Société

Le « live », une nouvelle source de revenus qui séduit les jeunes

Ces dernières années, de nombreux jeunes Algériens sont parvenus à faire de la création de contenu une véritable source de revenus

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À une époque où le téléphone portable n'est plus un simple moyen de communication, mais un véritable outil de travail et une source de revenus, le direct (« live ») s'est imposé comme l'une des principales manifestations de la transformation numérique qui a profondément modifié le rapport des jeunes au travail et à la génération de revenus. Grâce à des plateformes telles que TikTok, Instagram, Facebook et YouTube, tout utilisateur peut désormais devenir créateur de contenu, interagir directement avec son audience et générer des revenus grâce aux interactions, aux cadeaux virtuels et au nombre de vues.

Au cours des dernières années, de nombreux jeunes Algériens sont ainsi parvenus à faire de la création de contenu une véritable source de revenus, que ce soit à travers le marketing numérique, la promotion de produits locaux, les tests de smartphones et de nouvelles technologies, la production de contenus culturels ou de divertissement, ou encore grâce aux revenus issus de la publicité et des cadeaux numériques proposés par les plateformes.

Certains sont même allés plus loin en créant de petites entreprises qui ont vu le jour à partir d'un simple téléphone portable avant de devenir de véritables microentreprises employant des assistants chargés de la prise de vue, du montage vidéo ou du marketing. Une évolution qui illustre les opportunités économiques offertes par l'économie numérique.

Cependant, cette réalité prometteuse ne fait pas disparaître un autre aspect, beaucoup plus controversé. De nombreuses personnes expriment des réserves à l'égard de ce mode de rémunération, estimant que certains comptes misent sur une provocation excessive, un langage vulgaire ou encore la diffusion de scènes, d'images et d'histoires portant atteinte aux bonnes mœurs ou suscitant la polémique, dans le seul but d'augmenter leur audience, d'attirer davantage d'abonnés et de recevoir plus de cadeaux virtuels.

Selon plusieurs spécialistes, cette situation a engendré une course effrénée au « buzz », parfois au détriment des valeurs et de l'éthique, d'autant que les contenus choquants ou provocateurs permettent souvent d'obtenir rapidement une forte visibilité.

Dans ce contexte, les services de sécurité sont intervenus à plusieurs reprises ces derniers mois contre plusieurs pseudo-influenceurs et créateurs de contenu, poursuivis pour la diffusion de contenus jugés contraires aux bonnes mœurs ou à la législation, contenant des propos offensants ou incitant à des comportements répréhensibles. Ces opérations s'inscrivent dans le cadre d'une campagne visant à assainir l'espace numérique des pratiques portant atteinte à l'ordre public et aux valeurs de la société.

À l'inverse, de nombreux observateurs estiment qu'il serait injuste de généraliser cette image, rappelant que la scène numérique algérienne compte également de nombreux créateurs de contenu sérieux qui ont su gagner la confiance du public grâce à des contenus utiles et de qualité. Certains réalisent des vidéos mettant en valeur les sites touristiques algériens afin de promouvoir le tourisme intérieur, tandis que d'autres proposent des conseils en matière de santé, de nutrition ou de sport, des cours et formations, des analyses scientifiques et technologiques, ainsi que des contenus spécialisés dans l'entrepreneuriat, les langues ou le développement personnel. Cette approche leur a permis de fidéliser une large communauté, en Algérie comme à l'étranger.

Entre ces différentes réalités, le direct demeure un espace numérique offrant à la fois d'importantes opportunités et de véritables défis. Il souligne également la nécessité de promouvoir une culture du contenu responsable et d'encourager les initiatives créatrices de valeur pour la société, afin que l'économie numérique devienne un véritable levier de développement et d'innovation, plutôt qu'une simple course aux vues et aux profits rapides.

« Le live a profondément transformé la conception traditionnelle du travail »
Il y a encore quelques années, créer une entreprise ou lancer une activité commerciale nécessitait l'ouverture d'un magasin situé dans un emplacement stratégique. Aujourd'hui, les plateformes numériques ont complètement changé la donne : un smartphone et une connexion Internet suffisent désormais pour atteindre des milliers de personnes et réaliser des ventes grâce aux diffusions en direct.

