Avec l’arrivée du mois sacré de Ramadan, le quotidien dans les rues algériennes se transforme : la journée peut sembler relativement calme, tandis que les heures précédant l’iftar voient une activité intense. Mais cette apparente sérénité ne se reflète pas toujours dans le comportement de tous les jeûneurs, notamment au cours des premiers jours où l’on observe des signes de nervosité et d’irritabilité, surtout dans les marchés, sur les routes et dans les lieux de travail. Chaque année, cette situation soulève des questions sur ses causes.
De nombreux citoyens s’accordent à dire que les fumeurs sont parmi les plus touchés au début du mois, en raison de l’arrêt soudain de la cigarette pendant de longues heures. Selon des spécialistes, un manque sévère de nicotine peut provoquer des troubles de l’humeur tels que l’anxiété, l’irritabilité et des difficultés de concentration, impactant les interactions quotidiennes.
Un citoyen interrogé par El Khabar confie : « Je sais que je deviens irritable les premiers jours, alors je veille à faire mes courses pour l’iftar deux jours avant le début du Ramadan, afin d’éviter la foule et de rester calme. »
Dans les premiers jours du jeûne, les marchés se transforment en espaces bondés où la pression sur les produits de consommation augmente, un phénomène qui se répète chaque année. Les heures précédant l’iftar sont souvent les plus tendues, avec bousculades et hausse du volume sonore, et de simples malentendus pouvant dégénérer en disputes verbales. Pour certains, le problème ne réside pas dans le jeûne lui-même, mais dans l’absence de préparation psychologique et physique, notamment chez ceux habitués à fumer tout au long de la journée.
Les signes de stress ne se limitent pas aux marchés ; ils s’étendent également aux lieux de travail. Certaines entreprises constatent un taux d’absentéisme plus élevé le premier jour de Ramadan. Un employé explique : « Parfois, je préfère prendre un jour de repos au début pour m’adapter au nouveau rythme de sommeil. Le manque de sommeil et le stress affectent ma concentration. » Ce comportement suscite toutefois des critiques de la part de collègues et responsables, qui y voient un manquement aux obligations professionnelles.
À l’inverse, certains fumeurs profitent de Ramadan pour arrêter définitivement la cigarette, en utilisant le jeûne comme un renforcement de la volonté. Un jeune raconte qu’il a réussi à arrêter complètement le tabac lors du Ramadan précédent, estimant que « la capacité à patienter durant la journée prouve que la volonté est présente, il ne manque que la décision ». D’autres, en revanche, admettent que leurs tentatives échouent rapidement après la fin du mois, sous l’effet des contraintes quotidiennes ou de l’absence de soutien.
Certaines pratiques suscitent également la controverse : certains fumeurs commencent leur iftar par une cigarette dès l’appel à la prière, ce que certains considèrent comme contraire à la symbolique du moment.
Pour les spécialistes, ces comportements reflètent un attachement fort à l’habitude, qui dépasse le simple besoin physique et a une dimension psychologique difficile à surmonter sans préparation préalable. Ils insistent sur l’importance d’une préparation progressive à Ramadan, notamment en organisant le sommeil et en réduisant progressivement le tabac avant le mois, afin d’éviter les effets négatifs sur l’humeur et le comportement. Le jeûne, expliquent-ils, ne se limite pas à l’abstinence alimentaire, mais constitue un exercice de maîtrise de soi et de respect d’autrui.
Entre ceux qui font du mois sacré une opportunité de changement positif et ceux qui peinent à s’adapter à son rythme, le véritable défi reste de comprendre la signification profonde de Ramadan. Ce mois devrait renforcer patience, tolérance et discipline, plutôt que devenir une excuse pour la nervosité ou la négligence des responsabilités. Au final, la capacité du jeûneur à contrôler son comportement demeure le véritable critère de réussite de l’expérience du jeûne, au-delà des tensions passagères.
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