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Les raisons de la hausse des prix de l’or

Qualifiée auparavant d’« historique » par le président de l’Organisation algérienne de l’or et de la joaillerie, Aissa Ameghchouche.

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Le président de l’Organisation algérienne de l’or et des bijoux, Aissa Ameghchouche, a abordé dans un entretien exclusif avec El Khabar le dossier du marché de l’or en Algérie. Il a révélé les facteurs qui influencent les prix, les difficultés rencontrées par les artisans, ainsi que le processus de réformes en cours visant à réorganiser un secteur resté pendant des années sans cadre clair.

Ameghchouche affirme que l’organisation travaille depuis plusieurs années en coordination avec les ministères des Finances, du Commerce, de l’Énergie et des Mines pour restructurer le secteur des métaux précieux, confronté à l’absence d’un système réglementaire cohérent. « Nous avons tenu plusieurs réunions avec les ministres et responsables pour examiner les conditions de régulation du marché, collecter les données et analyser les variables influençant les prix, tant au niveau national qu’international », explique le responsable.

Concernant les prix de l’or, Ameghchouche décrit la situation actuelle comme une « hausse historique », soulignant que l’or traverse une phase de progression quasi constante en raison de multiples facteurs, notamment les tensions politiques mondiales, la complexité des situations économiques et le recours des investisseurs et des banques centrales à l’or comme valeur refuge.

Il ajoute que les politiques américaines, en particulier les décisions concernant les taxes douanières sur la Chine sous la présidence de Donald Trump, ont contribué à faire monter les prix lors des périodes de tensions, et les ont légèrement fait baisser lors de la réduction de ces mesures.

Le responsable explique également que le marché algérien suit directement la bourse mondiale, et que le prix de l’or local augmente automatiquement avec le prix de l’once en dollars. Cependant, le facteur le plus influent reste le marché parallèle des devises, où l’instabilité des cours du dollar et de l’euro complique la fixation du prix final et crée un écart important entre le prix officiel et celui pratiqué par les bijoutiers.

Dans un élément important, Ameghchouche a révélé que depuis l’arrêt de la distribution de l’or brut aux artisans au prix bancaire en 1986, les artisans et bijoutiers ont dû recourir au marché noir, au recyclage de l’or usagé ou à l’importation, des options coûteuses qui font grimper le prix final. Il précise que la tarification légale se calcule selon une formule incluant le prix de l’or brut, la fabrication, les intérêts et les taxes, ce qui entraîne une augmentation automatique des prix en l’absence d’or brut au prix officiel.

Ameghchouche estime que le marché parallèle porte une grande part de responsabilité dans la hausse des prix, car il affecte 20 à 30 % du volume des ventes et augmente la valeur de l’or via la hausse des devises hors des circuits officiels.

Il évoque également les difficultés professionnelles et financières rencontrées par les bijoutiers et artisans, notamment la difficulté d’accès à l’or brut, le coût élevé, la baisse du pouvoir d’achat, l’absence de contrôle organisé dans certaines zones, ainsi que la concurrence déloyale des vendeurs informels.

Face à ces défis, l’organisation travaille actuellement à l’élaboration d’une nouvelle formule de tarification de l’or en Algérie, basée principalement sur le prix de l’once sur le marché mondial et le cours officiel du dollar, tout en régulant la fabrication et les taxes, afin de créer un prix uniforme et transparent. L’intégration de l’or dans les transactions bancaires pourrait également contribuer à réduire significativement les prix.

Ameghchouche ajoute que l’organisation est en train de lancer des ateliers avec les ministères des Finances, du Commerce, de l’Énergie et des Mines pour établir les bases d’une réforme globale du secteur. Selon lui, le succès de ces ateliers, capable de résoudre environ 80 % des problèmes, permettrait au secteur de l’or de jouer un rôle économique majeur, pouvant même, selon ses termes, devenir « le successeur des hydrocarbures » dans le soutien au trésor national.

Il conclut que la crise de l’or en Algérie résulte de l’interaction de facteurs internes et externes, allant du manque de matière première, aux fluctuations du dollar, jusqu’au fossé entre le marché officiel et parallèle. Toutefois, des opportunités subsistent pour réformer le système et faire de ce secteur un véritable levier économique, à condition qu’il y ait volonté politique et coordination entre tous les acteurs.