Les développements récents qu’a connus le Mali ont révélé la réalité de la situation dans le pays, près de cinq ans après l’arrivée au pouvoir d’Assimi Goïta à la suite d’un coup d’État militaire. Contrairement aux slogans et aux promesses avancés par le conseil militaire au peuple malien, les attaques armées ayant visé le nord du pays ainsi que la capitale, Bamako, ont démontré, sans équivoque, qu’il ne s’agissait pas d’un simple revers sécuritaire passager, mais bien de l’expression d’un effondrement et d’un échec retentissant d’une trajectoire ayant privilégié l’option militaire au détriment d’une solution politique qui avait pourtant déjà fait ses preuves.
La situation dans le nord du pays, notamment à Kidal, tombée aux mains du Mouvement de libération de l’Azawad après de violents affrontements avec les forces de l’armée et le corps africain russe, qui se sont soldés par leur retrait de cette ville stratégique, ainsi que les attaques sans précédent ayant ciblé la capitale Bamako par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda, lesquelles ont visé des sites militaires sensibles et entraîné la mort du ministre de la Défense ainsi que de plusieurs hauts responsables, résument un tableau troublé dans un pays accablé par des crises multiples : sécuritaires, économiques, politiques et sociales.
Ces développements ont mis à nu la fragilité du régime du général Assimi Goïta, qui gouverne le pays d’une main sécuritaire depuis près de cinq ans, dans une trajectoire contraire aux aspirations du peuple malien qui s’était auparavant soulevé contre le régime d’Ibrahim Boubacar Keïta. Ce régime a échoué à imposer son approche pour résoudre les problèmes politiques avec la composante azawadienne dans le nord du pays, privilégiant la logique de la force militaire après avoir abandonné l’Accord d’Alger pour la paix et la réconciliation, lequel avait pourtant enregistré des avancées notables vers une solution, malgré les obstacles dressés par des parties extérieures pour le faire échouer.
La fragilité du régime s’est également manifestée dans la capacité des organisations terroristes à mener des attaques au cœur de la capitale et à cibler des sites hautement sensibles, ce qui reflète une grave faille sécuritaire et les limites du dispositif du conseil militaire, incapable même de protéger son propre ministre de la Défense, sans parler des blessures infligées à des figures importantes telles que le général Modibo Koné, chef des services de sécurité de l’État, et le général Oumar Diarra, chef d’état-major de l’armée. Il convient également de mentionner le retrait des forces du corps africain du camp de la MINUSMA à Kidal, à la suite d’un accord avec les forces du Front de libération de l’Azawad, ce qui révèle l’ampleur de l’échec à tous les niveaux, tant pour le conseil militaire que pour les forces auxquelles il a fait appel pour imposer la sécurité et la stabilité, ces dernières n’ayant même pas été capables d’assurer leur propre protection.
La situation actuelle au Mali ressemble fortement à celle de 2012, lorsque le nord du pays était tombé aux mains de groupes armés et que le Front de libération de l’Azawad avait proclamé l’indépendance de la région. Il convient de rappeler que l’Algérie avait été le premier pays à rejeter cette démarche, annonçant sa position avant même les autorités de Bamako. Après l’échec de l’approche militaire à l’époque, les autorités maliennes s’étaient tournées vers l’Algérie pour demander de l’aide. Celle-ci avait alors mené des efforts de médiation pendant trois ans, avec un soutien international, aboutissant à la signature de l’Accord d’Alger pour la paix et la réconciliation, qui avait ouvert des perspectives de règlement de la crise entre Bamako et la composante azawadienne.
Cependant, l’arrivée de Goïta au pouvoir, qui avait suscité de grands espoirs chez les Maliens, s’est rapidement traduite par un revirement de ces engagements, avec l’abandon de l’Accord d’Alger et l’adoption d’une approche militaire dont l’échec avait déjà été démontré. Après cinq années à contre-courant, Goïta ramène le Mali au point de départ de la crise, mais dans des conditions encore plus complexes, rendant toute résolution aujourd’hui plus difficile.
Aujourd’hui, le Mali fait face à des défis majeurs dont les répercussions dépassent ses frontières pour toucher l’ensemble de la région. Ainsi, les solutions importées expérimentées par Goïta et ayant échoué rendent le retour à des voies pacifiques et politiques, portées par des acteurs locaux, comme la solution la plus efficace pour traiter les crises dans lesquelles le conseil militaire a entraîné le pays.
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