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Essais nucléaires français: les analyses préliminaires révèlent un lourd héritage environnemental

Les résultats préliminaires révèlent la présence de métaux lourds dans certaines zones, tandis que des preuves sont documentées pour étayer la qualification de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre

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L’Algérie commémore le 66ᵉ anniversaire des essais nucléaires français qui ont eu lieu dans le Sahara algérien durant la période coloniale, une étape nationale qui rappelle l’un des crimes les plus graves ayant affecté à la fois l’homme et l’environnement, dont les effets se font encore sentir aujourd’hui, plusieurs décennies après les événements.

Dans ce cadre, la ministre de l’Environnement et de la Qualité de la Vie, Kaoutar Krikou, a supervisé à Alger l’ouverture d’une journée médiatique consacrée à mettre en lumière les impacts environnementaux de ces essais. Elle a souligné que cette manifestation s’inscrivait dans le cadre de l’utilisation des archives comme référence par la Commission nationale de la mémoire environnementale, afin de fournir des preuves attestant de la réalisation des éléments constitutifs de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, conformément au droit international, notamment pour ce qui concerne les dommages constatés sur l’environnement, les animaux et la végétation.

Création de la Commission nationale de la mémoire environnementale et lancement des analyses
La ministre a précisé que le secteur de l’Environnement, en coordination avec le ministère des Moudjahidine et des Ayants droit, a travaillé à la constitution d’un dossier sur la mémoire environnementale, notamment par la création de la Commission nationale de la mémoire environnementale et de l’Institut national de l’environnement et du développement durable. L’objectif est de documenter les crimes commis par le colonialisme français en Algérie sur le plan environnemental et leurs conséquences profondes, encore visibles dans plusieurs régions.

Dans ce cadre, des échantillons de sol, de végétation et d’autres éléments environnementaux ont été prélevés sur plusieurs sites à travers le pays, afin de procéder à des analyses sur les impacts des essais nucléaires et des armes prohibées sur le sol et l’équilibre écologique.

Kaoutar Krikou a souligné que les travaux se poursuivent et que les analyses préliminaires ont déjà révélé la présence de métaux lourds dans certaines zones, témoignant de l’ampleur de la pollution laissée par ces essais.

17 essais nucléaires et plus de 11 millions de mines laissées par la France coloniale
Pour sa part, Mohamed Lahcen Zeghidi, président de la Commission algérienne de l’histoire et de la mémoire, a indiqué que l’organisation de cette manifestation au siège des archives nationales lui confère une dimension historique et renforce la mémoire nationale, les archives étant la référence pour la conservation et la protection des documents. Il a rappelé que la France coloniale avait réalisé 17 essais nucléaires entre 1960 et 1966, dont le premier, connu sous le nom de “Gerboise bleue” en 1960, et qu’elle avait également laissé plus de 11 millions de mines aux frontières.

Poursuite du travail pour établir les faits historiques
De son côté, Mohamed Bounama, directeur général des archives nationales, a rappelé que l’archive constitue un pilier du patrimoine national et un vecteur de souveraineté, précisant que cette manifestation s’inscrit dans le prolongement du travail institutionnel visant à restituer la mémoire nationale et à établir les faits historiques.

Selon les déclarations des responsables gouvernementaux à cette occasion, en commémorant cet anniversaire, l’Algérie réaffirme son droit à la vérité et à la reconnaissance, ainsi que la nécessité de faire assumer à la France ses responsabilités historiques et juridiques concernant les crimes nucléaires commis dans le Sahara algérien, considérés comme imprescriptibles et constituant un dossier central dans le parcours de la justice et de la mémoire nationale.