qui frappe, c’est que la Confédération africaine de football (CAF), au lieu d’ouvrir des enquêtes transparentes sur l’arbitrage, la gestion et l’organisation, a choisi la voie la plus facile : elle a dirigé ses accusations contre des journalistes et des supporters après l’élimination de l’Algérie, une démarche perçue comme une tentative de museler les voix critiques plutôt que de traiter le fond du problème.

Ainsi, la CAF s’est retrouvée dans le box des accusés, après avoir longtemps fermé les yeux sur de graves dérives, passant du rôle d’instance censée protéger le jeu à celui d’objet de moqueries dans la presse internationale.

Les Algériens qui se sont déplacés au Maroc ne sont pas revenus de simples supporters, mais porteurs de témoignages accablants : organisation chaotique, climat tendu, sentiment généralisé d’une compétition biaisée. Ce qu’ils ont vécu dans les tribunes et dans les rues, des millions de téléspectateurs l’ont également ressenti devant leurs écrans, observant comment un tournoi continental était géré selon une logique d’exclusion n’acceptant qu’un seul résultat.

Le scandale sportif ne peut être dissocié de son arrière-plan politique. La CAN 2025 a été utilisée de manière flagrante comme un outil de communication pour redorer l’image d’un régime en proie à une crise interne étouffante, cherchant à projeter une illusion de stabilité alors que les protestations sociales se multiplient et que la jeunesse marocaine réclame de meilleures conditions de vie, notamment dans la santé, l’éducation et l’emploi.

Au lieu d’investir dans l’être humain, le système du Makhzen, malade, a préféré engloutir des sommes colossales dans les stades et le décor, instrumentalisant le football pour blanchir une image fragilisée par la corruption.

Dans ce contexte, la présence massive du prince héritier marocain dans les tribunes et la couverture médiatique excessive n’avaient rien d’anodin. Le tournoi est apparu comme une pièce d’un plan plus large visant à promouvoir une phase politique à venir et à utiliser le football comme passerelle pour un projet de succession, dans un pays marqué par des luttes silencieuses — voire étouffées — au sein des cercles du pouvoir. Le sport a ainsi été mêlé à la politique, et l’éthique sacrifiée sur l’autel de la propagande.

Le plus grave, dans tout cela, est que l’image du football africain a subi un coup sévère. Une compétition censée être une fête des peuples est devenue une source de division et de colère. Cette édition a été, à juste titre, qualifiée de Coupe de la honte et de la tricherie : arbitrage orienté, coulisses obscures, décisions dénuées de logique et de légalité, poussant les observateurs à s’interroger sur l’avenir des compétitions continentales si cette dérive se poursuit.

En toute franchise, et les faits le confirment, ce qui s’est produit lors de la CAN 2025 ne porte pas atteinte à une seule sélection, mais à tout un continent. Lorsque la compétition perd son intégrité et que les résultats deviennent une marchandise prête à l’emploi, le public perd confiance et le football perd son âme.

Face aux atteintes répétées subies par le football africain en raison des pratiques du Makhzen corrompu, l’heure est aujourd’hui à un sursaut de conscience, à une révision en profondeur et à la restauration des valeurs de transparence et de justice, avant que les tournois ne se transforment définitivement en simples mises en scène politiques.

En conclusion, cette édition, avec tout ce qu’elle a charrié de polémiques et de scandales, restera une leçon amère sur la manière dont le sport peut être assassiné lorsqu’il se soumet à la logique de la fraude et de l’instrumentalisation. La question demeure : la CAF tirera-t-elle les leçons de cette chute, ou continuera-t-elle à fuir en avant ? Une chose est sûre : la CAN 2025 restera dans les mémoires, non comme un tournoi de joie, mais comme le symbole d’une période sombre de l’histoire du football africain.