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L’île de Kharg: le “poumon pétrolier" de l’Iran au cœur du conflit

Alors que ses voisins sont confrontés à un étranglement économique, les données montrent que l’Iran a réussi à maintenir le flux de ses exportations pétrolières

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Dans un tournant qui redessine l’équilibre des forces sur le marché mondial de l’énergie, l’escalade militaire entre les États-Unis et de l'entité sioniste d’un côté et l’Iran de l’autre a entraîné une hausse des prix du pétrole d’environ 30 %, atteignant 119 dollars le baril, soit leur niveau le plus élevé depuis la mi-2022. Cette hausse intervient dans un contexte de perturbation des approvisionnements en provenance de la région du Golfe, qui transitent par détroit d'Ormuz, artère stratégique par laquelle passe près de 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole.

Le journal Financial Times, citant des données de la société Kepler, spécialisée dans l’analyse des marchés des matières premières, indique que les pays du Golfe ont perdu environ 15 milliards de dollars de revenus énergétiques depuis le début de la guerre. La navigation dans le détroit d’Ormuz est presque à l’arrêt depuis le 28 février, empêchant ces pays d’exporter une part importante de leur production de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Selon ces données, des cargaisons d’une valeur d’environ 10,7 milliards de dollars (pétrole, produits raffinés et GNL) restent toujours à bord des navires immobilisés dans le détroit, sans pouvoir atteindre les pays importateurs.

En Irak, la production des principaux champs pétroliers du sud du pays a chuté jusqu’à 70 %, pour atteindre environ 1,3 million de barils par jour. La Kuwait Petroleum Corporation a annoncé une réduction de sa production à partir du 7 mars en invoquant un cas de force majeure, tandis que Bapco Energies à Bahreïn a confirmé que son complexe de raffineries avait subi d’importants dommages et avait été temporairement fermé.


L’Iran maintient ses exportations malgré la crise
Alors que ses voisins sont fortement touchés, les données de Kepler montrent que l’Iran a réussi à maintenir le flux de ses exportations pétrolières, à un niveau compris entre 1,1 et 1,5 million de barils par jour après le début du conflit. Ce volume reste inférieur à la moyenne de 2025 (1,69 million de barils par jour), mais il demeure supérieur à la quasi-paralysie observée dans les pays du Golfe.

Cette capacité repose sur plusieurs facteurs stratégiques : l’utilisation d’une « flotte fantôme » de vieux pétroliers échappant au suivi par satellite, le transport dans les eaux territoriales iraniennes (jusqu’à 24 milles nautiques des côtes) afin de réduire les risques d’attaque, un stock flottant important, qui atteignait 200 millions de barils avant la guerre,
et des livraisons vers Chine via Malaisie, grâce à des opérations de transfert de navire à navire.
La Chine demeure la principale destination du pétrole iranien : les raffineries indépendantes chinoises (« teapot refineries ») importent environ 1,38 million de barils par jour, bénéficiant de rabais allant de 8 à 12 dollars par baril.

L’île de Kharg : la « veine pétrolière » de l’Iran
Au cœur de cette tempête géopolitique se trouve la petite île de Kharg, située à environ 24 km au large de la province iranienne de Bouchet. Malgré sa superficie d’à peine 20 km², elle constitue le principal centre d’exportation pétrolière de l’Iran.

L’île traite près de 90 % des exportations de pétrole brut iranien, soit environ 1,55 million de barils par jour sur les 1,7 million de barils exportés par le pays. Elle dispose d’une capacité de stockage d’environ 30 millions de barils et d’une capacité de chargement pouvant atteindre 7 millions de barils par jour, ce qui en fait la véritable “veine pétrolière” de l’économie iranienne.

Son emplacement géographique lui confère un avantage stratégique majeur : les eaux profondes qui l’entourent permettent aux plus grands pétroliers du monde (VLCC) d’accoster et de charger du pétrole, chose impossible sur la majeure partie du littoral iranien, beaucoup plus peu profond.

L’île est reliée par un réseau complexe d’oléoducs terrestres et sous-marins aux principaux champs pétroliers iraniens, notamment Ahvaz, Marun et Gachsaran, ainsi qu’aux champs offshore comme Abuzar, Forouzan et Doroud.

Dimension géopolitique
Selon ces données, le 13 mars 2026, le président américain Donald Trump a annoncé que les forces américaines avaient frappé tous les objectifs militaires sur l’île de Kharg, tout en évitant délibérément les installations pétrolières « pour des raisons humanitaires ». Ce message visait à avertir l’Iran que l’option militaire reste possible.

De son côté, l’Iran a averti que toute attaque contre Kharg serait considérée comme une “ligne rouge”, des responsables iraniens affirmant que cibler les installations pétrolières de l’île entraînerait la destruction des infrastructures énergétiques des entreprises opérant avec les États-Unis dans la région.