Le quotidien espagnol El Independiente a révélé ce qu’il présente comme une évolution des activités de certains barons de drogue, autrefois impliqués dans l’acheminement de cocaïne vers l’Europe, qui se seraient reconvertis dans les activités financières au profit d’autres organisations criminelles, avec un rôle central attribué à Dubaï dans cette structure.
Dans un article intitulé "La seconde vie des grands trafiquants de drogue comme banquiers : Dubaï est une cage dorée pour les barons de la drogue", le journal affirme que ces réseaux assurent le financement de cargaisons de stupéfiants, les transferts de fonds, la conversion de cryptomonnaies en espèces, ainsi que la création de sociétés, la facilitation d’opérations bancaires et le blanchiment des revenus issus du trafic de drogue.
Selon des sources sécuritaires citées par le journal, cette activité permet à certains anciens trafiquants de réduire leurs risques tout en réalisant des bénéfices plus importants. D’après des sources au fait des investigations, Dubaï serait devenue une plateforme permettant à ces individus de résider, d’investir, de transférer leurs avoirs et de nouer des liens avec d’autres organisations criminelles, loin des pays où les opérations de trafic sont menées.
El Independiente revient notamment sur l’opération menée par la Police nationale espagnole contre une structure clandestine baptisée « Dubaï Bank », à l’issue d’une enquête coordonnée par le parquet spécial antidrogue, en coopération avec plusieurs services internationaux.
L’enquête aurait débuté en 2021 après l’interception du navire Nehir, qui transportait 1 835 kilogrammes de cocaïne avant de couler au large de Gijón. Les enquêteurs sont ensuite parvenus à récupérer 1 650 kilogrammes supplémentaires, portant à environ 3,5 tonnes la quantité totale chargée en Amérique du Sud.
Le suivi des flux financiers de l’opération a permis de découvrir une infrastructure destinée à financer les activités d’autres organisations criminelles. Selon le journal, le système fonctionnait comme une structure financière parallèle permettant de transférer de l’argent entre plusieurs pays sans avoir à transporter d’importantes quantités de liquidités.
Le dispositif reposait notamment sur les cryptomonnaies. Les enquêteurs ont identifié plus d’un millier de bitcoins, dont la valeur avoisinait à l’époque 15 millions d’euros, et qui étaient liés au financement de la cargaison du Nehir.
L’opération s’est soldée par l’arrestation de 21 personnes, dont 14 en Espagne. Des mandats d’arrêt internationaux ont également conduit à l’arrestation de sept autres personnes, notamment aux Émirats arabes unis.
Parmi les personnes arrêtées figuraient deux intermédiaires financiers, l’un résidant à Marbella et l’autre à Dubaï. Quatre autres intermédiaires sont toujours recherchés par la justice.
L’opération a également permis de geler des avoirs d’une valeur supérieure à 20 millions d’euros, comprenant 48 biens immobiliers évalués à plus de 14 millions d’euros, 76 véhicules d’une valeur dépassant 1,6 million d’euros, ainsi que 121 comptes bancaires contenant environ 2,3 millions d’euros au moment de l’intervention des autorités.
Selon les éléments rapportés par le journal, plus de 39 000 euros en espèces ont également été saisis, ainsi que des montres et des bijoux d’une valeur avoisinant 250 000 euros et des sacs de luxe estimés à 260 000 euros.
El Independiente souligne particulièrement le rôle de Dubaï dans cette affaire, citant des sources proches de l’enquête qui décrivent la ville comme une « cage dorée » pour cette structure criminelle. Ces mêmes sources auraient estimé que la coopération des Émirats arabes unis avec les enquêteurs espagnols « n’a pas été aussi active que nous l’aurions souhaité ».
Le journal indique également que l’opération visait des figures importantes du trafic international de cocaïne, dont le chef présumé du réseau, surnommé « El Tigre », qui aurait dirigé ses activités depuis Dubaï.
Pour El Independiente, cette affaire illustre une évolution des méthodes de la criminalité organisée, avec le passage de certains anciens trafiquants du transport direct de cocaïne à des activités liées au financement et à la fourniture de services financiers à des groupes criminels, Dubaï conservant, selon les sources sécuritaires citées, une position centrale dans ce système.
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