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Législatives : les candidats face à l’épreuve de la sélection

Les listes provisoires devraient être annoncées après l’examen des dossiers, entre le mardi 19 mai et le jeudi 28 mai courant.

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Les prochaines législatives de 2026 entrent dans une phase décisive, avec le début, dès ce mardi, de l’étude des dossiers de candidature par l’Autorité nationale indépendante des élections, après leur dépôt ce lundi par les partis politiques et les listes indépendantes, coïncidant avec l’expiration du délai légal de dépôt à minuit.

Le nombre total de dossiers de déclaration collective de candidature retirés pour les législatives de 2026 a atteint 1.474 dossiers à travers 69 wilayas, dont 1.205 dossiers pour des listes parrainées par 36 partis politiques, un dossier pour une liste soutenue par une alliance de partis politiques, ainsi que 268 dossiers pour des listes indépendantes.

Concernant la circonscription électorale de l’étranger, 59 dossiers de déclaration collective de candidature ont été retirés, dont 52 dossiers sous l’égide de 17 partis politiques et 7 dossiers au titre de listes indépendantes.

Ces chiffres montrent un net recul par rapport aux législatives de 2021, où 4 612 dossiers avaient été retirés, dont 1.739 par 54 partis agréés et 2.873 dans le cadre de listes indépendantes. À l’époque, 2.288 listes candidates avaient été acceptées, soit un chiffre largement supérieur au nombre actuel de déclarations collectives déposées avant leur examen, estimé à 1.474 dossiers. Le nombre final des listes retenues pour les élections de 2026 devrait ainsi encore diminuer après l’étude des dossiers et l’exclusion des listes ne remplissant pas les conditions légales.

Ce recul pourrait traduire une forme de sélection préalable au sein du paysage politique, les partis et les listes indépendantes étant devenus plus prudents dans leur participation à la course électorale. Le retrait des dossiers ne se fait plus avec la même intensité qu’au lendemain du Hirak, probablement parce que de nombreux acteurs politiques ont pris conscience de la difficulté à remplir les conditions de candidature ou à obtenir de véritables résultats électoraux.

Ces chiffres reflètent également une différence dans le climat politique et organisationnel entre les deux échéances électorales. Les élections de 2021 s’étaient déroulées dans un contexte politique sensible, à la suite du Hirak populaire lancé en 2019 ayant conduit à la démission de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika. Elles avaient aussi été organisées après la décision du président Abdelmadjid Tebboune de dissoudre l’Assemblée Populaire Nationale et de convoquer des élections législatives anticipées le 12 juin 2021.

Retour de l’opposition

Les élections de 2021 avaient été marquées par un climat de division politique autour des conditions de la compétition électorale et des libertés publiques. Le taux de participation national avait alors atteint 30,20 % après la fermeture des bureaux de vote. Ce taux pourrait être plus élevé cette fois-ci avec le retour de certains partis ayant boycotté le précédent scrutin et disposant d’une base électorale propre.

Parmi ces partis figure le Front des Forces Socialistes (FFS), qui considérait alors que les conditions nécessaires à l’organisation des élections n’étaient pas réunies et que ce scrutin « ne constituait pas une solution à la crise multidimensionnelle que traverse le pays ». Le parti réclamait le respect des libertés fondamentales et l’ouverture d’un dialogue politique inclusif regroupant les différents acteurs politiques et sociaux avant toute échéance électorale.

Dans une position similaire, le Parti des Travailleurs avait également boycotté les élections de 2021, estimant que les conditions politiques ne permettaient pas l’organisation d’élections reflétant véritablement la volonté populaire. Le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) avait lui aussi choisi le boycott, son président de l’époque, Mohcine Belabbas, affirmant que le projet de « l’Algérie nouvelle » ne pouvait se concrétiser dans le contexte politique existant.

À l’inverse, d’autres partis avaient opté pour la participation aux élections de 2021, notamment le Front de Libération Nationale (FLN), le Rassemblement National Démocratique (RND), plusieurs partis islamistes ainsi qu’un grand nombre de listes indépendantes. Les autorités avaient alors présenté ce scrutin comme une nouvelle étape dans la reconstruction des institutions après la révision de la Constitution et la poursuite des réformes politiques.

Au cours des dernières années, la présence de l’opposition au sein de l’Assemblée Populaire Nationale est restée limitée, tant en nombre de députés qu’en influence réelle dans les débats. Dans ce contexte, les législatives de 2026 pourraient entraîner un changement relatif dans la composition de l’Assemblée, notamment avec le retour des partis ayant boycotté les précédentes élections, à condition qu’ils remplissent l’ensemble des critères prévus par la loi électorale.

Défis des partis et des listes indépendantes

Les partis politiques et les listes indépendantes doivent relever plusieurs défis, notamment respecter le quota imposant que la moitié des candidats ait moins de 40 ans, garantir un taux de 30 % de femmes et assurer qu’au moins un tiers des candidats soient titulaires d’un diplôme universitaire. Ces conditions traduisent une volonté de renouvellement des élites et de renforcement de la représentation des jeunes, mais elles placent également les partis face à la difficulté de recruter des profils répondant à ces critères dans chaque circonscription électorale.

Par ailleurs, les partis et les listes indépendantes doivent satisfaire aux exigences de parrainage, qui varient selon leur situation. Les partis ayant obtenu plus de 4 % des voix ou disposant d’au moins dix élus dans une circonscription bénéficient d’un avantage leur évitant de recueillir des signatures de soutien. En revanche, les partis ayant boycotté les précédentes élections ou non représentés dans les assemblées élues doivent réunir 150 signatures pour chaque siège à pourvoir, ce qui constitue une lourde contrainte organisationnelle, même si la loi électorale a réduit le nombre de formulaires requis de 200 à 150.

Les listes indépendantes sont confrontées à la même obligation, ce qui limite leur capacité de compétition et conditionne leur participation à leurs moyens organisationnels et de terrain.

Calendrier électoral

Les listes provisoires devraient être annoncées après l’achèvement de l’étude des dossiers, entre le mardi 19 mai et le jeudi 28 mai. En cas de rejet d’un dossier, les candidats concernés pourront introduire un recours devant le tribunal administratif entre le vendredi 29 mai et le dimanche 31 mai. Les décisions concernant ces recours seront rendues entre le lundi 1er juin et le jeudi 4 juin.