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Les pièges géopolitiques de la deuxième phase à Gaza

Gaza est désormais devenue un théâtre de rivalités régionales, où les enjeux dépassent largement le cadre du conflit israélo-palestinien

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La deuxième phase de l’accord de cessez-le-feu à Gaza représente une équation complexe où se croisent les calculs des puissances régionales et internationales. Ce qui est présenté comme un « atermoiement américano-sioniste » dissimule en réalité un affrontement entre deux logiques : d’un côté, la logique prétendue de la théorie de la paix démocratique, adoptée par Washington de manière sélective ; de l’autre, celle du réalisme offensif suivie par le gouvernement Netanyahou pour maximiser ses gains stratégiques.
Ce blocage n’est pas fortuit, mais le résultat de calculs précis relevant de la théorie des jeux dans la gestion du conflit, l’entité cherchant à instaurer un nouveau « rapport de forces » garantissant sa domination sécuritaire, même au prix de l’explosion de l’accord.

Alors que l’entité s’efforce de renforcer sa puissance et sa sécurité en dehors de toute considération morale ou juridique, avec un soutien occidental — américain en particulier —, le refus d’un retrait total de Gaza, le contrôle du poste-frontière de Rafah et le retard dans le déploiement d’une force internationale de stabilisation s’inscrivent dans une stratégie de « création de faits accomplis sur le terrain » visant à imposer des solutions déséquilibrées.
Parallèlement, la position américaine reflète une contradiction manifeste entre l’affichage d’un soutien aux solutions multilatérales et des alliances opportunistes à court terme, notamment dans le contexte des mutations régionales et de la proximité des élections américaines.

Ainsi, Gaza est devenue un champ de bataille pour des luttes d’influence régionales dépassant largement le cadre du conflit israélo-palestinien. L’actuelle escalade américano-iranienne crée une confusion stratégique, tandis que l’entité exploite la crise iranienne comme prétexte pour réorganiser ses priorités à Gaza selon une approche de « chaos créatif », destinée à maintenir la région dans un état d’instabilité permanente et à redessiner la carte politique. Cette dynamique s’accompagne de craintes liées à un éventuel déplacement forcé des Palestiniens, conformément à une ingénierie démographique historiquement adoptée par l’entité afin d’assurer une supériorité démographique.

L’approche des élections législatives prévues en octobre 2026 au sein de l’entité constitue un facteur majeur de ce blocage. Le gouvernement de coalition restreint de Netanyahou mène une véritable bataille de survie politique, utilisant les dossiers du « désarmement de la résistance » et de la « menace iranienne » comme leviers électoraux.
Après la perte de sa majorité par le 36ᵉ gouvernement, des élections anticipées ont été convoquées en 2022, permettant au bloc de Netanyahou d’obtenir la majorité et de former une coalition avec le Likoud, Otzma Yehudit, Noam, le Parti sioniste religieux, Judaïsme unifié de la Torah et Shas. Cette coalition a prêté serment le 29 décembre 2022, marquant le retour de Benyamin Netanyahou au poste de Premier ministre après son éviction consécutive aux élections de 2021.

Cinq membres du parti de l’Unité nationale (Benny Gantz, Gadi Eisenkot, Gideon Sa’ar, Hili Tropper et Yifat Shasha-Biton) ont rejoint un gouvernement d’urgence lors de l’agression contre Gaza en octobre 2023, Gantz et Eisenkot intégrant également le cabinet de guerre. Toutefois, Sa’ar a annoncé le 25 mars 2024 le retrait de son parti, suivi du départ de Gantz et de son bloc le 9 juin. Le parti Otzma Yehudit a, quant à lui, quitté le gouvernement le 19 janvier en réaction à l’approbation de l’accord de cessez-le-feu.
Cette fragilité des équilibres politiques pousse Netanyahou à multiplier les manœuvres afin de préserver ses marges de manœuvre, dans une logique de course vers le bas, où les partis sionistes rivalisent dans la radicalisation de leurs positions à l’égard des Palestiniens.

L’entité adopte enfin une stratégie du « piège à double détente » à Gaza : d’une part, elle signe l’accord tout en entravant son application, afin d’accuser la partie palestinienne de manque de sérieux ; d’autre part, elle exploite les violations quotidiennes — 576 morts et 1 543 blessés depuis l’accord — comme un instrument de terrorisme institutionnel visant à briser la volonté palestinienne. Le contrôle des points de passage et de l’aide humanitaire s’inscrit, quant à lui, dans une logique de punition collective utilisée comme levier de pression politique.