Economie

Bayer envisage de soutenir la culture du maïs dans le sud de l’Algérie

L’intelligence artificielle réduit le délai de découverte des produits phytosanitaires

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Envoyé spécial d’El Khabar à Lyon : Mohamed Sidmou

Le groupe allemand Bayer, spécialisé dans les technologies agricoles, a annoncé tester des variétés de semences de maïs dans des conditions désertiques afin d’évaluer leur capacité à offrir de bons rendements avant leur commercialisation en Algérie. L’entreprise vise à couvrir environ 5 000 hectares de terres cultivées au cours des cinq prochaines années.

Amine Lakima, directrice régionale de Bayer pour l’Afrique du Nord et responsable de la division des sciences agricoles, a indiqué, lors d’une rencontre avec des journalistes dans la ville française de Lyon, que l’Algérie constitue un marché prioritaire pour le groupe, qui ambitionne de devenir un acteur de premier plan sur le marché des semences de maïs dans le pays. Pour ce faire, il compte développer des variétés hybrides adaptées aux conditions climatiques locales et aux besoins des agriculteurs.

La responsable a précisé que les essais sur le terrain ont débuté cette année. Ils portent sur plusieurs variétés de maïs testées dans les régions sahariennes au moyen de systèmes d’irrigation par pivot, afin d’évaluer leur capacité à s’adapter aux conditions réelles de production agricole dans le Sud.

Elle a ajouté que l’entreprise attend les résultats de ces essais avant de décider des étapes suivantes, exprimant l’espoir que ceux-ci soient encourageants et permettent la commercialisation des variétés dont l’adaptation aux conditions locales aura été confirmée.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre de l’accompagnement de la stratégie algérienne visant à étendre les superficies consacrées aux cultures stratégiques et à exploiter les terres agricoles du Sud pour accroître la production.

La responsable a expliqué que Bayer vise actuellement à atteindre une superficie de 5 000 hectares au cours des cinq prochaines années, parallèlement aux essais sur les semences et à l’évaluation de leurs résultats sur le terrain.

Concernant la possibilité de créer une unité industrielle de production de semences en Algérie, la directrice régionale a affirmé que cette option ne figure pas, pour le moment, dans les projets du groupe. Elle a précisé que la priorité consiste à tester les variétés, à évaluer leurs performances et à suivre l’évolution du marché. La production locale pourrait être envisagée à l’avenir, mais aucune décision n’a été prise à ce sujet.

Les activités de Bayer dans la région ne se limitent pas au maïs. Les céréales, les fruits et les légumes occupent également une place importante dans sa stratégie. Amine Lakima a expliqué que le groupe cherche à renforcer sa position sur le marché des céréales au Maghreb au cours des cinq prochaines années, en misant sur l’innovation et le développement de solutions adaptées aux spécificités de chaque marché.

Des laboratoires à l’intelligence artificielle
Dans un monde qui évolue rapidement sous l’effet de la révolution de l’intelligence artificielle, le développement des semences et des solutions agricoles ne se limite plus aux champs. Dans la ville française de Lyon, les équipes de recherche du groupe travaillent à la mise au point de nouvelles technologies et substances destinées à protéger les cultures, en s’appuyant sur la chimie, la biologie, l’intelligence artificielle, l’analyse des données et la robotique.

Au centre de recherche et développement de La Dargoire, visité par El Khabar, près de 200 chercheurs travaillent dans des domaines tels que la biologie, la biochimie, la chimie, l’imagerie, la science des données et l’intelligence artificielle. Une partie de leurs travaux consiste à comprendre les maladies qui affectent les plantes, à identifier les mécanismes permettant aux organismes responsables de se développer et de se multiplier, puis à rechercher des substances capables de les neutraliser.

Selon les chercheurs, le processus commence par l’étude de la maladie et l’identification des points faibles des champignons et des bactéries responsables, avant la recherche de molécules susceptibles d’agir sur leurs fonctions biologiques. Cette méthode permet d’orienter les recherches vers des substances ciblant plus précisément les agents pathogènes, plutôt que de s’appuyer sur de vastes séries d’essais aléatoires.

