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Comment l’Algérie a-t-elle transformé la prise en charge des grands brûlés ?

Du transfert des patients à l’étranger à la mise en place d’un réseau national d’hôpitaux spécialisés.

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Il y a encore quelques années, les victimes de brûlures et de brûlures graves étaient transférées à l’étranger à la recherche de soins. Toutefois, au cours des six dernières années, les pouvoirs publics se sont orientés vers le développement de capacités nationales spécialisées dans ce domaine, après que les cas les plus complexes aient, par le passé, été confrontés à des capacités de prise en charge limitées, ce qui entraînait le transfert de certains patients vers des établissements spécialisés à l’étranger.

L’Algérie dispose aujourd’hui de grands hôpitaux dédiés aux brûlures, notamment l’hôpital des grands brûlés Dr Saïd Chibane de Zéralda et l’hôpital des grands brûlés d’Oran, ainsi que de services spécialisés au sein de plusieurs centres hospitalo-universitaires à travers le pays. La carte de prise en charge est également appelée à s’élargir avec de nouveaux projets, dont l’hôpital des grands brûlés prévu à Tiaret, ainsi que d’autres projets dans le Sud (Hassi Messaoud – Ouargla) et dans l’Est.

À travers ces projets, le ministère de la Santé a entrepris de revoir la carte sanitaire et d’organiser le parcours de prise en charge des patients brûlés. Celui-ci commence par l’accueil des cas légers et modérés au niveau local, puis par la « stabilisation » des cas graves dans l’établissement le plus proche disposant des capacités nécessaires, avant l’orientation des brûlures graves et complexes vers ce que le secteur de la santé appelle les « centres de référence », dotés de services de réanimation, de chirurgie réparatrice et plastique, ainsi que d’équipements spécialisés, à l’image des hôpitaux des grands brûlés de Zéralda et d’Oran.

Avant l’apparition de la nouvelle génération d’hôpitaux spécialisés dans les brûlures, l’Algérie disposait déjà d’une expertise et de services spécialisés, notamment dans plusieurs centres universitaires de la capitale, de Constantine, d’Annaba, d’Oran et de Sétif. Toutefois, le volume de la demande et les capacités disponibles ne permettaient pas toujours de prendre en charge sur le territoire national tous les cas graves et complexes.

Selon les données du ministère de la Santé, la création de l’hôpital des grands brûlés de Zéralda visait précisément à renforcer la capacité du pays à prendre en charge les cas difficiles qui étaient auparavant transférés à l’étranger. Ainsi, la création de grands centres nationaux spécialisés dans les brûlures est devenue partie intégrante d’une politique plus large visant à renforcer la souveraineté sanitaire et à réduire le recours au transfert de patients à l’étranger, notamment lorsqu’il s’agit de spécialités pointues nécessitant des équipements et des équipes pluridisciplinaires.

Oran… le premier grand centre dans l’Ouest

L’inauguration de l’hôpital des grands brûlés d’Oran, en juin 2022, a constitué une étape importante dans ce processus. L’établissement, réalisé avec une capacité de 125 lits, comprend un service des grands brûlés et un autre dédié à la chirurgie plastique et réparatrice pour enfants et adultes, ainsi que des services de réanimation et de chirurgie maxillo-faciale. Une attention particulière a également été accordée à la rapidité du transfert des cas urgents, à travers des instructions pour la réalisation d’une piste d’atterrissage pour hélicoptères au niveau de l’hôpital.

Le choix d’Oran pour accueillir cet établissement vise à permettre la prise en charge des cas provenant des wilayas de l’Ouest et du Sud-Ouest, plutôt que de les orienter systématiquement vers la capitale. L’importance de cette mesure apparaît davantage si l’on considère la situation qui prévalait dans la région avant la mise en service de l’hôpital, lorsque les capacités spécialisées étaient limitées, contraignant les cas graves à parcourir de longues distances pour accéder aux centres de prise en charge.

Zéralda… le centre de référence des grands brûlés

Après Oran, une étape plus importante a été franchie dans la capitale avec l’entrée en service, en juillet 2023, de l’hôpital des grands brûlés « Dr Saïd Chibane » de Zéralda. L’établissement dispose d’une capacité d’environ 140 lits, avec des équipements et des services spécialisés, dont 20 lits d’anesthésie-réanimation, 80 lits de chirurgie plastique et réparatrice pour adultes et 40 lits de chirurgie plastique et réparatrice pour enfants, faisant de cet établissement public le plus grand établissement spécialisé dans les brûlures au niveau national.

Les événements récents ont montré que l’hôpital de Zéralda n’est plus simplement un nouveau projet de santé, mais constitue désormais un pilier du dispositif national de réponse aux catastrophes. En juillet 2026, l’hôpital avait ainsi accueilli des victimes de l’incendie survenu dans un établissement pour enfants assistés à Mohammadia.

