Nation

Les déclarations du président Tebboune en soutien à la Tunisie ravivent le débat

Des cercles hostiles au président Kaïs Saïed tentent d’en tirer de nouvelles interprétations

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À la suite de la publication d’un communiqué signé par des personnalités politiques et partisanes tunisiennes de l’opposition, présentant les déclarations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, rejetant le terrorisme visant la Tunisie, comme une ingérence dans les affaires intérieures et une atteinte à la souveraineté nationale, plusieurs lectures critiques, tunisiennes et algériennes, ont émergé, analysant ce texte sous différents angles et à la lumière de divers contextes politiques.

Parmi ces analyses, le militant politique Ammar Khebbaba estime que le communiqué dépasse sa dimension purement linguistique et révèle des orientations sous-jacentes traduisant des positions politiques préétablies de ses initiateurs.

Dans une lecture approfondie du texte, publiée sur son compte sur les réseaux sociaux, le militant et avocat affirme que l’ampleur du consensus reflétée par le nombre de signataires du communiqué, intitulé « La Tunisie est un État libre, indépendant et souverain », ainsi que son ton ferme, soulèvent une question légitime : la déclaration étrangère à laquelle il répondait était-elle, à elle seule, suffisante pour justifier une telle escalade ? Ou bien ce communiqué a-t-il dépassé le simple cadre d’une réaction à une prise de position extérieure pour devenir un message politique essentiellement destiné à la scène intérieure tunisienne ?

Selon Khebbaba, le texte véhicule une signification politique plus large que ne le laissent apparaître les mots, reposant sur une « double lecture du discours » et sur la stratégie du « je m’adresse à toi, mais c’est un autre que je vise ». À ses yeux, « une lecture structurelle du document révèle une construction politique fondée sur un discours à deux niveaux : explicite et implicite ».

Au niveau explicite, explique-t-il, le communiqué insiste sur l’attachement à la souveraineté de l’État tunisien et rejette tout discours ou toute position étrangère pouvant être interprétée comme une ingérence dans les affaires intérieures ou une atteinte à l’indépendance de la décision nationale.

Le niveau implicite, que Khebbaba qualifie de « message politique », consiste, selon lui, en une critique indirecte du pouvoir en place, incarné par le président Kaïs Saïed, auquel les auteurs du texte imputent la responsabilité de la dégradation de la situation du pays et du recul de l’État de droit et des institutions, ce qui aurait, à leurs yeux, exposé la Tunisie à des pressions extérieures.

De cette analyse, il ressort que les signataires se sont saisis des déclarations du président Tebboune pour les utiliser comme support à des calculs et à des positionnements politiques internes, dans un contexte déjà marqué par une profonde polarisation entre partisans et opposants du président Kaïs Saïed.

S’agissant du choix de l’allusion plutôt que de la critique directe, Khebbaba avance trois explications. La première consiste à se prémunir contre toute accusation d’atteinte au patriotisme en faisant de la défense de la souveraineté nationale le cœur de leur démarche, ce qui lui confère une légitimité morale et nationale. La deuxième repose sur la recherche d’un dénominateur commun permettant de rassembler d’anciens ministres, conseillers et parlementaires issus de sensibilités idéologiques différentes. Enfin, la troisième vise à placer le pouvoir face à ses responsabilités politiques en établissant un lien entre la souveraineté nationale et la capacité des institutions de l’État à préserver le prestige et l’autorité du pays.

Pour Khebbaba, une lecture attentive du communiqué conduit à penser que son véritable destinataire n’était pas l’étranger, mais bien l’opinion publique tunisienne. « Les déclarations de Tebboune n’ont été qu’un prétexte utilisé pour adresser un message politique particulièrement virulent au pouvoir en place », affirme-t-il.

Il estime également que l’importance politique de ce texte ne réside pas uniquement dans le fait qu’il réponde à une déclaration étrangère, mais aussi dans le fait qu’il constitue un document révélateur « du degré de polarisation qui caractérise désormais la vie politique tunisienne », où même les questions de souveraineté nationale et de relations extérieures sont devenues des instruments de confrontation politique interne.

Dans le même esprit, le Courant populaire tunisien a qualifié cette initiative de campagne menée par un groupe de « forces et d’individus cherchant à détériorer les relations tuniso-algériennes sous couvert de défendre la souveraineté nationale », alors que, selon le communiqué publié sur la page officielle du parti, ces mêmes acteurs « n’hésitent pas à réclamer une intervention occidentale et applaudissent toute déclaration hostile à la Tunisie émanant des capitales de domination et du colonialisme occidental ».

Le Courant populaire soutient que la plupart des participants à cette campagne « faisaient partie du système de gouvernance qui a ouvert la voie aux ingérences dans la décision nationale, aussi bien à l’Est qu’à l’Ouest », ajoutant que les tentatives de tutelle, d’ingérence et d’influence dans les affaires intérieures de la Tunisie ont toujours émané principalement des capitales occidentales, qui considèrent le pays comme relevant de leur sphère d’influence et cherchent à contrôler sa décision souveraine ainsi qu’à renforcer leur domination et leur exploitation économique.

Le parti du Courant populaire est une formation politique de tendance nationaliste qui s’est imposée sur la scène tunisienne sous la direction de son fondateur et secrétaire général, Mohamed Brahmi. Après son assassinat, son épouse, Mbarka Aouinia Brahmi, est devenue l’une de ses principales figures dirigeantes.

Le parti a longtemps partagé les combats de la gauche et des forces démocratiques, notamment avec Chokri Belaïd, considéré comme l’un des principaux artisans de l’unification de la gauche et secrétaire général du Parti des patriotes démocrates unifié (Watad), ainsi qu’avec le dirigeant Hamma Hammami, chef du Parti des travailleurs. Ces formations avaient rejoint la coalition du Front populaire et occupaient les rangs de l’opposition.

Bien que le Courant populaire fasse partie de l’opposition, il n’a pas adopté une lecture négative des déclarations du président Tebboune et ne les a pas utilisées dans le cadre de ses critiques à l’égard de la politique du président Kaïs Saïed.