Le tunnel d’Oued Ouchaïh, dans la capitale, ne laissait en rien présager le danger qui approchait, lors d’une nuit d’été 2026… Un flux régulier de véhicules de toutes sortes et de toutes tailles avançait sous terre, sous des lumières tamisées se reflétant sur les parois… Soudain, un conducteur roulait à une vitesse folle, pressé de sortir du tunnel, sans se rendre compte que ses phares étaient éteints.
À l’intérieur de ce tunnel, où la visibilité se réduit et où l’on dépend davantage de l’éclairage, la voiture s’est transformée en une ombre à peine visible. Les véhicules arrivant en sens inverse ne la remarquaient pas, et son conducteur lui-même n’avait pas conscience de l’ampleur du danger qui approchait rapidement. En quelques secondes, et à cause d’un éclat de lumière, un trajet ordinaire dans le tunnel s’est transformé en un grave accident, remettant en surface la problématique de la conduite sans éclairage, notamment durant la nuit.
Afin de mettre en lumière cette question, M. Ben Maamar Sid Ali, directeur d’une auto-école et chef du secrétariat national à l’organisation du syndicat algérien des auto-écoles, explique que « la voiture est un système intégré d’équipements destinés à la fois à la conduite et à la sécurité ». Il précise que le système d’éclairage fait partie des plus importants, en raison de son rôle essentiel pour assurer la visibilité et signaler la présence du véhicule, qu’il s’agisse des feux avant, arrière ou de l’éclairage intérieur.
Concernant la réalité de l’utilisation de l’éclairage sur les routes, il souligne que l’on observe sur le terrain des véhicules circulant avec des défaillances au niveau des feux, voire sans aucun éclairage, ce qui soulève des questions quant à savoir si cela est dû à la négligence des conducteurs et à leur manque de conscience du danger, ou à un comportement délibéré dans certains cas. Selon lui, cela reflète un manque évident de culture routière.
Il insiste sur le fait que l’éclairage n’est pas un élément secondaire du véhicule, mais un outil fondamental pour signaler sa présence et sa position, en plus de garantir une bonne visibilité de la route dans toutes les conditions météorologiques et sur tous les types de routes.
Au niveau international, Ben Maamar indique que de nombreux pays européens appliquent des réglementations strictes concernant l’éclairage, rendant obligatoire la visibilité des véhicules même en plein jour, grâce aux feux de jour (feux DRL) ou aux lampes LED dédiées. Les véhicules plus anciens sont quant à eux tenus d’utiliser les feux de croisement pendant la journée, dans le but d’améliorer la sécurité routière et d’alerter les autres conducteurs.
En Algérie, le législateur a imposé 17 feux obligatoires sur les véhicules, dont 8 à l’avant et 9 à l’arrière, incluant des feux d’éclairage et de signalisation. Des exigences supplémentaires s’appliquent aux véhicules dépassant 6 mètres de longueur et 2,1 mètres de largeur. Il souligne que ces équipements sont légalement obligatoires et que leur absence constitue une infraction.
Il précise également que les caractéristiques de ces feux sont strictement définies en termes de couleur, d’intensité lumineuse et de portée, afin de garantir leur efficacité dans toutes les conditions et d’assurer la sécurité des usagers de la route.
« Négliger les feux du véhicule expose le conducteur au danger »
De son côté, le commissaire principal de police, Zouaoui Rabah, chef du bureau de communication de la direction de la sécurité publique, affirme que la conduite sans éclairage fait partie des infractions les plus dangereuses, revenues en force ces derniers temps, en raison de la menace directe qu’elles représentent pour la sécurité des usagers, notamment la nuit ou en cas de faible visibilité. Il précise que cette infraction ne se limite pas à l’absence de feux, mais inclut aussi les défaillances des dispositifs d’éclairage et le non-respect des signalisations du véhicule.
Il révèle que les services de sécurité enregistrent une hausse notable des infractions liées aux pannes des systèmes d’éclairage, qu’il s’agisse des feux de route, des feux de croisement, des clignotants — qui constituent un moyen essentiel de communication entre conducteurs —, ainsi que des feux arrière rouges, des éclairages de plaque d’immatriculation, voire de l’éclairage des compartiments de transport de marchandises.
Il insiste également sur l’importance cruciale des feux de freinage et des indicateurs de direction pour éviter les collisions et organiser la circulation, notamment aux intersections.
Zouaoui souligne que négliger l’entretien ou l’utilisation de ces dispositifs place le conducteur en danger, transformant son véhicule en « fantôme » invisible sur la route, ce qui augmente fortement les risques d’accidents graves. Il relie également ce comportement à l’insuffisance du contrôle technique et au manque de sensibilisation de certains conducteurs.
Le responsable sécuritaire affirme aussi que ces infractions compliquent la circulation et provoquent des embouteillages, surtout dans les zones nécessitant le respect des priorités ou des directions obligatoires, où les signaux du véhicule deviennent essentiels pour réguler le trafic et éviter les manœuvres dangereuses.
Sur le plan répressif, il précise que la loi prévoit des amendes forfaitaires de première catégorie, d’un montant de 2000 dinars algériens en cas de défaillance des feux, pouvant atteindre 5000 dinars (infraction de quatrième catégorie) si elles sont associées à d’autres infractions comme le refus de priorité ou le non-respect des directions obligatoires, des comportements souvent à l’origine d’accidents graves.
« Les feux non conformes aux normes menacent la sécurité routière »
Pour sa part, Nabila Farhat, présidente de l’Association nationale des formateurs professionnels de conduite, estime que la sécurité routière ne peut être assurée sans un respect strict de l’état de préparation des véhicules, en particulier des dispositifs d’éclairage qui doivent être conformes aux normes, compte tenu des risques qu’entraînent leurs défaillances, notamment lors de la conduite nocturne ou dans des conditions météorologiques difficiles comme le brouillard, la pluie ou l’absence d’éclairage public.
Elle explique que la visibilité dans l’obscurité n’est pas seulement un facteur de confort, mais un élément déterminant pour éviter les accidents. Les données de terrain montrent que les accidents nocturnes représentent entre 30 % et 40 % du total des accidents de la route, malgré un trafic plus faible que durant la journée, ce qui reflète l’ampleur des risques liés à une mauvaise ou à une absence d’éclairage.
Dans ce contexte, elle souligne que toute défaillance des feux du véhicule — qu’il s’agisse des feux avant ou arrière, ou du fait de n’utiliser qu’un seul phare au lieu d’un système d’éclairage complet — ne peut être considérée comme un simple défaut, mais constitue un facteur dangereux pouvant entraîner une confusion visuelle chez les usagers de la route.
Elle ajoute que le véhicule peut paraître plus petit, plus proche ou plus éloigné qu’il ne l’est réellement, ce qui augmente les risques d’erreurs d’estimation des distances et des vitesses, notamment lors des dépassements, aux intersections ou sur les routes rapides et non éclairées.
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