Ces derniers jours, le même scénario s’est reproduit avec les victimes des incendies de Jijel et d’autres zones sinistrées. Des patients ont été évacués vers l’hôpital des grands brûlés de Zéralda. Cette situation illustre la nouvelle fonction du centre : le patient ne reste pas nécessairement dans la wilaya où la catastrophe s’est produite lorsque ses blessures nécessitent des moyens indisponibles localement. Son état de santé est d’abord stabilisé, avant d’être transféré vers le « centre de référence » approprié.

Outre les deux établissements spécialisés de Zéralda et d’Oran, des services et unités spécialisés existent au sein de plusieurs centres hospitalo-universitaires. Annaba constitue l’un des principaux pôles de prise en charge des brûlures dans l’Est du pays, avec notamment un service des brûlés au centre hospitalo-universitaire Ibn Rochd.

En août 2025, ce service a réalisé huit interventions chirurgicales majeures de couverture cutanée au profit de patients souffrant de brûlures profondes, avec la participation de médecins d’Annaba et de Batna, dans le cadre d’une coopération entre les deux services de brûlures des centres universitaires. Les interventions comprenaient également des opérations de chirurgie réparatrice visant à traiter les déformations et les cicatrices résultant des brûlures.

Batna… un pôle pour l’Est et les Hauts Plateaux

Le centre hospitalo-universitaire Benflis Touhami de Batna dispose également d’une expertise spécialisée dans la prise en charge des brûlures et des grands brûlés, comme l’a notamment démontré la coopération médicale avec les confrères d’Annaba. Pour les patients de régions telles que Biskra, l’existence d’un service spécialisé à Batna constitue une étape importante avant un éventuel recours au plus grand centre national de Zéralda lorsque l’état du patient l’exige.

À Biskra, par exemple, la direction de l’hôpital Bachir Ben Nacer a indiqué en 2026 que la wilaya ne dispose pas de cette spécialité et que les patients sont généralement transférés vers le service des brûlés du centre hospitalo-universitaire de Batna ou vers la capitale.

Dans l’Est également, une unité des grands brûlés existe au centre hospitalo-universitaire Dr Ibn Badis de Constantine. Une étude universitaire récente indique que le service des grands brûlés de Constantine est rattaché au service de réanimation et prend en charge des patients brûlés provenant des wilayas de l’Est et du Sud-Est, avec des équipements spécifiques et une équipe comprenant des chirurgiens plasticiens ainsi que des médecins spécialisés en anesthésie-réanimation.

L’un des principaux changements enregistrés ces dernières années réside dans l’extension de la prise en charge des brûlures vers le Sud. À Ouargla, un service spécialisé dans les brûlures est entré en fonction au niveau de l’hôpital de la wilaya en 2025, avec une capacité d’environ 40 lits, une salle d’opération et des salles de réanimation. L’équipe comprend des médecins spécialistes en chirurgie plastique, reconstructive et des brûlures, ainsi qu’un médecin spécialiste en anesthésie-réanimation.

Cette évolution revêt une importance particulière pour les wilayas du Sud et du Sud-Est, car le transfert des patients sur de longues distances constitue en lui-même un défi médical et logistique.

Par ailleurs, le ministère de la Santé a annoncé en 2025 la programmation de la création d’un service spécialisé dans le traitement des brûlures dans le cadre du projet du nouveau centre hospitalo-universitaire de Béchar. Dans l’attente de sa réalisation, il est prévu de renforcer l’établissement public hospitalier Trab Boudjemaa en moyens et en ressources humaines nécessaires à la création d’une unité ou d’un service spécialisé.

Dans le cadre de la redéfinition de la carte sanitaire nationale, il a également été décidé de créer de nouveaux hôpitaux spécialisés dans les grands brûlés. À Tiaret, un projet d’hôpital spécialisé dans le traitement des grands brûlés a été inscrit parmi les projets de santé programmés. Un terrain lui a été réservé aux côtés de plusieurs autres infrastructures sanitaires, permettant à terme la création d’un pôle hospitalier intégré.

Tiaret revêt une importance géographique particulière, car sa localisation permettrait de renforcer la prise en charge des brûlures dans une vaste région de l’Ouest et des Hauts Plateaux, tout en contribuant à réduire la pression sur Oran et la capitale.

À Skikda, le projet d’hôpital des brûlés dans la commune de Filfila remonte à plusieurs années, mais il a continué à connaître des retards dans sa réalisation. Les autorités locales avaient indiqué en 2024 que le taux d’avancement des travaux ne dépassait pas 45 %, appelant à l’intervention du ministère pour accélérer le projet.

C’est là que se révèle l’un des points faibles : la décision de créer une infrastructure spécialisée ne signifie pas nécessairement qu’elle entrera en service dans les délais prévus.