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Les « BRICS » et la recomposition de la carte de la puissance mondiale

Le sommet de New Delhi s’est tenu au cœur d’une phase de transition

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Le sommet des « BRICS » s’est tenu à New Delhi les 12 et 13 septembre 2026, à un moment international exceptionnel, marqué par la convergence des guerres régionales avec les crises économiques, ainsi que par l’imbrication des enjeux liés à la sécurité énergétique avec ceux de la sécurité du commerce et des voies maritimes. Le sommet n’était pas une réunion périodique ordinaire, mais s’est tenu au cœur d’une phase de transition durant laquelle les sources de puissance et les règles de la compétition au sein du système international sont en train d’être redéfinies.

Après son élargissement à dix membres, les « BRICS » représentent désormais près de la moitié de la population mondiale et 40 % de l’économie mondiale en parité de pouvoir d’achat. Mais la véritable question n’est pas de savoir s’ils se transformeront en « bloc opposé à l’Occident », mais s’ils sont capables de convertir leur poids quantitatif en instruments concrets permettant de redistribuer l’influence internationale.

Le principal paradoxe réside dans le fait que plus le groupe s’élargit, plus son poids international augmente, mais plus il devient difficile de parvenir à une position politique commune. La véritable puissance des « BRICS » ne se mesurera donc pas au nombre de ses membres, mais à sa capacité à transformer les divergences d’intérêts en un espace commun de coopération.

Commerce mondial : de la logique de l’efficacité à celle de la sécurité
Face à la transformation profonde que connaît l’économie mondiale, la question n’est plus « où le coût est-il le plus faible ? », mais « peut-on accéder au produit en période de crise ? ». Les chaînes d’approvisionnement sont devenues une composante de la sécurité nationale, le port n’est plus une simple infrastructure commerciale, la voie maritime n’est plus seulement une route de transport et la source d’énergie n’est plus uniquement une ressource économique. Tous ces éléments sont désormais devenus des instruments dans l’équation de la puissance internationale.

La guerre russo-ukrainienne a révélé la fragilité des chaînes d’approvisionnement en énergie, en denrées alimentaires et en engrais, tandis que la crise au Moyen-Orient a montré que les perturbations des voies maritimes imposent des coûts supplémentaires à l’économie mondiale, même sans interruption totale des échanges.

L’Agence internationale de l’énergie a averti, le 11 septembre 2026, que l’offre mondiale de pétrole pourrait diminuer d’environ 5,7 millions de barils par jour, soit près de 6 %, en raison des perturbations au Moyen-Orient et dans le Golfe. Le problème ne réside donc plus dans l’existence du pétrole dans le sous-sol, mais dans la capacité à le produire, à le transporter et à sécuriser ses voies d’acheminement.

Bien que l’Iran soit membre des « BRICS » depuis 2024, la guerre actuelle place le groupe face à un dilemme existentiel, avec des États entretenant des relations stratégiques avec Téhéran et d’autres pays du Golfe ayant des considérations sécuritaires différentes, tandis que la Chine et la Russie poursuivent leur coopération commerciale avec l’Iran. Toutefois, la capacité des « BRICS » à adopter une position collective sur le Moyen-Orient reste limitée par la divergence des intérêts. Le niveau de consensus réaliste pourrait se limiter à des déclarations appelant à la désescalade, au respect de la souveraineté des États et à la sécurité de la navigation maritime.

En revanche, les sanctions occidentales n’ont pas mis fin au commerce russe, mais ont poussé Moscou à réorienter ses exportations vers l’Asie, notamment vers la Chine et l’Inde. La rencontre entre Modi et Poutine, le 11 septembre, a débouché sur un accord visant à porter les échanges commerciaux bilatéraux à 100 milliards de dollars d’ici 2030.

L’Inde offre un exemple particulièrement révélateur : elle maintient un partenariat stratégique avec Washington tout en préservant ses relations étroites avec Moscou et en pratiquant « l’autonomie stratégique », l’une des clés essentielles pour comprendre la politique internationale actuelle. Les puissances émergentes ne veulent pas choisir définitivement un camp, mais conserver le maximum de liberté de manœuvre entre les différents centres de puissance.

« BRICS » : pas un système alternatif, mais un outil de recomposition
Il serait erroné de considérer les « BRICS » comme un système international alternatif. Ils ne disposent ni d’un marché unique, ni d’une monnaie commune, ni d’un système financier intégré. Mais l’erreur inverse serait de sous-estimer leur importance : le scénario le plus probable n’est pas le renversement du système actuel, mais sa recomposition progressive, à travers la construction d’alternatives partielles dans les domaines des paiements, du financement, du commerce, de l’énergie et des chaînes d’approvisionnement.

Même si ces alternatives ne mettent pas fin au rôle central des institutions occidentales, elles réduisent la capacité d’un acteur unique à utiliser la dépendance économique comme une arme politique.

Ce qui rend la période actuelle particulièrement dangereuse n’est pas l’existence d’une seule guerre, mais la simultanéité de plusieurs crises : la guerre russo-ukrainienne affecte l’énergie et l’alimentation, la guerre au Moyen-Orient exerce une pression sur le pétrole et la navigation, les tensions autour de l’Iran menacent les principales voies d’acheminement de l’énergie, les perturbations en mer Rouge augmentent les coûts du transport et de l’assurance, tandis que la rivalité entre les États-Unis et la Chine redessine la technologie et les chaînes de production.

La notion de « crise régionale » ne suffit donc plus. Ce qui se passe dans le détroit d’Ormuz peut se répercuter sur les prix des carburants en Asie et en Europe, tandis que les événements en mer Rouge peuvent se traduire par une hausse du coût des marchandises sur les marchés européens. Le monde entre dans une « ère des crises simultanées ».

Celui qui contrôle l’énergie et les voies de passage fixe les règles
La puissance dans le système international ne se mesure plus uniquement à la taille des forces armées. Elle est désormais un mélange de puissance militaire, économique, énergétique, technologique et financière, ainsi que de contrôle des ports, des voies maritimes et des chaînes d’approvisionnement. Une simple succession d’événements géopolitiques peut passer du théâtre des conflits aux marchés financiers, puis à l’économie réelle.

Il est certain que les « BRICS » ne deviendront pas prochainement une alliance politique unifiée et ne remplaceront pas le système international dirigé par les États-Unis. Ils peuvent toutefois devenir l’une des principales forces poussant ce système vers une plus grande multiplicité des centres de puissance.