Dans cette démarche, l’intelligence artificielle est devenue un outil permettant aux chercheurs d’analyser de grandes quantités de données, d’étudier les propriétés des molécules et de prévoir certains de leurs comportements. Il devient ainsi possible de sélectionner les substances les plus prometteuses et de les soumettre à des essais en laboratoire, au lieu de tester tous les composés potentiels de la même manière.

Les équipes de recherche utilisent également des techniques d’imagerie pour observer les cellules fongiques et suivre les changements qu’elles subissent après exposition à différents composés. Ces observations contribuent à comprendre le mode d’action des substances et à rechercher de nouveaux mécanismes de lutte contre les maladies, d’autant que certains agents pathogènes peuvent développer une résistance aux produits utilisés de manière répétée.

Cependant, la découverte d’une substance prometteuse ne signifie pas qu’elle est prête à être utilisée en agriculture. Il faut encore tester son efficacité, étudier ses effets sur les organismes non ciblés, sa persistance dans l’environnement, sa dégradation et les niveaux de résidus qu’elle pourrait laisser sur les cultures. Les produits font l’objet d’évaluations scientifiques et réglementaires avant toute autorisation de commercialisation, conformément aux règles en vigueur sur les marchés concernés.

Du laboratoire à la production industrielle
Après les travaux de recherche et les essais, le processus se poursuit sur les sites de fabrication. Dans son établissement de Villefranche-sur-Saône, Bayer produit des formulations agricoles et en contrôle la qualité avant leur distribution sur les marchés.

Le site s’étend sur une superficie de 28 hectares et abrite des activités de production portant sur environ 200 formulations à partir de 60 substances actives, selon les données de l’entreprise. Sa production annuelle avoisine les 29 000 tonnes, destinées à 52 pays.

Les opérations industrielles comprennent la fabrication des formulations, leur conditionnement, le contrôle de leur qualité et de leur stabilité, ainsi que l’amélioration de l’utilisation des ressources et la modernisation des moyens de production. Les outils numériques permettent de surveiller les opérations, de détecter les anomalies et d’améliorer la prise de décision, établissant ainsi un lien entre l’innovation en laboratoire et la fabrication à grande échelle.

Le développement de solutions ne repose pas uniquement sur le travail en laboratoire et en usine. Il s’étend également à la coopération avec les universités, les start-up et les agriculteurs. Le centre LifeHub Lyon joue un rôle dans la mise en relation de ces acteurs et l’échange d’expertise, dans le but de développer des solutions répondant aux problèmes concrets du secteur agricole.

Philippe Meyres, directeur de LifeHub Lyon, explique que le centre vise à encourager le dialogue entre les différentes composantes de l’écosystème agricole et à accélérer l’innovation grâce à la coopération entre chercheurs, partenaires universitaires, start-up et agriculteurs.

Cette coopération est d’autant plus importante que les conditions agricoles varient d’une région à l’autre. Les solutions efficaces dans un climat donné ne peuvent pas être automatiquement adoptées dans un environnement différent. Il faut tenir compte des températures, de l’humidité, de la nature des sols, de la disponibilité de l’eau ainsi que des maladies et des ravageurs présents.

Le conflit avec les écologistes
Interrogés par El Khabar sur le conflit persistant entre Bayer, les organisations de protection de l’environnement et les partis écologistes, les responsables du groupe ont défendu le système de contrôle auquel sont soumis les produits agricoles dans l’Union européenne. Ils ont souligné que les pesticides et les substances utilisées pour protéger les cultures font l’objet d’évaluations scientifiques, sanitaires et environnementales avant d’être autorisés à la commercialisation.

Ils ont précisé que ces procédures comprennent l’étude de l’efficacité des substances et de leurs risques potentiels pour la santé humaine et l’environnement, dans le cadre de la réglementation européenne, qui impose des conditions strictes pour l’autorisation des produits et le renouvellement de leurs licences.

En réponse aux critiques visant l’entreprise, les responsables de Bayer ont attribué une partie de celles-ci à ce qu’ils décrivent comme une culture politique et sociale en France marquée par la méfiance envers les grandes entreprises. Ils estiment que les positions hostiles à leur égard sont parfois influencées par des considérations idéologiques.

Selon cette interprétation, le débat public sur les pesticides et l’industrie chimique ne repose pas uniquement sur des données scientifiques, mais s’inscrit également dans les représentations sociales du rôle des grandes entreprises et des limites de leur intervention dans l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.

