Nation

L’Algérie renforce sa vigilance et sécurise son front intérieur

L’institution militaire met en garde contre un contexte international de plus en plus complexe

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L’Algérie observe attentivement ce qui se passe autour d’elle, en gardant toutes les possibilités à l’esprit, et aborde les transformations géopolitiques rapides avec la logique d’un État qui connaît l’histoire et sait que les guerres ne se déclarent pas toujours par des communiqués officiels, mais commencent souvent par un chaos planifié et des tensions artificielles.

Dans ce contexte, les propos du ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire, le général de corps d’armée Saïd Chengriha, revêtent une importance particulière, lorsqu’il a appelé à accroître la conscience et la préparation face aux transformations profondes que connaît le monde.

L’institution militaire met une nouvelle fois en garde contre un environnement international de plus en plus complexe, où le langage de la force et les interventions militaires reviennent sur le devant de la scène, tandis que le rôle des organisations internationales recule, dans un contexte qui reconfigure les rapports de force au détriment de la souveraineté des États, en particulier dans le Sud.

Il s’agit d’une lecture qui ne peut être dissociée de la situation vécue dans la région entourant l’Algérie, devenue depuis des années un théâtre ouvert de conflits par procuration.

Ainsi, l’Algérie suit avec une grande inquiétude ce qui se passe dans son environnement régional, de la Libye au Sahel, en passant par la Tunisie, où les crises politiques s’entrecroisent avec une fragilité sécuritaire alimentée par des intérêts extérieurs. Ces évolutions ne sont pas le fruit du hasard : elles s’inscrivent dans une réorganisation des cartes d’influence, par l’allumage de foyers de tension, l’épuisement des États ciblés et leur poussée dans des conflits internes qui fragilisent leur tissu social.

Depuis plusieurs années, la direction algérienne observe des tentatives systématiques pour entraîner le pays dans un environnement enflammé, en exacerbant les crises dans les pays voisins et en provoquant certaines élites régionales, afin de créer un climat hostile qui mette l’Algérie sous pression et la pousse à s’engager dans des conflits qui ne servent pas ses intérêts. Ces tentatives s’inscrivent dans une logique plus large, visant à démanteler les États et à les remodeler pour servir de nouveaux équilibres internationaux.

Ces éléments se croisent avec un conflit mondial intense sur les ressources énergétiques, mené par les grandes puissances, notamment les États-Unis face à la Chine et à la Russie. Les régions du Sud, dont l’Afrique du Nord et le Sahel, sont désormais intégrées à ce conflit ouvert, transformant les crises locales en instruments de pression. Ainsi, les frontières fragiles deviennent des passages pour le chaos organisé et la destruction programmée.

L’Algérie adopte une posture cohérente avec ce diagnostic. Le président Abdelmadjid Tebboune a intensifié ses contacts avec les dirigeants arabes, notamment dans le Golfe, confirmant la solidarité inconditionnelle de l’Algérie avec les pays confrontés aux conséquences de l’escalade militaire depuis fin février, liée à la guerre menée par les États-Unis et leur allié Israël contre l’Iran, sous des prétextes officiels qui cachent des enjeux plus profonds liés à la redéfinition des équilibres régionaux.

Pour de nombreux observateurs, cette guerre, susceptible de s’étendre, pose de réels défis à la région arabe, notamment face à un rejet croissant aux États-Unis et à des réserves européennes visibles au début du conflit (mais difficilement maintenables à cause de l’impact sur l’approvisionnement énergétique de l’UE), tandis que les pays du Golfe hésitent à s’engager dans un conflit ouvert qui ne servirait pas leur stabilité à moyen et long terme. Cela reflète une conscience accrue du danger d’un glissement vers des confrontations pouvant reproduire les scénarios de chaos connus dans plusieurs pays arabes.

Dans ce contexte, l’Algérie tire les leçons de ce qui s’est passé en Syrie, en Irak, au Yémen, en Libye et au Soudan, où les conflits se sont transformés en projets de démantèlement méthodiques, donnant naissance à des entités fragiles et ouvrant la voie à des interventions extérieures de longue durée. Ces expériences montrent que le chaos, une fois déclenché, ne s’arrête pas aux frontières d’un seul pays, mais s’étend à l’ensemble de la région.

Ces données imposent aux élites algériennes et à la classe politique une vigilance maximale et la nécessité de renforcer la cohésion nationale, considérée comme la première ligne de défense face aux défis. Aujourd’hui, la bataille n’est plus uniquement militaire, mais surtout une bataille de conscience et de perception, visant la cohésion de la société et sa capacité à résister aux campagnes de désinformation et aux tentatives de pénétration.

À cet égard, l’Algérie affirme, à travers le discours de ses institutions, qu’elle mesure l’ampleur des défis et les aborde avec rationalité et calme, sans se laisser entraîner par les provocations. Elle mise sur la force de sa cohésion interne et sur la conscience de son peuple pour contrer toute tentative de l’entraîner dans les marécages du chaos.

Les développements actuels montrent que la situation impose à tous de réévaluer les priorités et de privilégier la logique de l’État sur les intérêts étroits. Ce qui se passe autour de l’Algérie ne lui est pas étranger : il frappe à sa porte. Entre les tempêtes du Golfe, du Moyen-Orient et les rivalités des grandes puissances, le véritable enjeu reste de préserver la stabilité du pays et de protéger sa souveraineté, un combat qui n’est pas moins important que toutes les épreuves que l’Algérie a traversées au cours de son histoire.