Société

« L’affirmation selon laquelle 75 % de la population est jeune n’est plus une réalité tangible »

Les caisses de retraite subiront une forte pression à l’horizon 2050

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La professeure Rachdi Khadra, du département de démographie à Oran, a mis en garde contre le vieillissement de la population à l’horizon 2050, en raison de l’augmentation de l’espérance de vie, ce qui exercera une pression économique sur les caisses de retraite et doit être anticipé dès à présent.

Cela a été déclaré lors d’une intervention au colloque national sur l’emploi et les transformations sociales, une lecture sociologique des dynamiques du marché du travail national, organisé en fin de semaine par la Faculté des sciences sociales de l’Université d’Oran 2 Mohamed Ben Ahmed.

Sur le plan conceptuel, la professeure Rachdi a précisé que « le vieillissement de la population correspond à l’augmentation de la proportion des personnes âgées de plus de 65 ans au sein de la société au-delà de 14 %. Lorsqu’elle dépasse 20 %, on parle de société hyper-vieillissante, en raison de l’amélioration des conditions de vie et de la transition démographique d’un régime caractérisé par une forte natalité et mortalité vers un régime moderne à faible natalité et mortalité. Cela entraîne une baisse de la population active et une hausse de la population dépendante (personnes âgées et moins de 15 ans). »

L’intervenante a estimé que l’affirmation selon laquelle « la société algérienne est composée à 75 % de jeunes » n’est plus une réalité observable. Nous vivons, selon elle, la fin du cycle du dividende démographique, une période exceptionnelle durant laquelle la croissance de la population en âge de travailler (15-64 ans) dépasse largement celle des personnes dépendantes. Elle regrette que cette période n’ait pas été exploitée pour générer une croissance économique, contrairement à d’autres pays.

La conférencière a présenté une lecture prospective de la structure démographique en Algérie entre 2023 et 2050, indiquant que les projections montrent des transformations profondes. La part des personnes âgées de plus de 60 ans passerait de 9 % à 12,34 % actuellement pour atteindre 21,95 % en 2050, ce qui exercerait une forte pression sur les caisses de retraite.

Concernant la population en âge de travailler (15-59 ans), elle passerait de 60,5 % à 60,91 %, puis à 57,07 % à l’avenir, entraînant une contraction de la force de travail active. Quant aux jeunes de 0 à 14 ans, leur part passerait de 30,4 % à 26,75 %, puis à 20,98 %, ce qui réduira les entrées sur le marché du travail.

La spécialiste explique ce phénomène par la baisse du taux de fécondité en Algérie, passé de 8 enfants par femme à moins de 3, puis à environ 2,1 enfants par femme selon les enquêtes réalisées. Cela signifie une société à faible renouvellement démographique et une stagnation, phénomène déjà observé en Chine en raison de la politique de l’enfant unique et de la préférence pour les garçons, contrairement à l’Inde qui a dépassé la Chine en termes de fécondité et de population.

Le vieillissement de la population engendre une nouvelle réalité appelée « économie argentée », qui désigne les activités économiques liées aux personnes âgées, créant de nouvelles opportunités d’emploi et nécessitant une complémentarité entre générations, ainsi que l’automatisation, la technologie et la numérisation dans les secteurs des services et du bien-être.

La spécialiste a également présenté des scénarios futurs pour le marché du travail en Algérie, dont un scénario pessimiste basé sur la dépendance aux revenus pétroliers et à la main-d’œuvre traditionnelle, entraînant des déséquilibres, une crise des caisses de retraite et un ralentissement économique.

Le scénario optimiste repose, lui, sur une transition vers une économie intelligente, l’économie argentée, la numérisation et les technologies.

Dans le même contexte, le professeur El Houlou Cherif a évoqué les transformations du monde du travail et l’impact de l’intelligence artificielle, indiquant que selon les dernières statistiques de 2026, 93 % des métiers aux États-Unis ont été affectés par cette révolution, mais que l’IA pourrait également créer 170 millions d’emplois, avec davantage de flexibilité grâce au travail à distance.

Pour sa part, le professeur Ahmed Chaâlal, directeur de l’Université d’Oran 2, a souligné la stratégie du secteur pour préparer les étudiants au marché du travail, avec 300 000 à 400 000 diplômés chaque année, à travers des dispositifs d’accompagnement tels que les centres de recherche d’emploi, les incubateurs, les centres d’intelligence artificielle et les mécanismes de liaison université-entreprise, afin de transformer l’étudiant de chercheur d’emploi en créateur de richesse.

Enfin, plusieurs chercheurs et responsables universitaires ont abordé les transformations du monde du travail, l’émergence de nouveaux métiers et la disparition de métiers traditionnels sous l’effet de l’intelligence artificielle, ainsi que la promotion de l’entrepreneuriat et des outils numériques d’aide à l’emploi.