Par: Ali Djerri
À l’occasion de chaque Ramadan, les pages de certains acteurs et actrices sur les réseaux sociaux se transforment en une archive quotidienne de photos et d’extraits répétés des mêmes épisodes que le public a regardés quelques heures auparavant.
Leurs auteurs pensent faire la promotion de leurs œuvres artistiques, alors qu’en réalité ils contribuent à user leur propre image et à la vider de son sens. Il ne s’agit plus de promotion, mais d’un vacarme visuel.
Présence excessive, images similaires, extraits sans contexte, sourires prêts à la consommation rapide, distribués à tous. Ainsi, l’artiste se retrouve réduit à un écran de téléphone, et son expérience artistique à un simple contenu à faire défiler puis à oublier. L’art repose sur la rareté, non sur l’abondance ; sur la distance, non sur l’intrusion quotidienne dans la conscience collective.
Lorsqu’un artiste impose son image à toute heure et dans chaque publication, il ne renforce pas sa stature, il la banalise. Il ne rapproche pas le public de l’œuvre, mais le pousse vers un rejet silencieux.
Plus grave encore est la confusion entre l’artiste et la figure de l’influenceur, entre l’œuvre artistique et l’autopromotion.
Au lieu que la promotion serve l’histoire, l’idée et l’équipe artistique, elle devient une pratique narcissique qui reproduit la même scène des dizaines de fois, jusqu’à ce que l’image perde sa valeur symbolique et que le sens se dilue dans la répétition absurde.
Certains artistes sont devenus prisonniers des algorithmes de visibilité, courant derrière l’approbation extérieure à la manière des plateformes de rencontres, troquant leur stature artistique contre la logique selon laquelle « la fin justifie les moyens ». Lorsque la vie privée se mêle au jeu d’acteur, que les rires fabriqués en coulisses se confondent avec les scènes sérieuses et les plaisanteries superficielles, l’image de l’artiste est déformée et vidée de sa dimension culturelle.
Il ne devient plus un symbole artistique, mais une figure passagère dans le marché du contenu, « l’important, c’est le résultat ». L’artiste qui se respecte n’a pas besoin d’apparaître pour apparaître, ni d’exhiber des images répétées, mais d’adopter une position esthétique et éthique quant à sa présence numérique. La véritable promotion ne se mesure pas à la quantité, mais à la valeur et au sens, non au bruit.
Toute apparition n’est pas une présence, et toute promotion ne sert pas l’art. Lorsque la promotion devient vulgarité, l’artiste perd son image avant de gagner un nouvel abonné.
En définitive, l’artiste de cinéma ou de télévision n’est pas une marchandise mise en vente. Il ne peut être réduit à une image, à un nombre de « likes » ou même à un taux d’audience. Ce qui est réellement offert au public, ce n’est ni son corps ni son apparence, mais son message, sa conscience, sa capacité d’interprétation et sa valeur humaine et esthétique. Faute de quoi, il se transforme en produit de consommation dans le marché du divertissement… et quel divertissement !
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