Malgré la flambée des prix de l’or et leur atteinte de niveaux records ces dernières années, la femme algérienne ne fréquente plus les bijouteries uniquement à la recherche d’un ornement pour une heureuse occasion. Elle s’y rend désormais avec l’œil d’une investisseuse avertie. Dans un contexte marqué par la volatilité des marchés et la dépréciation de la monnaie, de nombreuses femmes se sont tournées vers l’acquisition de l’or comme moyen d’épargne et d’investissement sûr, garantissant la préservation de la valeur de l’argent à moyen et long terme.
Afin de mieux cerner cette évolution des comportements de consommation et d’investissement, le quotidien El Khabar a effectué une tournée exploratoire dans plusieurs bijouteries de la capitale, recueillant les avis des femmes, interrogeant les commerçants et analysant la manière dont l’or est devenu un élément à part entière de la planification financière féminine.
De la parure aux calculs précis
Dans des bijouteries de Draria, à l’ouest d’Alger, nous avons rencontré Mme Fatima, employée et mère de deux enfants, examinant attentivement la balance avant de prendre sa décision d’achat. Elle confie « je n’achète plus l’or uniquement pour l’ornement. Je choisis désormais des pièces légères, faciles à revendre plus tard. Aujourd’hui, l’or est plus sûr que de laisser son argent immobilisé ou de le dépenser dans des choses qui perdent leur valeur. »
Ce changement de mentalité reflète une prise de conscience croissante chez les femmes quant à l’importance de la planification financière, notamment face à la hausse continue des prix et à l’érosion du pouvoir d’achat, faisant de l’or une alternative à l’épargne en liquidités.
Dans une bijouterie d’El Biar, un commerçant a confirmé que la demande féminine pour l’or a connu une nette évolution ces dernières années : les clientes s’interrogent désormais sur le carat, le poids et le prix de revente, et non plus seulement sur la forme et l’esthétique. Cela prouve que l’or est devenu un petit projet d’investissement entre les mains des femmes. »
Il a ajouté que la demande se concentre principalement sur l’or de 18 et 21 carats, en raison de sa facilité de circulation et de la stabilité relative de sa valeur, en plus de son adéquation avec différents budgets.
Des prix “brûlants”, mais une curiosité intacte
Cependant, la hausse des prix demeure un véritable obstacle pour une large frange de femmes. Sabah, femme au foyer, se contentait de regarder la vitrine d’une bijouterie. Avec un sourire mêlé de regret, elle explique « je suis venue juste pour voir les nouveaux modèles et me faire plaisir visuellement. Les prix sont très élevés, et le gramme d’or usagé a atteint des niveaux jamais vus… Ceux qui ont acheté de l’or autrefois ont bien fait. »
Malgré cela, Sabah reste convaincue que l’or demeure la meilleure option dès que les moyens le permettent, même si cela se limite à l’achat de petites pièces à intervalles espacés.
Une épargne pour l’avenir et une précaution face aux imprévus
Pour de nombreuses femmes, l’or représente un filet de sécurité auquel elles peuvent recourir en cas de besoin, que ce soit pour faire face à une urgence, financer un petit projet ou contribuer à l’éducation des enfants et à leur préparation au mariage.
Mme Samira, femme au foyer, témoigne « l’or constitue mes économies personnelles. Je peux le vendre quand j’en ai besoin, sans procédures administratives ni démarches bancaires. C’est quelque chose que je garde entre mes mains et qui me procure un sentiment de sécurité. »
Les spécialistes en économie s’accordent à dire que cette tendance reflète un changement profond des mentalités : la femme n’est plus seulement une consommatrice, mais un acteur économique cherchant à protéger son épargne à travers des moyens traditionnels ayant fait leurs preuves au fil du temps.
Malgré la diversité des motivations — entre parure et épargne — l’or demeure un élément central de la culture sociale algérienne. Toutefois, le regard porté sur lui a évolué : il est désormais acquis avec une logique d’investissement, prenant en compte le carat, le poids et le moment de l’achat, bien plus que l’aspect esthétique seul.
Ainsi, entre les vitrines scintillantes des bijouteries et la précision de la balance, la femme algérienne dessine les contours d’une nouvelle conscience financière, faisant des bijoux un bouclier contre les aléas du temps et un refuge sûr dans un monde économique en perpétuelle mutation.
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