Le nombre de toxicomanes en Algérie atteindrait trois millions de jeunes âgés de 15 à 35 ans, dont la majorité consomme des comprimés hallucinogènes, selon le président de l’Organisation algérienne de prise en charge de la jeunesse, Abdelkrim Abidat. Ce dernier a affirmé que les drogues en provenance du Maroc constituent une véritable épidémie qui menace la stabilité du pays, tout en saluant les efforts des services de sécurité dans la lutte contre ce fléau. La dernière opération en date a permis aux unités de la Gendarmerie nationale de la première région militaire de déjouer des tentatives de mise en circulation de 4 millions 292 mille comprimés hallucinogènes et d’arrêter 20 trafiquants à la veille du mois de Ramadhan.
Ces dernières années, l’Algérie est passée, comme l’a confirmé Abdelkrim Abidat, conseiller international en stratégie préventive de lutte contre la drogue, dans une déclaration au journal El Khabar, d’une zone de transit vers d’autres pays à une zone de consommation. Il a étayé ses propos par les saisies réalisées par les services de sécurité (police, gendarmerie et douanes), ainsi que par le nombre de jeunes toxicomanes fréquentant le premier centre pilote au niveau national créé par l’organisation, spécialisé dans le traitement des jeunes dépendants, situé à Bouchaoui (Alger), durant les années 2019 et 2020.
Abidat a mis en garde contre l’élargissement du cercle de la dépendance aux substances hallucinogènes, qui ne se limite plus aux milieux marginaux ou aux lieux suspects. Leur danger menace désormais aussi bien les riches que les pauvres, toutes les tranches d’âge et tous les niveaux d’instruction, en raison de l’intensification des activités des barons de la drogue. Il a souligné que l’absence d’accompagnement familial a contribué à l’élargissement du nombre de consommateurs et encouragé les trafiquants de comprimés hallucinogènes.
Les raisons qui poussent les jeunes Algériens à sombrer dans le tunnel sombre de la drogue sont multiples, ajoute l’intervenant, notamment le chômage et la détresse psychologique, sans oublier la désintégration familiale, les prix bas par rapport au cannabis et la facilité d’accès. Selon Abidat, les consommateurs de comprimés hallucinogènes arrivent en tête des cas pris en charge pour traitement, suivis par le cannabis, puis les drogues dures comme l’héroïne et la cocaïne.
Parmi les types de substances hallucinogènes les plus répandus ces dernières années figurent ce que l’on appelle le « Saroukh » et le « Taxi », des appellations données aux médicaments "Lyrica et Prégabaline", initialement fabriqués pour traiter la douleur, ainsi que les comprimés d’ecstasy, communément appelés par les jeunes Algériens « bonbons », largement consommés chez les jeunes.
Alors que la notion de dépendance se limitait auparavant à la consommation de drogues comme le kif, l’héroïne, la cocaïne et les hallucinogènes, un autre type d’addiction s’est largement répandu, notamment chez les adolescents : l’addiction à l’essence et au gaz butane, qui n’est pas moins dangereuse que les autres drogues, révèle le président de l’Organisation algérienne de prise en charge de la jeunesse.
Concernant le programme du centre de Bouchaoui pour le traitement des toxicomanes, Abidat a expliqué qu’il prend en charge plus de 1 600 dépendants suivant une nouvelle méthode de traitement, confortable, sur une durée de trois mois, basée sur la thérapie naturelle. « Le toxicomane refuse souvent le traitement dans les hôpitaux et cliniques selon les méthodes classiques. C’est pourquoi nous avons opté pour une thérapie naturelle reposant sur une boisson calmante à base de plantes naturelles étudiées par des spécialistes. La prise en charge psychologique et sociale constitue également un pilier essentiel du traitement, assurée par une équipe de psychologues et de spécialistes. »
Ce centre est le premier du genre au niveau national, mais il reste, selon Abidat, insuffisant au vu du nombre élevé de toxicomanes souhaitant se soigner à l’échelle nationale, notamment les consommateurs de comprimés hallucinogènes qui occupent aujourd’hui les premières places en termes de consommation.
La volonté, une arme entre les mains des toxicomanes
Notre interlocuteur a souligné que la volonté constitue une arme essentielle entre les mains du toxicomane pour parvenir à un traitement efficace, sans oublier l’impact psychologique et moral de la famille dans la motivation du patient à poursuivre la thérapie et à ne pas abandonner. « La présence d’une famille solidaire et compréhensive peut faire une réelle différence entre la rechute et la guérison complète. »
L’identification précoce des personnes dépendantes joue également un rôle majeur dans leur prise en charge, grâce à des techniques modernes permettant de détecter le type de substance consommée, et à l’intervention d’équipes composées de médecins, de psychologues et de spécialistes en sciences sociales, en plus d’un programme sportif.
La catégorie ciblée par le traitement est celle ayant atteint un stade avancé de consommation, ainsi que les personnes récemment entrées dans ce milieu sans encore atteindre la phase de dépendance, lesquelles sont accompagnées par le centre afin de dépasser ce stade.
Abidat s’est également arrêté sur les avantages offerts par le centre, situé au cœur de la forêt de Bouchaoui, offrant aux patients un confort psychologique facilitant l’acceptation de l’idée du traitement et les éloignant des environnements pouvant leur donner le sentiment d’être des malades psychiatriques ou des toxicomanes, grâce à la proximité de la nature et à l’éloignement du bruit de la ville.
Le conseiller international en stratégie préventive estime que le traitement au centre ne se limite pas aux séances psychologiques, mais inclut également l’activité physique, notamment la pratique de l’« aquagym », un sport aquatique qui procure un environnement calme et apaisant contribuant à réduire le stress et l’anxiété, tout en procurant au corps une sensation de fraîcheur et de renouveau, améliorant ainsi l’humeur et le bien-être psychologique.
En conclusion, le responsable du centre de Bouchaoui pour le traitement des toxicomanes a appelé à une mobilisation nationale impliquant la famille, l’école, la mosquée, les associations et les services de sécurité, afin de sauver notre jeunesse du spectre de la drogue avant qu’il ne soit trop tard.
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