Société

Harga : les réseaux innovent pour échapper à la justice

Une nouvelle affaire à Annaba a permis de lever le voile sur certaines de leurs pratiques.

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Une affaire traitée par les services des garde-côtes d’Annaba a révélé de nouvelles méthodes utilisées par les barons de l’émigration clandestine dans la région. Parmi celles-ci figure le recours à des personnes aux besoins spécifiques, notamment des personnes souffrant d’un handicap au niveau d’une main, pour piloter les embarcations de la mort au départ des plages de la wilaya d’Annaba vers l’autre rive de la Méditerranée, plus précisément la Sardaigne, en Italie.

Les éléments du groupement territorial des garde-côtes d’Annaba ont réussi, la semaine dernière, à arrêter un groupe criminel spécialisé composé de 15 individus, dont une personne aux besoins spécifiques chargée de piloter une embarcation de harga à destination de l’Europe.

Les services de la police judiciaire ont recueilli des informations confirmées indiquant que les barons de l’émigration clandestine confient délibérément la conduite des embarcations de la mort à des personnes handicapées, dans des conditions susceptibles de mettre en danger leur vie ainsi que celle des migrants. Cette pratique intervient dans le cadre d’un processus comprenant le recrutement des candidats à l’émigration, la préparation des embarcations et la désignation des personnes chargées de les piloter, malgré les risques liés à la navigation maritime et les possibilités de naufrage.

Les aveux des personnes arrêtées lors des interrogatoires menés par les services de sécurité ont notamment révélé qu’elles avaient versé des sommes comprises entre 50 et 100 millions de centimes par personne, selon la situation sociale. Parmi les personnes déférées dans le cadre de l’enquête judiciaire figurent un homme et son épouse.

La découverte des réseaux organisant les traversées clandestines vers l’Europe, dans le quartier de Sidi Salem, connu localement et à l’échelle nationale pour l’organisation de ces départs, est intervenue à la suite de l’interception, il y a quelques jours, par les services du groupement territorial des garde-côtes d’Annaba, d’une embarcation de plaisance transportant un groupe de migrants clandestins originaires de wilayas de l’Est, notamment Annaba, Skikda et Guelma.

Après l’achèvement des procédures d’audition par les officiers de la police judiciaire du groupement territorial des garde-côtes, les personnes concernées ont été déférées devant les autorités judiciaires territorialement compétentes auprès du tribunal d’Annaba. À l’issue de cette procédure, une personne souffrant d’un handicap au niveau d’une main a été condamnée à trois ans de prison ferme et à une amende pour son implication dans la constitution d’un groupe criminel spécialisé dans l’organisation de traversées clandestines, ainsi que pour avoir piloté l’embarcation sur instruction des barons de l’émigration clandestine. Ces derniers, toujours en fuite, ont été condamnés par contumace à des peines de prison et font l’objet de mandats d’arrêt.

Selon les informations disponibles sur cette affaire, la personne arrêtée assurait le pilotage de l’embarcation sur la base d’instructions et d’ordres émanant des barons de l’émigration clandestine. Cette démarche serait liée aux tentatives de ces réseaux criminels d’inventer de nouvelles méthodes pour contourner la loi et éviter des poursuites judiciaires directes, en impliquant des personnes aux besoins spécifiques dans le transport des migrants clandestins vers l’autre rive de la Méditerranée.

Cette affaire soulève des interrogations sur les méthodes adoptées par les réseaux organisés d’émigration clandestine pour répartir les rôles entre leurs membres, ainsi que sur l’éventuelle exploitation de personnes considérées comme dépourvues de capacité juridique et sur les responsabilités opérationnelles et judiciaires qui leur sont attribuées. Dans le même temps, les barons qui organisent les traversées à bord des embarcations de la mort cherchent à éviter leur arrestation et leur mise en cause judiciaire afin de poursuivre leurs activités et de percevoir de l’argent auprès de dizaines de victimes.

L’exploitation de personnes aux besoins spécifiques par les réseaux d’émigration clandestine pour leur confier de telles missions dangereuses soulève également la question des pressions et des abus auxquels cette catégorie vulnérable de la société pourrait être exposée de la part des organisateurs des traversées à bord des embarcations de la mort. Elle pose aussi la question des responsabilités judiciaires découlant des rôles assumés par les différents participants à l’organisation de l’émigration clandestine.

Parallèlement, les services de sécurité compétents poursuivent leurs investigations afin d’identifier les véritables organisateurs des traversées clandestines et de mettre au jour les éventuelles ramifications des réseaux opérant dans ce domaine dans le quartier populaire de Sidi Salem, relevant administrativement de la commune d’El Bouni. L’objectif est de ne pas se limiter aux personnes chargées de l’exécution des tâches sur le terrain.

Les aveux des personnes arrêtées et des victimes, déférées devant la justice et ayant fait l’objet de condamnations à des peines de prison ou de peines avec sursis pour différentes infractions, notamment la constitution d’un groupe criminel spécialisé dans l’organisation de traversées clandestines et le délit de sortie illégale du territoire national, ont apporté des témoignages directs sur les différentes étapes du départ vers l’autre rive.

Les personnes interpellées ont également reconnu connaître toutes les étapes de l’achat de l’embarcation et du moteur dans le quartier de Sidi Salem, ainsi que les démarches entreprises pour entrer en contact avec la personne handicapée afin de lui confier le pilotage du bateau.