L’MC Alger et avant elle, la JS Kabylie, ont quitté la Ligue des champions d’Afrique dès la phase de groupes, prolongeant ainsi la série d’échecs « chroniques » des clubs algériens dans la plus prestigieuse compétition continentale interclubs, et ce malgré l’explosion des budgets et des salaires, joueurs comme entraîneurs, à des niveaux sans précédent, dans un contexte marqué par la prise en charge de plusieurs équipes par des entreprises publiques.
Au regard des dernières éditions de la CAF Champions League, le plafond des ambitions algériennes semble bloqué au stade des quarts de finale. La dernière véritable percée remonte à 2022, lorsque l’ES Sétif atteignait les demi-finales avant de s’incliner face à l’Al Ahly SC (6-2 sur l’ensemble des deux matches). Le club sétifien demeure ainsi la dernière formation algérienne à avoir dépassé le cap des quarts de finale au cours de la dernière décennie (performance également réalisée en 2018), aux côtés de l’USM Alger, demi-finaliste en 2017 face au Wydad AC.
Il convient de rappeler que l’ES Sétif reste le premier et dernier club algérien sacré dans la version moderne de la Ligue des champions, il y a douze ans.
Si le CR Belouizdad et le MC Alger ont dominé la scène nationale depuis 2020, leur parcours continental s’est révélé nettement moins convaincant. Malgré des participations répétées, les deux formations n’ont pas réussi à franchir ensemble le cap des quarts de finale.
La tendance est même à la régression. La saison dernière, le MC Alger atteignait les quarts face aux Orlando Pirates, tandis que le CR Belouizdad quittait la compétition dès la phase de groupes. En 2024, le Chabab était éliminé au même stade, alors que le CS Constantine s’arrêtait dès le premier tour préliminaire face à l’Étoile Sportive du Sahel.
En 2023, le CR Belouizdad et la JS Kabylie atteignaient les quarts, avant de céder respectivement face aux Mamelodi Sundowns et à l’Espérance Sportive de Tunis. Le même scénario s’était produit en 2022, avec l’élimination du CRB par le Wydad et celle de l’ES Sétif par l’Espérance.
Entre 2018 et 2020, la JS Saoura, l’USM Alger et le MC Alger sortaient dès la phase de groupes. Seul le CS Constantine atteignait les quarts en 2019, avant de tomber face à l’Espérance, tandis que l’ES Sétif faisait figure d’exception en atteignant les demi-finales en 2018.
Ce recul sportif intervient paradoxalement dans un contexte d’embellie financière inédite dans le championnat algérien. Les salaires des joueurs ont grimpé en flèche, ceux des entraîneurs — locaux et étrangers — ont doublé, et de grandes entreprises publiques ont pris en charge la gestion et le financement des clubs, assurant une stabilité budgétaire relative. Les déplacements en vols spéciaux sont devenus courants et les équipes bénéficient désormais d’infrastructures modernisées, à l’image du stade Hocine Aït Ahmed à Tizi Ouzou.
Pourtant, cette « abondance » ne s’est pas traduite en résultats continentaux. À l’inverse, le bilan se détériore d’année en année, tandis que des clubs comme Al Ahly, Mamelodi Sundowns ou le Wydad continuent d’imposer leur suprématie grâce à une planification rigoureuse, une stabilité administrative et une vision sportive claire.
En Algérie, les directions de clubs subissent souvent des pressions d’un environnement extra-sportif. Certaines décisions techniques et stratégiques sont influencées par les groupes ultras ou les réseaux sociaux, avec en toile de fond l’action d’agents de joueurs promouvant l’idée que les échecs continentaux seraient dus à la « faiblesse technique » de l’effectif.
Si cette analyse comporte une part de vérité, notamment quant au recul de la formation et de la qualité du produit local, elle sert fréquemment d’argument pour pousser les dirigeants à injecter davantage de fonds sur le marché des transferts, alimentant une spirale de recrutements coûteux dont bénéficient en premier lieu les intermédiaires. Résultat : instabilité chronique, turnover permanent, absence de continuité technique et déficit de vision à long terme.
Certes, le niveau de certains joueurs n’est plus celui d’antan et la pression des résultats, conjuguée à un déficit d’investissement structuré dans la formation, a façonné une réalité difficile à ignorer. Mais la solution ne réside ni dans l’escalade budgétaire ni dans la soumission aux campagnes virtuelles. Elle passe par l’élaboration d’un projet sportif cohérent, fondé sur la planification, la stabilité et la réhabilitation des écoles de formation.
Chouaib Kahoul
15/02/2026 - 17:33
Chouaib Kahoul
15/02/2026 - 17:33
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