L’analyste militaire Akram Khrief estime, dans cet entretien avec « El Khabar », que le véritable affrontement depuis le début de la guerre oppose l’État sioniste à l’Iran, tout en considérant que les États-Unis sont très éloignés d’une victoire militaire.
Évolutions dramatiques dans la guerre contre l’Iran, surtout après les lourdes pertes subies par l’aviation américaine, comment interprétez-vous cela ?
Les États-Unis ont été contraints d’envoyer des avions de chasse dans l’espace aérien iranien, car ils s’attendaient à l’épuisement de leurs missiles à longue portée utilisés depuis le début de la guerre contre l’Iran. Cet épuisement est aujourd’hui une réalité, et le réapprovisionnement pourrait prendre plusieurs années, probablement plus de cinq ans pour les États-Unis et l’entité sioniste.
Aujourd’hui, l’usage d’avions équipés de bombes conventionnelles au-dessus de l’Iran devient très risqué : vendredi dernier, six appareils de types variés ont été abattus : deux drones, deux bombardiers A-10, un F-15, deux hélicoptères intervenant pour sauver des pilotes, et enfin un gros hélicoptère de type Chinook à l’aéroport de Koweït.
Il est clair que le contrôle de l’espace aérien iranien est très difficile pour les États-Unis, ce qui indique que leur issue sur ce front est proche en raison de leur incapacité manifeste à dominer et de l’impossibilité d’obtenir des solutions militaires décisives.
La confrontation réelle depuis le début de la guerre reste entre l’État sioniste et l’Iran, chaque camp considérant cette guerre comme une question existentielle dont son avenir dépend. Autrement dit, l’Iran ne cessera pas de combattre et l’entité sioniste ne s’arrêtera pas avant la destruction de l’un des deux. Par conséquent, je crains qu’après le retrait ou la réduction de l’implication américaine, un escalade entre Israël et l’Iran pourrait survenir et déboucher sur une confrontation nucléaire.
Un autre développement important, que pensez-vous des récentes destitutions de responsables militaires américains ?
Le limogeage des responsables militaires américains, le deuxième en six mois, reflète l’échec retentissant de l’armée américaine à atteindre les objectifs de la guerre contre l’Iran et à protéger les pays du Golfe et Israël. Il est probable que le président américain cherche à présenter la fin de la guerre comme un succès personnel et à transférer la responsabilité de l’échec aux hauts commandants militaires, ce qui reflète des enjeux politiques internes liés à la gestion du conflit.
La guerre contre l’Iran connaît une accélération, avec l’élargissement des opérations et l’entrée de nouveaux acteurs comme les Houthis. Que signifie ce changement ?
La guerre contre l’Iran connaît actuellement de grands développements, surtout face à la pénurie de solutions côté américain. La plupart des objectifs militaires visibles ont été presque tous atteints, tandis que les États-Unis ont échoué de manière catastrophique à atteindre ce que l’on appelle les « villes de missiles », plus de vingt sites souterrains ou montagneux abritant des missiles balistiques.
Nous avons également observé l’élargissement des opérations, y compris des interventions yéménites contre l’entité sioniste, ainsi que le soutien d’autres pays, comme les Ukrainiens présents en force au Koweït et aux Émirats pour contrer les drones. Tout cela reflète l’impasse dans laquelle se trouvent les États-Unis pour trouver des solutions visant à mettre fin à la guerre de manière décisive.
Dans ce contexte, comment comprendre les frappes américaines contre les infrastructures en Iran ces dernières heures ?
Les États-Unis ont commencé à viser les infrastructures civiles iraniennes pour perturber les mouvements de l’armée iranienne et les plateformes de lancement de missiles, et également à titre de représailles dans le but d’accélérer la fin de la guerre. De leur côté, les Iraniens ont élargi la portée de leurs opérations et ciblé des objectifs supplémentaires, ce qui montre une capacité croissante à répondre et à escalader si les options américaines s’épuisent.
Comment suivez-vous les développements sur le front libanais et les performances du « Hezbollah » ?
Le front libanais a vu une activité notable du Hezbollah, malgré ses capacités limitées après des années de restrictions sur le financement, l’équipement et le nombre de combattants. Le Hezbollah a mené des opérations terrestres contre les forces d’occupation israéliennes, détruisant plus de 70 véhicules blindés au sud du Liban, et a lancé de nombreux projectiles pour épuiser le système de défense « Dôme de fer ». Il a également introduit de nouvelles technologies, comme des drones reliés par des câbles en fibre optique pour affronter Israël.
Face aux contradictions de la position américaine entre négociation et escalade, la guerre est-elle en voie d’expansion et de prolongation ?
Malgré les contradictions apparentes, il semble que les États-Unis se soient donnés un délai précis pour mettre fin à la guerre, estimé entre deux et six semaines. L’objectif est d’empêcher l’Iran de renforcer sa capacité à détruire l’infrastructure économique et industrielle israélienne, ce qui pourrait provoquer l’effondrement de l’entité sioniste ou la pousser à utiliser l’arme nucléaire. La question clé reste : l’Iran est-elle prête à arrêter la guerre ? La réponse dépend d’une possible escalade américaine contre les civils iraniens.
Allons-nous vers une guerre d’usure ?
Depuis le début, cette guerre est une guerre d’usure des munitions, missiles et capacités défensives des deux parties. Le scénario probable est la continuation d’une « guerre chaude » limitée, avec un blocus persistant du détroit d’Ormuz et des frappes limitées réciproques. Cette guerre pourrait durer longtemps jusqu’à ce que l’Iran décide de rouvrir le détroit, ce qui est actuellement improbable étant donné le changement stratégique iranien dans la région.
Certains évoquent l’intervention de pays tiers pour rouvrir le détroit d’Ormuz. Quelle est leur capacité réelle à le faire par la force ?
La probabilité est très faible, car l’Iran contrôle le détroit et les pays occidentaux privilégient la négociation pour sécuriser le passage des navires plutôt qu’un affrontement direct qui exposerait leurs navires et plans militaires à la destruction. Le passage récent du premier navire battant pavillon français confirme que les solutions diplomatiques sont plus sûres et efficaces qu’une intervention militaire directe.
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