Le spécialiste des technologies de l'information et de la numérisation à l'Université d'Alger 3, le Dr Nadir Khalfallah, affirme que le « live » a profondément transformé la conception traditionnelle du travail et bouleversé les méthodes de commercialisation, de vente et de création de contenu.

Dans une déclaration au quotidien El Khabar, il explique que les diffusions en direct ne constituent plus seulement un moyen de divertissement, mais sont devenues une véritable source de revenus pour une large frange de la jeunesse algérienne. Beaucoup ont ainsi aménagé de modestes studios à domicile, équipés de matériel de tournage et d'éclairage, afin de produire du contenu et promouvoir leurs produits.

Selon lui, le succès de cette activité repose avant tout sur l'interaction directe avec le public, à travers les réponses aux commentaires et aux questions des internautes. Cette proximité a fait émerger une nouvelle forme de marketing fondée sur l'échange instantané et la persuasion en temps réel.

Malgré l'essor spectaculaire de la création de contenu, l'expert considère toutefois qu'il s'agit encore d'une profession précaire, dans la mesure où les revenus dépendent de nombreux facteurs variables, notamment les centres d'intérêt du public, les politiques des plateformes numériques et les algorithmes qui les régissent. Un créateur peut ainsi percevoir des revenus importants pendant une certaine période avant de voir ses gains diminuer, voire disparaître, à la suite d'un simple changement des règles de fonctionnement de la plateforme, ce qui rend cette activité plus fragile qu'un emploi traditionnel.

Concernant les mécanismes de rémunération, le Dr Khalfallah précise que des plateformes comme TikTok ou YouTube reposent notamment sur le système des cadeaux virtuels : les utilisateurs achètent des monnaies numériques qu'ils offrent aux créateurs pendant les directs, la plateforme prélevant une commission avant de reverser le reste au créateur de contenu. Les revenus dépendent également du nombre de vues et du niveau d'engagement, faisant du public un acteur essentiel de l'économie du direct.

Il souligne également que les algorithmes jouent désormais un rôle décisif dans le succès ou l'échec d'un direct. Dès les premières minutes, ils analysent le nombre de commentaires, de mentions « J'aime » ainsi que le temps passé par les internautes à regarder la diffusion, avant de décider d'élargir ou, au contraire, de limiter sa visibilité. C'est pourquoi de nombreux créateurs veillent à assurer un démarrage dynamique de leurs directs, certains sollicitant même des proches afin de générer les premières interactions et d'envoyer des signaux positifs aux algorithmes.

L'expert ajoute que les plateformes exercent également une forme de « contrôle invisible » sur la diffusion des contenus. Elles privilégient ceux qui génèrent le plus d'interactions et de revenus, tout en réduisant parfois la visibilité d'autres publications si elles estiment qu'elles ne servent pas leurs objectifs ou risquent de nuire à leur image. Les critères exacts de ces algorithmes demeurent toutefois des secrets industriels soigneusement gardés par les entreprises qui possèdent ces plateformes.

Enfin, le Dr Khalfallah estime que réussir dans les diffusions en direct ne nécessite pas forcément des compétences techniques avancées, mais repose davantage sur la capacité à gérer efficacement les échanges avec le public et à proposer un contenu capable de capter durablement son attention.

Il conclut en soulignant que les principaux bénéficiaires de l'économie du direct restent les plateformes numériques elles-mêmes, qui réalisent des profits considérables grâce aux commissions, à la publicité et à l'exploitation des données relatives aux comportements et aux centres d'intérêt des utilisateurs.

En revanche, le créateur de contenu demeure la partie la plus exposée aux pressions psychologiques et techniques. Il est contraint de produire continuellement des contenus attractifs et d'investir dans son matériel, tandis que la plateforme peut, à tout moment et conformément à ses politiques internes, réduire la visibilité de ses contenus ou suspendre son compte.