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La visite de Tiani en Algérie vue par l’opinion publique nigérienne

La visite du président nigérien, Abdourahamane Tiani, en Algérie met fin à une période de tensions d’environ un an.

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Le politologue nigérien et spécialiste des stratégies de développement, Hadj Malam Oumarou, estime que la visite de fraternité et de travail effectuée par le président nigérien, le général Abdourahamane Tiani, en Algérie à la tête d’une importante délégation pour deux jours, à partir d’aujourd’hui, après une période de refroidissement et de tensions de plus d’un an, montre que les liens qui unissent les deux pays et les défis communs ne peuvent être interrompus par un différend diplomatique. Il souligne, dans un entretien accordé à El Khabar, que la composition de la délégation indique « des résultats importants attendus ».
Avant la visite présidentielle, les relations entre Niamey et Alger avaient connu une période de froideur d’environ un an, suite à la crise du drone avec le Mali. Selon l’analyste, la visite de Tiani intervient après cette période de tension, mais il rappelle que, même avant cette crise, il existait déjà des accords, des engagements et une coopération active entre les deux pays, notamment les projets de la route transsaharienne et des pipelines gaziers depuis le Niger, ainsi que divers échanges économiques et sécuritaires. Cela a permis d’éviter que la crise ne se développe ou se complexifie.
Même si Niamey avait adopté un positionnement prudent après l’incident du drone, il apparaît aujourd’hui que les intérêts communs obligent les capitales à dépasser tout blocage et à gérer les problèmes ponctuels avec pragmatisme et rationalité, sans les ignorer ni les laisser exploiter. Ainsi, cette visite s’inscrit dans le cadre d’un processus de relance de la coopération, en activant les échanges techniques, industriels, agricoles et sécuritaires pour le Niger, tandis que pour l’Algérie, les priorités restent principalement la sécurité et la coopération industrielle.
Concernant la normalisation des relations, malgré la persistance des tensions avec le Mali, à l’origine du différend, Hadj Malam Oumarou souligne que la composition de la délégation nigérienne et le retour simultané des deux ambassadeurs montrent la volonté de rétablir des relations normales. Toutefois, il reste difficile de prédire les conséquences exactes de cette visite, faute d’informations complètes, mais il est certain que le général Tiani n’aurait pas entrepris ce déplacement sans être convaincu du sérieux de l’Algérie pour restaurer les relations et reprendre le chemin du progrès politique, culturel, économique et industriel.
Sur le plan sécuritaire, l’instabilité et le terrorisme dans la région du Sahel affectent directement les pays voisins, y compris l’Algérie. L’analyste note que l’opinion publique nigérienne se réjouit de la visite, et que le déplacement de Tiani accompagné d’un important contingent, incluant le ministre de la Défense, laisse présager de nouvelles stratégies et d’une coopération sécuritaire renforcée entre les deux pays. Il rappelle aussi l’importance des longues frontières communes et du renforcement des échanges commerciaux, ainsi que la mise en œuvre de projets comme la route transsaharienne et les pipelines de gaz, avec le soutien du ministère du Commerce, ce qui sera bénéfique pour les deux parties.
Concernant la réduction de l’influence française au Niger, qui s’aligne avec la vision algérienne d’une résolution des crises africaines par des moyens africains, Hadj Malam Oumarou précise que, bien que l’ingérence française soit connue et difficile à stopper rapidement, le président Tiani a accompli ce que le peuple nigérien attendait depuis le 26 juillet : l’expulsion des bases étrangères du territoire nigérien. Selon lui, cela représente une souveraineté progressive et une indépendance morale retrouvée, contrairement à l’expérience algérienne qui a obtenu son indépendance par la force.
Depuis son arrivée au pouvoir, le général Tiani a permis au Niger de restaurer sa souveraineté et son indépendance morale. Le pays dispose désormais d’ingénieurs et de cadres capables d’établir des échanges techniques et intellectuels avec l’Algérie dans les domaines de la technologie, de la sécurité, de l’agriculture et de l’industrie. Cependant, le Niger n’est pas autosuffisant et a un grand besoin de l’Algérie à tous les niveaux. On espère que cette visite produira des résultats à la hauteur des attentes. Après le retour du gouvernement à Niamey, une importante délégation algérienne est attendue pour approfondir les échanges positifs et stratégiques entre les deux pays.
Enfin, le Niger a besoin de développer son industrie et de former des ingénieurs et étudiants, notamment dans les domaines sécuritaires tels que la police, la gendarmerie, l’armée et la douane, qui doivent coopérer dans le cadre de la sécurité stratégique pour l’Afrique et le Sahel. Le Niger occupe une position stratégique clé et est bien placé pour accompagner l’Algérie dans son développement économique et soutenir une coopération mutuelle.