Société

Pénurie de lait médical pour nourrissons allergiques

Des prix qui atteignent 12 000 dinars la boîte, selon des témoignages

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 La pénurie de lait médical destiné aux nourrissons allergiques aux protéines de lait de vache suscite une vague d’inquiétude sur les réseaux sociaux, après la diffusion d’appels à l’aide lancés par des mères et des pédiatres. Ces derniers mettent en garde contre les conséquences de la rupture prolongée de différentes marques dans les pharmacies, alors que leurs prix atteignent des niveaux records, allant jusqu’à 12 000 dinars la boîte, selon des témoignages relayés. Une boîte ne suffirait parfois que pour trois jours à certains nourrissons.

La question est devenue un sujet de débat largement relayé sur les pages et les groupes Facebook, après que des mères ont fait part de leur incapacité à trouver le lait prescrit à leurs enfants. Elles craignent de devoir recourir à des substituts inadaptés à leur état de santé ou de supporter des dépenses dépassant leur pouvoir d’achat.

Dans ce contexte, des mères ont fait état de la disparition de plusieurs laits spécialisés, notamment « Aptamil Pepti Junior », « Novalac Allernova » et « Modilac Riz ». Elles soulignent que la pénurie ne concerne plus une seule marque ni une région particulière, mais s’étend à plusieurs produits. Certaines familles ont ainsi été contraintes de les rechercher dans d’autres wilayas, tandis que d’autres ont sollicité des proches à l’étranger pour s’en procurer en France et en Libye.

Dans un message adressé au docteur Mouncef Bourbiaa sur les réseaux sociaux, une mère a affirmé que le lait « Aptamil Pepti Junior », qui, selon elle, bénéficiait d’une prise en charge par l’État, avait disparu du marché pour des raisons inexpliquées aux yeux des parents. La pénurie s’est ensuite étendue à d’autres produits, dont « Novalac Allernova ». Alors que son prix dépassait auparavant 2 500 dinars, il serait désormais vendu, selon son témoignage, entre 6 000 et 12 000 dinars.

Cette flambée des prix alourdit les charges financières des familles, d’autant que certains nourrissons consomment une boîte tous les trois jours, ce qui représente près de dix boîtes par mois. L’approvisionnement en lait devient ainsi une épreuve quotidienne, notamment pour les ménages à revenus modestes.

Selon une pédiatre contactée par El Khabar, la situation a atteint un niveau préoccupant : trouver une seule boîte de lait thérapeutique est devenu extrêmement difficile, dans un contexte de rupture prolongée des différentes marques.

La spécialiste explique que l’allergie aux protéines de lait de vache peut provoquer divers symptômes, notamment des éruptions cutanées, des diarrhées et des vomissements, voire, dans certains cas, la présence de sang dans les selles. Elle insiste sur la nécessité de distinguer cette allergie de l’intolérance au lactose, les deux affections différant par leurs causes et par leur prise en charge médicale.

Elle ajoute que les enfants souffrant de cette allergie ne peuvent pas consommer de lait infantile ordinaire. Ils ont besoin de préparations thérapeutiques spécifiques, notamment de laits contenant des protéines fortement hydrolysées ou, dans certains cas, de préparations à base d’acides aminés. Le choix du produit adapté doit être déterminé par le médecin en fonction du diagnostic et de l’état de santé de l’enfant.

La spécialiste souligne que ces produits ne sont pas de simples denrées alimentaires pouvant être facilement remplacées. Ils constituent une nécessité essentielle, particulièrement pour les nourrissons qui n’ont pas encore commencé la diversification alimentaire et dépendent entièrement du lait pour couvrir leurs besoins nutritionnels.

Entre les difficultés rencontrées par les familles et les mises en garde des spécialistes, les appels à des éclaircissements officiels sur la disponibilité de ces produits sur le marché national se multiplient. Les familles réclament également un approvisionnement régulier afin d’éviter de nouvelles complications de santé susceptibles de menacer les enfants concernés.

« La protection de la santé des nourrissons est une priorité »
Dans ce contexte, le président de l’Union nationale de protection des consommateurs, Mahfoud Herzli, a déclaré à El Khabar que, si la persistance de cette pénurie se confirme, elle constitue une véritable source de préoccupation nécessitant une intervention urgente des autorités concernées. Il souligne qu’il ne s’agit pas d’un produit de consommation ordinaire, mais d’un aliment spécialisé directement lié à la santé des nourrissons et à leurs besoins nutritionnels fondamentaux.

Mahfoud Herzli explique que la gravité de la situation tient à la difficulté de remplacer ce type de lait par d’autres produits sans avis médical. Certains enfants ont en effet besoin de préparations précises, adaptées à leur état de santé. Il met ainsi en garde contre les risques potentiels liés à un changement arbitraire de lait.

Le responsable appelle à procéder à une évaluation précise de l’approvisionnement du marché national en ces produits et à déterminer les références touchées par la pénurie ainsi que les causes des perturbations de leur disponibilité, qu’elles soient liées à l’importation, à la distribution ou à la gestion des stocks.

Il insiste sur la nécessité de coordonner les efforts des ministères du Commerce et de la Santé, en collaboration avec les pharmacies, les importateurs et les distributeurs, afin de garantir un approvisionnement régulier en ces différentes préparations lactées.

Le président de l’Union estime que la protection du pouvoir d’achat des citoyens demeure une priorité, mais que la préservation de la santé des enfants et la satisfaction de leurs besoins nutritionnels essentiels constituent une priorité absolue qui ne saurait être reportée.

Concernant les plaintes des familles touchées, Mahfoud Herzli précise que l’Union n’a, jusqu’à présent, reçu aucune donnée suffisamment documentée permettant de déterminer l’ampleur des réclamations ou le nombre de familles rencontrant des difficultés pour se procurer ce lait. Il affirme toutefois que les préoccupations des parents méritent un suivi et des vérifications sur le terrain.

Il appelle, à cet égard, les familles qui ne parviennent pas à se procurer le lait thérapeutique de leurs enfants à documenter leurs difficultés et à les signaler. Cette démarche permettrait d’établir une évaluation précise de l’ampleur du problème et de permettre aux autorités compétentes d’intervenir sur la base de données concrètes recueillies sur le terrain.

Mahfoud Herzli insiste enfin sur la nécessité de traiter avec sérieux toute perturbation de l’approvisionnement du marché en lait médical destiné aux nourrissons. Il souligne que la priorité doit être de garantir à chaque enfant une alimentation adaptée à son état de santé, sans l’exposer à des risques liés à un changement de lait effectué sans consultation d’un médecin spécialiste.