Les responsables du groupe ont également lié cette controverse à l’évolution des sociétés européennes, marquée par l’amélioration de l’abondance alimentaire et le recul du sentiment direct de vulnérabilité face aux pertes de récoltes. Ils estiment que le rôle des traitements chimiques dans la lutte contre les maladies et les ravageurs agricoles, ainsi que dans la stabilisation de la production, occupe une place moins importante dans la conscience collective, alors que l’attention portée aux effets sanitaires et environnementaux des produits utilisés en agriculture ne cesse de croître.

Cette analyse reflète toutefois le point de vue de l’entreprise sur les critiques dont elle fait l’objet et ne met pas fin aux controverses scientifiques et politiques persistantes concernant certaines substances actives et les risques liés à leur utilisation.

Le débat sur les herbicides, notamment le glyphosate, est ainsi devenu un sujet majeur en France et en Europe. Des organisations environnementales, des associations de santé, des consommateurs et des partis écologistes y participent, certains réclamant un durcissement des restrictions, voire l’interdiction de certaines substances.

« L’intelligence artificielle promet une révolution dans le monde agricole »
Philippe Meyres, responsable de la recherche chez Bayer à Lyon, en France, a expliqué que les progrès rapides de l’intelligence artificielle, conjugués à une meilleure compréhension des processus biologiques, ouvrent de nouvelles perspectives pour le développement de solutions agricoles plus précises, plus efficaces et plus durables. Ces avancées permettent notamment d’améliorer la conception de molécules ciblant les ravageurs agricoles, les maladies fongiques et les mauvaises herbes.

Dans une déclaration à El Khabar, Meyres a indiqué que l’utilisation de ces technologies permettait de mettre au point des méthodes innovantes pour lutter contre les problèmes qui menacent les cultures, grâce à la conception de molécules répondant à des propriétés précises.

Il a expliqué que l’intelligence artificielle contribue désormais à réduire le temps nécessaire pour identifier des substances actives, en accélérant les recherches, l’analyse des données biologiques et l’identification des molécules prometteuses.

Toutefois, selon lui, ces progrès n’ont pas entraîné une réduction équivalente de la durée totale nécessaire à la mise sur le marché des produits, qui reste globalement comparable à ce qu’elle était auparavant. Cette situation s’explique par les exigences réglementaires et les tests rigoureux imposés par l’Union européenne avant l’autorisation de commercialisation des produits agricoles.

Il a ajouté que les nouvelles molécules sont soumises à une série d’essais et d’évaluations visant à vérifier leur efficacité et leur innocuité, ainsi qu’à étudier leurs effets potentiels sur l’environnement et les écosystèmes. L’accélération de la recherche scientifique ne signifie donc pas que les étapes de vérification de la sécurité des produits peuvent être contournées, compte tenu des exigences réglementaires encadrant leur homologation et leur commercialisation.

Meyres a également expliqué que les progrès réalisés dans la compréhension des mécanismes biologiques, soutenus par les capacités de l’intelligence artificielle, aident les chercheurs à élargir l’éventail des possibilités dont ils disposent pour concevoir de nouvelles molécules et élaborer des solutions mieux adaptées aux besoins des agriculteurs et aux défis auxquels les cultures sont confrontées.

Ces avancées permettent aussi de travailler à la mise au point de produits plus durables, tenant compte de l’évolution des ravageurs et de la diversité des conditions agricoles.

Il a souligné que le développement des solutions agricoles repose sur plusieurs critères interdépendants, notamment l’efficacité, la sécurité, la viabilité économique et l’impact environnemental. Le succès d’une innovation ne se mesure pas uniquement à sa capacité à protéger les cultures, mais également à son adéquation avec les besoins des agriculteurs et à leur capacité à l’utiliser dans les conditions réelles de production.

Enfin, il a affirmé que la sécurité alimentaire et la réduction des résidus et des déchets nocifs dans l’environnement font partie des objectifs poursuivis dans le développement de ces solutions, parallèlement à la volonté de réduire les coûts et d’améliorer la rentabilité économique pour les agriculteurs.

Il a insisté sur le fait que l’intelligence artificielle contribue à accélérer les étapes de recherche et de développement, mais que la mise sur le marché des produits reste conditionnée à l’achèvement des essais et au respect des exigences réglementaires en vigueur dans l’Union européenne.