Les regards de la communauté scientifique et culturelle internationale se tournent, depuis ce mardi 20 octobre 2026, vers Djanet, la perle du Tassili, qui accueille les activités de la première édition du « Festival international de l’art rupestre d’Algérie », organisée parallèlement à la deuxième rencontre internationale sur la préservation des sites d’art rupestre du Tassili n’Ajjer, prévue jusqu’au 24 octobre courant.
Cet événement international majeur, organisé par le ministère de la Culture et des Arts en coopération avec le Fonds africain du patrimoine mondial, vient réaffirmer la place exceptionnelle de l’Algérie en tant que référence mondiale dans l’étude et la préservation du patrimoine préhistorique et protohistorique. À elle seule, la réserve du Tassili n’Ajjer compte plus de 2 008 sites d’art rupestre recensés et classés au patrimoine mondial mixte, naturel et culturel, de l’UNESCO depuis 1982.
La ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, a présidé ce mardi matin, au musée « M’Chir Jebrine », à Djanet, la cérémonie officielle d’ouverture du festival, en présence d’une délégation officielle, d’experts et d’universitaires spécialisés en archéologie, ainsi que de nombreux participants et invités venus de différentes régions du pays et de l’étranger. Parmi eux figuraient l’ancienne ministre française et présidente de l’association France-Algérie, Ségolène Royal, ainsi que le docteur Youssef Ali Al-Kadhim, président de l’Union arabe du volontariat.
Les activités ont débuté par une visite exploratoire du musée, au cours de laquelle la délégation officielle a parcouru les différentes expositions et leurs espaces. Elle a bénéficié d’explications détaillées fournies par Amokrane Salah, inspecteur du patrimoine culturel et ancien directeur de l’Office national du parc culturel du Tassili n’Ajjer, concernant les œuvres exposées et la chronologie des différentes périodes historiques auxquelles remontent ces vestiges rares.
L’exposition a mis en lumière les principaux sites archéologiques et historiques de la région, notamment la légendaire cité de Séfar, qui abrite des milliers de peintures rupestres, dont celle du « Grand Dieu », ainsi que la célèbre fresque de la « Vache qui pleure », située dans la région de Tikerguert et représentée sur le billet de 1 000 dinars algériens. Des échantillons d’outils en pierre et de bijoux traditionnels illustrant la richesse du patrimoine saharien étaient également présentés.
La ministre a également visité l’exposition d’œuvres et de dessins réalisés par des étudiants des instituts nationaux des beaux-arts dans le cadre des ateliers préparatoires, saluant l’esprit créatif des jeunes artistes.

Bendouda : « Nous disposons de plus d’un million de km² de parcs culturels et souhaitons que les participants deviennent les ambassadeurs de cet art rare »
Dans une déclaration à la presse en marge de l’ouverture, la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, a souligné l’importance de cet événement.
« Nous sommes aujourd’hui dans le parc culturel du Tassili n’Ajjer, où nous avons visité l’exposition consacrée aux cinq parcs culturels dont dispose l’Algérie. Il convient de signaler qu’un sixième parc culturel est en cours de création : celui des Aurès », a-t-elle déclaré.
La ministre a expliqué que ce festival, une première du genre, vise essentiellement à offrir une plateforme réunissant des experts, des chercheurs et des artistes algériens avec leurs homologues étrangers venus de plusieurs pays, afin d’échanger leurs expériences et de découvrir les techniques les plus récentes en matière de préservation et de valorisation de l’art rupestre.
Elle a ajouté : « Nous sommes très fiers de constater que l’ensemble de ces parcs culturels s’étend sur une vaste superficie dépassant un million de kilomètres carrés. Ils abritent tous des peintures et des gravures rupestres témoignant de différentes étapes historiques et civilisationnelles, dont on peut découvrir la richesse et la valeur historique. À travers ces échanges, nous souhaitons affirmer notre place et devenir les ambassadeurs de cet art rare dans le monde. »

« L’Algérie plaide pour la valorisation du patrimoine matériel et archéologique »
De son côté, le commissaire du Festival international de l’art rupestre, Abdellah Bougandoura, a indiqué que l’objectif principal de cette manifestation internationale était de favoriser les échanges d’expériences avec les pays amis et frères possédant un patrimoine similaire. Il a salué la présence importante et de qualité de représentants de 12 pays.
Bougandoura a précisé que des ateliers spécialisés seront organisés au sein de l’Institut de formation professionnelle. Ils réuniront des experts algériens et étrangers pour débattre et formuler des recommandations ainsi que des conclusions scientifiques et pratiques destinées à être mises en œuvre sur le terrain à l’issue de l’événement.
Il a souligné qu’à travers ce rassemblement international, l’Algérie entend plaider avec force en faveur de la valorisation et de la réhabilitation de ce patrimoine matériel et de l’ensemble des vestiges archéologiques.

Une feuille de route internationale pour protéger la mémoire du Sahara
La rencontre scientifique organisée en marge du festival se tient cette année sous le thème : « Préserver la mémoire du Sahara et innover pour l’avenir : vers une gestion durable et inclusive des sites d’art rupestre ». Elle fait écho à la première conférence historique organisée sur le plateau de MadaK en 1978.
L’événement réunit près de 100 personnalités, dont 15 experts internationaux représentant 12 pays et des institutions mondiales de référence, ainsi que 85 chercheurs et spécialistes algériens issus de différents centres de recherche, universités et offices des parcs culturels du pays.
Cette rencontre internationale vise à atteindre plusieurs objectifs stratégiques, notamment l’établissement d’un diagnostic commun et l’harmonisation des méthodes utilisées pour recenser et suivre les sites d’art rupestre à travers le Sahara, le Sahel et l’Afrique. Elle prévoit également d’explorer les technologies numériques les plus récentes, telles que la photogrammétrie tridimensionnelle, la télédétection et l’intelligence artificielle, au service de la protection des sites archéologiques.
Les participants entendent également relever les défis climatiques en renforçant les mesures préventives contre la dégradation naturelle de ce musée à ciel ouvert. La rencontre vise en outre à promouvoir une gouvernance participative en associant les populations locales vivant à proximité des sites archéologiques, afin de faire du patrimoine un levier de développement économique et de tourisme durable.

Un programme associant science, culture et travail de terrain
Le programme comprend des sessions scientifiques et universitaires ainsi que des ateliers spécialisés consacrés à la gouvernance et à l’interprétation culturelle. Des spectacles et des expressions artistiques populaires illustrant le patrimoine immatériel local du Tassili sont également prévus.
Les participants et les invités effectueront par ailleurs des visites de terrain des principaux sites archéologiques de la région, notamment les sites d’Idjabaren et les ksour historiques de Djanet. Ils pourront ainsi observer la précision des gravures et des peintures rupestres correspondant aux périodes des « Têtes rondes », des « Bovidiens » et des « Chevaux ».
Les travaux du festival devraient aboutir à l’élaboration et à l’adoption de la « Déclaration du Tassili n’Ajjer », un document de référence destiné à établir un nouveau cadre stratégique conciliant la préservation de ce trésor civilisationnel mondial et les exigences du développement durable au bénéfice des populations locales.
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