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Le prince Hicham Alaoui, cousin du roi Mohammed VI, a adressé des critiques directes au système monarchique marocain, accusant ce dernier de réprimer les protestations populaires contre la normalisation avec l’entité sioniste et les revendications pour l'amélioration des conditions de vie précaires. Il a également dénoncé le rôle du Parti de la justice et du développement (PJD), qualifié "d’instrument entre les mains du roi", ce qui, selon lui, a discrédité politiquement et socialement les islamistes. 

Dans une interview accordée à France 24, Hicham Alaoui a déclaré que la monarchie au Maroc "freine désormais les aspirations du peuple à la démocratie". Il estime qu’une transition vers un modèle de "monarchie constitutionnelle", comme en Espagne ou en Grande-Bretagne, pourrait être la solution pour bâtir un système politique respectant la volonté des citoyens. 

Il a expliqué que le système actuel, où le roi détient le centre du pouvoir exécutif, engendre un régime dictatorial répressif, les décisions cruciales restant concentrées entre les mains du palais, indépendamment des changements de gouvernement. "Ce que je propose n'est pas une simple opinion politique, mais une conviction que le Maroc a besoin d'un changement réel qui restitue le pouvoir au peuple", a-t-il ajouté. 

La normalisation pour acheter le silence de l'Occident face à la répression des Marocains 

Le prince Hicham Alaoui a affirmé que le Makhzen, après ce que l’on appelle le "printemps arabe", a renforcé sa mainmise sécuritaire et répressive au lieu de répondre aux demandes de réformes, de changement politique et d’amélioration des conditions de vie précaires, ainsi qu’à l’opposition à la normalisation avec l’entité sioniste. Il a souligné que le Makhzen n’a recours qu’à la répression et à l’intimidation comme réponse prévisible d’un régime autoritaire soucieux de préserver son pouvoir absolu. 

En parallèle, Hicham Alaoui a critiqué la politique de normalisation du roi avec l’entité, estimant que cette décision a été imposée dans le cadre des Accords d’Abraham avec le soutien des États-Unis, sans tenir compte de l’opinion publique ni de la cause palestinienne. Il a qualifié cette démarche de "mépris de la volonté populaire et de concession politique injustifiée". 

Le prince a également noté que le Makhzen a exploité cette décision pour renforcer ses relations avec les puissances internationales, au détriment d’une position populaire qui rejette toute collaboration avec un gouvernement sioniste engagé dans la répression et des actes qualifiés de génocide contre les Palestiniens. 

Implicitement, il a laissé entendre que le Makhzen utilise la carte de la normalisation et son rapprochement avec l’entité comme moyen d’acheter le silence des organisations internationales de défense des droits humains face à la répression et à l’intimidation que subit le peuple marocain.

Le Makhzen a utilisé les islamistes pour normaliser avec l'netité sioniste  

Hicham Alaoui a vivement critiqué la performance des islamistes au Maroc, en particulier le Parti de la justice et du développement (PJD), qui a dirigé le gouvernement entre 2011 et 2021. Il a souligné que le parti n'a pas été capable de jouer son rôle en tant que force politique indépendante, restant entièrement soumis à ce qu'il a décrit comme "la domination coercitive de l'institution tutélaire", c'est-à-dire le palais royal. Selon lui, le PJD n’a pas contesté la suprématie de la monarchie absolue, se contentant d’un rôle secondaire qui soutenait les politiques du palais sans émettre d’opposition. Il a qualifié ce comportement de "satisfaction à rester dans ce cadre politique". 

Dans ce contexte, Hicham Alaoui a également critiqué le parti pour son soutien à la normalisation avec Israël dans le cadre des Accords d’Abraham en 2020. Il a décrit cette position comme une preuve de la soumission des islamistes aux orientations politiques dictées par le palais, même lorsque celles-ci allaient à l'encontre de l'opinion publique. 

Le prince a ajouté que les islamistes au Maroc n’ont pas proposé de vision véritablement réformatrice pour le système politique, mais ont plutôt contribué à consolider le statu quo. Il a qualifié cette attitude d’"opportunisme politique" qui a fini par leur faire perdre leur crédibilité politique et populaire. 

Où est le roi ? 

Hicham Alaoui a également critiqué les voyages fréquents de Mohammed VI à l'étranger et son absence lors de certains événements importants, même en plein cœur des crises internes, ce qui reflète, selon lui, un recul dans la prise de responsabilité envers les affaires nationales. 

Il a souligné que Mohammed VI a échoué à offrir un modèle de leadership démocratique ou réformiste et que la poursuite de son renforcement du pouvoir absolu aggrave les crises politiques et sociales au Maroc. 

Le prince a également noté que cela se produit dans un contexte marqué par l'absence d'institutions fortes et indépendantes, ce qui pousse le régime à recourir davantage à la répression pour contrôler la scène politique. En l'absence de canaux démocratiques réels permettant l'expression des revendications ou la gestion des conflits, la situation politique reste verrouillée et tendue.