L’ancien ambassadeur Ammar Belani considère les transformations que connaît la région du Sahel comme faisant partie d’une reconfiguration plus large de l’espace régional, où se croisent des considérations sécuritaires, économiques et géopolitiques. Il souligne que l’Algérie a consolidé sa présence dans son environnement immédiat et œuvre à renforcer ses partenariats avec les pays du Sahel.
Dans une publication mise en ligne aujourd’hui sur Facebook, à l’occasion des déclarations du Premier ministre nigérien, Belani estime que les tentatives d’isoler l’Algérie sur le plan régional n’ont pas réussi à couper ses liens avec son environnement sahélien. Elles ont, au contraire, mis en évidence la persistance des liens historiques et géographiques qui l’unissent à ses voisins de la région.
L’ancien porte-parole du ministère des Affaires étrangères étaye son analyse par la position exprimée hier à New York par le Premier ministre nigérien, Ali Mahamane Lamine Zeine, devant l’Assemblée générale des Nations unies. Celui-ci a qualifié l’Algérie de « pays frère et voisin », affirmant que grâce à son accompagnement, son pays n’a pas sombré, tout en saluant les rôles qu’elle a joués aux côtés du Niger dans plusieurs domaines.
Selon l’analyse de Belani, l’importance de la relation algéro-nigérienne ne se limite pas à ses dimensions politique et sécuritaire, mais s’étend également aux domaines de l’investissement, de l’exploitation des ressources naturelles et de la défense, ainsi qu’aux secteurs de la santé, de l’éducation, de l’énergie, de l’eau et de l’agriculture.
Dans ce contexte, deux projets à dimension régionale se distinguent : le gazoduc transsaharien et la route transsaharienne, considérés comme faisant partie d’un réseau de projets susceptibles de renforcer la connexion entre l’Algérie et sa profondeur africaine.
Dans le même contexte, Belani inscrit la reprise du dialogue algéro-malien dans le même processus de réorganisation des relations au sein de l’espace sahélien. Il souligne que, depuis juillet 2026, les deux pays ont repris leurs relations diplomatiques et aériennes après une rupture qui a duré quinze mois.
Selon cette lecture, le retour du dialogue ne signifie pas nécessairement la disparition des différends qui ont marqué la période précédente, mais offre un cadre politique et diplomatique pour les gérer, permettant ainsi de reconstruire les relations de voisinage sur la base des intérêts communs.
Au Burkina Faso, l’ancien ambassadeur relève également l’émergence de la dimension économique dans l’action algérienne, avec l’intensification des contacts et des visites officielles à Ouagadougou.
Ces initiatives ont porté, selon les données sur lesquelles s’appuie Belani, sur les secteurs des hydrocarbures, des mines et des énergies renouvelables, ainsi que sur un programme de modernisation des infrastructures énergétiques au Burkina Faso. Cette démarche reflète, selon lui, l’élargissement des instruments de la présence algérienne au Sahel, de la coopération sécuritaire et diplomatique à la diplomatie économique, faisant de l’énergie, des mines et des infrastructures des composantes essentielles des relations de l’Algérie avec les pays de la région.
Belani conclut que la concomitance de ces dynamiques au Niger, au Mali et au Burkina Faso traduit, selon lui, une évolution de la nature de la présence algérienne dans la région du Sahel. Il ne s’agit plus seulement de gérer des dossiers sécuritaires et frontaliers, mais de construire un réseau plus large d’intérêts englobant la sécurité, l’énergie, les ressources naturelles, les infrastructures et la coopération sectorielle.
Dans cette perspective, le Sahel n’est plus, selon l’analyse de l’ancien ambassadeur, seulement une profondeur sécuritaire pour l’Algérie, mais devient progressivement un espace où se croisent les considérations géographiques, économiques, sécuritaires et stratégiques.
Dans ce sens, Belani inscrit l’action algérienne dans un processus plus large de reconfiguration de l’espace sahélien, où les frontières géographiques ne sont plus les seuls déterminants des relations entre les pays de la région. Les projets énergétiques et de transport, les investissements ainsi que la coopération sécuritaire et économique deviennent des instruments de reconstruction d’un espace régional plus intégré.
En définitive, ce qui se déroule au Sahel, selon l’analyse d’Ammar Belani, dépasse la simple reprise de relations ou le lancement d’accords sectoriels çà et là. Cela reflète une reconfiguration progressive de l’espace sahélien, dans laquelle la géographie commune constitue le point de départ pour construire de nouveaux partenariats, tandis que l’énergie, les ressources, les infrastructures et le dialogue politique deviennent des instruments de rééquilibrage des rapports de force.
Commentaires
Participez Connectez-vous
Déconnexion
Les commentaires sont désactivés pour cet publication.